Unité anticollusion - Duchesneau soulève des tensions

Jacques Duchesneau<br />
Photo: Source: Radio-Canada Jacques Duchesneau

Jacques Duchesneau pourrait ne plus présider le travail d'enquête de son équipe anticollusion dont le mandat sera élargi au-delà du ministère des Transports, a appris Le Devoir. Après avoir transmis un rapport dévastateur au gouvernement, M. Duchesneau n'a pas postulé pour devenir fonctionnaire comme l'exige l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

«M. Duchesneau est à contrat avec nous jusqu'au printemps, en mars. On réévaluera à ce moment-là son intérêt. Ce qui compte, c'est d'avoir la meilleure personne au meilleur endroit», a déclaré au Devoir le grand patron de l'UPAC, Robert Lafrenière.

Ce dernier réagissait à un article de La Presse qui rendait compte de la décision des trois quarts des enquêteurs et agents de renseignement de l'unité anticollusion de M. Duchesneau de ne pas se soumettre au processus administratif d'embauche officielle dans la fonction publique. Les 19 postes d'enquêteurs de l'unité ont fait l'objet d'un concours pour lequel 250 des 1000 candidatures déposées ont été retenues pour l'instant.

Si la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, a souligné qu'elle déployait des efforts pour ne pas perdre les «meilleurs éléments», M. Lafrenière s'est borné à dire qu'il allait évaluer la pertinence de «renouveler certains contrats à cause de l'expertise».

La restructuration de l'unité anticollusion a été décidée dès l'arrivée en poste de Robert Lafrenière au printemps dernier. Rapidement, certaines tensions seraient alors apparues entre le commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, et M. Duchesneau, a appris Le Devoir de sources diverses.

Un rapport accablant

Puis, il y a deux semaines, Jacques Duchesneau a transmis son rapport, résultat d'un an et demi d'enquête sur les problèmes de collusion au sein du ministère des Transports (MTQ). Les constats de l'ancien chef de police sont accablants, selon ce qu'en a révélé hier Radio-Canada qui en a une copie entre les mains. Le rapport indique qu'il existe «un univers clandestin et bien enraciné d'une ampleur insoupçonnée».

Le document est une synthèse des différentes observations de l'équipe de M. Duchesneau, mais également des témoignages recueillis notamment auprès d'acteurs politiques, d'employés du MTQ, de firmes de génie-conseil et d'entreprises de construction. On y établit un lien direct entre l'industrie des travaux routiers et le financement des partis politiques.

En avril dernier, Le Devoir révélait que l'opération Marteau a le milieu politique dans sa mire. En fouillant l'organisation des marchés par des firmes de génie-conseil (elles seraient neuf, d'où le nom «club des neuf»), la police a constaté qu'elles seraient le pivot d'un système permettant aux différents partis politiques d'amasser des fonds. Le financement des partis politiques ferait même partie de leur «core business», avait affirmé une source bien au fait du dossier.

À cet égard, le rapport révélé par Radio-Canada estime qu'il y a un «trafic d'influence». «À travers les professionnels du financement, les politiciens encouragent la déviance [...]. Dans les faits, ils savent très bien qu'une entreprise a contribué plus de 100 000 $ à leur caisse électorale et que c'est pour cette raison [...] que les gens de la construction ont si facilement accès aux décideurs», explique un ex-conseiller politique qui n'est pas identifié.

Le rapport de Jacques Duchesneau souligne que les «extra», c'est-à-dire les travaux facturés après l'obtention d'un contrat et qui gonflent les coûts, sont une véritable mine d'or pour les firmes d'ingénierie et les entrepreneurs. Les propos d'un ingénieur qui explique les manipulations viennent apporter un éclairage supplémentaire aux nombreuses informations qui ont été révélées au cours des dernières années.

«Le truc est le suivant, c'est l'entrepreneur qui facilite le tour de passe-passe, mais c'est en haut que ça se joue. Mettons que l'ingénieur de la firme chargée de la surveillance [des travaux] doit autoriser un extra de 100 000 $ [...]. Il trouve le moyen d'aller chercher le double auprès du MTQ. Il y a donc un 100 000 $ blanchi à se partager: la firme [de génie-conseil] pourra l'utiliser pour contribuer à des caisses électorales et l'entrepreneur pour payer ses travailleurs au noir», raconte cet ingénieur.

