Un CHSLD transformé en centre d'hébergement psychiatrique - Le nouveau centre soulève l'inquiétude

La nouvelle était sur toutes les lèvres hier. Les personnes souffrant de problèmes chroniques de santé mentale dans la région de Montréal pourront être hébergées de façon permanente. L'Agence de santé et de services sociaux a en effet annoncé hier l'ouverture prochaine d'un centre d'hébergement de longue durée destiné à la clientèle psychiatrique, sur les lieux de l'actuel CHSLD Louvain.

Pour le Dr Paul Lespérance, chef du département de psychiatrie du CHUM et qui réclamait un tel centre depuis un bon moment, il s'agit d'une bonne nouvelle.

Depuis les politiques de désinstitutionnalisation de la clientèle psychiatrisée, dans les années 1970, il ne reste en effet aucun lieu d'hébergement de ce type à Montréal. Ni l'hôpital Louis-H. Lafontaine, ni l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, ni aucun autre hôpital de l'île ne sont conçus pour accueillir des résidents psychiatrisés de façon permanente. Or certains patients en psychiatrie peuvent rester jusqu'à deux ans à l'hôpital Notre-Dame, par exemple, avant qu'on leur trouve une place en hébergement, soit en appartement supervisé, soit en famille d'accueil. Et un certain pourcentage de la clientèle psychiatrique, Paul Lespérance l'évalue à quelque 2 % au CHUM, n'arrive pas, de toute façon, à fonctionner dans ce type de ressource.

Le nouveau centre serait donc ouvert pour les personnes auprès desquelles «on a tout essayé», dit-il. Le Dr Lespérance ne veut pas pour autant conclure à l'échec total des politiques de désinstitutionnalisation. «On a fait beaucoup de chemin en réadaptation», dit-il. Mais il ajoute qu'il faut admettre aussi que la médecine n'est pas toute-puissante et qu'il faut parfois conclure à l'échec thérapeutique.

Une dose d'inquiétude

Cette annonce a cependant aussi créé une bonne dose d'inquiétude, tant parmi les groupes de défense des droits en santé mentale que parmi la clientèle potentielle des CHSLD pour personnes âgées.

Il y a en effet une liste d'attente de quelque 600 noms pour trouver une place en CHSLD dans la région de Montréal, et le CHSLD Louvain accueillait jusqu'à présent quelque 155 personnes âgées.

À ce chapitre, la directrice des services et des programmes à l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal, Pascale Larocque, se faisait rassurante. On renforce présentement l'offre en soins à domicile pour les personnes âgées, dit-elle, ainsi que l'offre intermédiaire. On transforme également les CHSLD pour les munir d'équipements destinés à accueillir des personnes en lourde perte d'autonomie.

Or, pour des raisons architecturales, le CHSLD Louvain ne pouvait s'adapter à ces changements. Sa nouvelle vocation lui a donc été désignée. On insiste aussi sur la volonté de faire du nouveau centre un réel milieu de vie.

Mme Larocque ajoute que les résidents actuels du CHSLD Louvain qui souhaitent y demeurer ne seront pas obligés de quitter l'établissement. On souhaite procéder tout simplement par attrition pour ouvrir des places à la nouvelle clientèle, lorsque le nouveau centre sera prêt, c'est-à-dire vraisemblablement dans quelques mois.

Il ne semble pas exclu qu'un autre centre semblable voie le jour à Montréal, peut-être pour accueillir la clientèle de l'ouest de l'île.