Le document soulignerait même que de gros joueurs de l'industrie de la construction auraient à leur emploi des spécialistes des «extra». Ces personnes recevraient une commission de 10 % sur les «extra» conçus et obtenus dans un projet.

Un mandat élargi

Compte tenu du travail de l'unité anticollusion et des résultats obtenus, l'UPAC a décidé d'élargir son mandat. Mise sur pied en février 2010, l'unité devra prévenir la collusion auprès d'autres ministères qui octroient de très nombreux, contrats comme c'est le cas pour les Services gouvernementaux. Il reste toutefois de nombreuses ficelles à attacher. Une importante rencontre entre l'UPAC et le Conseil du trésor, qui édicte les règles d'octroi de contrats gouvernementaux, est prévue la semaine prochaine «pour choisir les bonnes cibles», a précisé Robert Lafrenière.

«C'est à évaluer. Mais on pense surtout aux dossiers les plus vulnérables comme ceux d'informatique», a indiqué ce dernier. «Il y a d'autres types de contrats que le transport pour lesquels cela vaut la peine de regarder en amont les stratagèmes de collusion qui ont pu être mis en place. C'est pour ça qu'on a augmenté les effectifs de l'unité anticollusion et que l'on veut d'autres expertises, et non pas seulement d'anciens policiers qui ont fait de l'enquête», a ajouté M. Lafrenière.

Ainsi, l'UPAC souhaite remplacer bien des enquêteurs de l'unité de M. Duchesneau (pour une majorité, des policiers à la retraite de la GRC, du SPVM et de la SQ) par des informaticiens, des juricomptables, des ingénieurs, par exemple.

Aussi, l'ensemble des sept unités formant l'UPAC seront regroupées à compter du 3 octobre prochain dans deux édifices voisins, à Montréal. Selon M. Lafrenière, ce nouvel environnement est nécessaire pour assurer la cohésion des échanges et bénéficier d'une certaine émulation.

Par ailleurs, le commissaire a prévu faire une première présentation publique des activités de son organisation, comme l'y oblige la loi, d'ici quelques semaines. Force est de constater que la publication du rapport de Jacques Duchesneau risque de le bousculer quelque peu.

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Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
65 commentaires
  • camelot - Inscrit 15 septembre 2011 00 h 56

    Que dire ?

    On reste pantois. Se pourrait-il qu'aucune institution québécoise ne soit polluée ?

    Nos acquis sont en très gave danger.

  • Carole Dionne - Inscrite 15 septembre 2011 01 h 04

    LE PIRE

    Les gens qui croient encore aux libéraux. Pas possible de voter pour eux et pourtant. Je connais des personnes , d'un certain âge, bénévole dans Joliette , qui sont libéraux, et ce malgré toutes les atrocités de collusions que l'on découvre: leur réponse , de ces brillants jeunes hommes: "Mais Pauline s'est fait construire des toilettes à $300,000.00" Et dire qu'il y avait un ancien directeur de banque dans ces messieurs là. je ne comprends que l'on ne peut pas faire la différence entre "300,000.00 et de la collusion pour plus de $3,000,000,000.00 Et si je cite cet exemple, c'est pour montrer que cela existe ailleurs dans la société. Cette mentalité là n,est pas seulement dévolue à la région de Joliette.

    Pour avoir attendu, l'Italie est prise avec un problème semblable, parce qu'elle n' a pas intervenu à temps.

    Qu'ou donc québécois, va-t-on être obligé de dire comme Mario Dumont à son émission d'hier: "On est tu niaiseux, cabochon, sans dessins et pas à peu près nous les québécois"

    Toute vérité n,est pas bonne à dire mais il faut ce qu'il faut parfois pour éviter l,encrassement du système: voter pour qui vous voulez mais désespoir, ne voter pas libéral. cela n,a plus de bon sens.

  • VITRILLOLA - Inscrite 15 septembre 2011 05 h 31

    FILM NOIR À LA QUÉBÉCOISE 1

    Est-ce que Charest ne croyait plus Duchesneau capable d'efficacité au point de prendre le risque de l'embaucher à la tête de l'unité anticollusion ? Ou encore, Duchesneau étant également un rouge, Charest croyait-il qu'entre frères du même parti, l'ex-policier allait lui faire une fleur ? Ce qui se passe actuellement au Québec est tout à fait fascinant. Kafka lui-même ne daignerait pas le spectacle. Examinons cette magouillohypocrisie :

    1- Charest refuse une enquête publique sur la construction;
    2- Charest ayant trop de pression face à l'opposition et l'opinion public, décide de créer l'unité anticollusion avec à sa tête monsieur Duchesneau, avec l'espoir de contourner l'opinion public;
    3- Tout baigne dans l'huile puisqu'au début l'unité anticollusion ne gratte pas là où ça fait mal;
    4- Tout à coup péril à la demeure des libéraux, l'unité anticollusion s'avère plus efficace"qu'ils" l'auraient cru... l'unité commence à s'approcher là où ça fait mal;
    5- Charest sort la patente "UPAC" (dois-je vous l'expliquer pourquoi ?)

    Charest refuse qu'on sache la vérité, il refuse qu'on apprenne que les tinamis du parti raflent la mise avec les plus gros contrats. Il refuse de nous dévoiler que la filière italienne de son parti (90% des italiens à Montréal travaillent dans la construction), qui ont contribué fort généreusement à la caisse de son parti, raflent la mise avec son retour d'ascenseur (95% des italiens au Québec ont les fesses rouge avec l'unifolié tatoué dessus). Charest refuse qu'on sache que parmi eux, certains membres de cette communauté font parti de la mafia italienne, donc que son parti a reçu certaines contributions illicites à la caisse de son parti.

  • VITRILLOLA - Inscrite 15 septembre 2011 05 h 32

    FILM NOIR À LA QUÉBÉCOISE 2

    Il est évident qu'un premier ministre n'a aucun intérêt à dévoiler une telle vérité, c'est beaucoup trop gros pour que ça ce sache, d'où son refus catégorique de mettre sur pied une commission d'enquête public sur la construction. En échange, nous avons eu droit la semaine dernière à des discours vides et des lois bidons d'une certaine ministre Lise Thériault. Lors de son point de presse, c'est comme si on avait entendu la voix du ventriloque Charest derrière la robe de la pauvre ministre. Nous avons l'impression d'être dans un film de Jacques Tourneur, "La griffe du passé" dans un magnifique noir

  • Gaston Bourdages - Abonné 15 septembre 2011 05 h 43

    «...risque de bousculer quelque peu...»

    Avec respects pour vos personnes, Madame Lévesque et Monsieur Robitaille...«Bousculer qui ou quoi?» Mes expériences carcérales «voient» depuis des lunes, des gens se draper derrière ce dégradant personnage qu'est celui appelé «IMPUNITÉ». Plus encore : déresponsabilisation, non-responsabilisation. Des gens qui, comme moi, à l'époque où je logeais prison et pénitenciers, se métamorphosent en squelettes de placards et revêtent cet insipide habit de la «STACAUSE»...Oui, de tout autre SAUF de moi. J'ai, par comportements corrompus, MÉRITÉ ces emprisonnements. Pas le moindre doute là-dessus. Un minimum ! Et puis, si cette «dame», l'impunité, venait, une autre fois, à «gagner» (sic...), je puis vous confirmer, par expériences fort douloureuses, que des consciences vont être mal dans leur peau en «Tabarnouche»! Il existe de grands risques pour que la ou les voies(voix) de «l'Omerta» choisies se transforment en maladie....Il est dit que le corps, lui aussi, parle...lorsque nous lui imposons SILENCES.
    Puissiez-vous me permettre de saluer l'immense travail de votre consoeur, Madame Marie-Maude Denis, journaliste d'enquête à Radio-Canada. Chapeau!
    Puissent Monsieur Lafrenière et autres gens impliqués dans la recherche de la VÉRITÉ avoir le courage de résister à...? À quoi au juste? À des possibles pressions?
    S.v.p. tenez-vous debout....humblement, de ma «petite» personne, je vous appuie !
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com