Le Québec accueillerait deux fois trop d'immigrants

Kathleen Weil<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Kathleen Weil

Québec — L'admission toujours plus nombreuse d'immigrants, une politique instaurée depuis 2004 par le gouvernement Charest, est «une erreur fondamentale» qui conduit à la fragilisation du français à Montréal et, en cette période de récession, à l'accroissement du chômage. En fait, le Québec accueille deux fois trop d'immigrants.

C'est l'avis qu'a livré, hier, Michel Pagé, actif dans le développement international, lors des consultations publiques que mène la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, sur la planification de l'immigration pour la période 2012-2015.

«Contrairement aux idées reçues, l'immigration aux niveaux actuels, dans une conjoncture économique incertaine, n'est pas requise», juge Michel Pagé. «Il y a déjà un problème d'intégration linguistique et économique dans la grande région de Montréal. Montréal s'anglicise de manière effarante depuis 2003-2004, et particulièrement depuis 2007», a-t-il affirmé.

Qui plus est, dans un contexte économique difficile, l'immigration à des niveaux trop élevés — le sommet historique de 54 000 immigrants en 2010 ou le seuil annuel de 50 000 nouveaux arrivants que propose la ministre pour les prochaines années — a des effets négatifs sur les finances publiques et, d'une façon générale, sur l'économie. «C'est aberrant, car en période de récession, la prudence élémentaire instruirait de baisser le niveau d'immigration, a fait observer Michel Pagé. Il n'y a pas lieu d'augmenter le niveau d'immigration sur le seul motif d'une pénurie générale de main-d'oeuvre hypothétique, alors que seules existent des pénuries sectorielles ou régionales.» Il a rappelé que durant la récession de 1981-1982, le Canada et le Québec avaient réduit considérablement le nombre d'immigrants reçus pendant quatre ans.

Lors des périodes de hausses marquées de 1990-1994 et de 2003-2010, l'augmentation du nombre d'immigrants se fait aux dépens de la proportion d'entre eux qui ont «une connaissance unique» de la langue française, qui se situe à quelque 22 % des nouveaux arrivants, a signalé Michel Pagé. Cette proportion s'est établie à 26 % en 2010, a précisé Kathleen Weil. Mais le critère de la connaissance du français — 65 % des immigrants disent connaître le français — est bidon, selon le chercheur; nombre de ces locuteurs ne parlent pas vraiment la langue ni ne l'écrivent. La ministre a répliqué que des tests linguistiques standardisés seront désormais imposés aux candidats à l'immigration.

Michel Pagé a rappelé que les États-Unis, qui connaissent leur part de problèmes d'intégration, accueillent annuellement un immigrant par 300 habitants, ce qui, transposé au Québec, représente un seuil annuel de 28 000 personnes. «Sous les conditions actuelles, le seuil de capacité linguistique pourrait se situer autour de 12 000 à 15 000 sur l'île de Montréal et de 25 000 à 30 000 pour tout le Québec», avance-t-il.

Michel Pagé accuse le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles (MICC) de ne pas pleinement assumer ses responsabilités en matière de sélection et d'intégration des immigrants, un jugement qui rejoint celui que le Vérificateur général du Québec a porté en juin 2010. Il recommande que le MICC fasse en sorte qu'au moins 70 % des immigrants soient de véritables francophones, à défaut de quoi il «continuera à alimenter un déséquilibre linguistique, et la paix linguistique serait menacée sur l'île de Montréal, et ce, sans rien ajouter à la prospérité économique».

Le point de vue de Michel Pagé tranche avec celui d'autres groupes qui se sont présentés en commission parlementaire. Ainsi, la Conférence des élus (CRE) de Montréal a préconisé, hier, que le gouvernement fixe à 55 000 plutôt qu'à 50 000 le seuil annuel des admissions d'immigrants pour les trois prochaines années tout en demandant davantage de ressources pour intégrer les nouveaux arrivants. Brandissant le spectre des pénuries de main-d'oeuvre, la Chambre de commerce de Montréal a déjà proposé que ce seuil soit porté à 65 000.

La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a qualifié hier de «raisonnable» la limite de 50 000 immigrants envisagée par le gouvernement. Mais, paradoxalement, elle a fait état du chômage élevé qui frappe certaines communautés immigrantes à Montréal, notamment la communauté arabe, une situation qui peut causer de «l'amertume» chez les immigrants qui seraient «venus sous de fausses impressions». Comme dans certains pays d'Europe, la deuxième génération, celle qui est née au Québec, «si elle ne trouve pas sa place, il y a un réel danger», craint Louise Harel.

Kathleen Weil avait aussi convié, hier, les ex-représentants du Conseil des relations interculturelles (CRI), un organisme qui a été aboli le 1er juillet mais qui avait pris la peine de préparer un mémoire. Dans un entretien accordé au Devoir, l'ex-présidente du CRI, Patricia Rimok, a rappelé que seulement 9 % des immigrants dits économiques, c'est-à-dire les travailleurs qualifiés, détiennent une formation qui correspond réellement aux besoins du marché du travail québécois, un constat qu'avait fait le Vérificateur général. Elle juge irréaliste l'objectif de la ministre de porter à 50 % cette proportion. Selon Mme Rimok, la grille de sélection du ministère est déficiente: le Québec devrait s'inspirer de l'Australie et accorder plus de points aux candidats qui ont une expérience de travail probante et des compétences plutôt qu'une formation souvent mal adaptée. Patricia Rimok qualifie aussi d'«échec» le programme d'immigrants-investisseurs, dont seulement le quart s'établissent au Québec tandis que les autres partent pour l'Ontario et la Colombie-Britannique.

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Rectificatif du 25 août 2011

Veuillez noter que ce texte est une version modifiée du texte intitulé «Le Québec accueillerait deux fois trop d'immigrants», paru dans nos pages le 25 août 2011.
Il y a eu méprise en ce qui concerne le chercheur à la retraite Michel Pagé, un ancien membre du Comité de suivi de la situation linguistique de l’Office québécois de la langue française (OQLF), et un autre Michel Pagé, également à la retraite, mais qui a été actif dans le développement international. Le premier Michel Pagé, qui est l’auteur de plusieurs études sur la situation linguistique et l’intégration des immigrants, n’a donc pas comparu mercredi en commission parlementaire pour la consultation publique que mène la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015. Joint aujourd'hui, ce Michel Pagé s’est dissocié de l’opinion que son homonyme a livrée mercredi et qui préconisait un abaissement des seuils annuels d’immigration de 50 000, tel que proposé par la ministre, à 28 000 ou 25 000. «C’est trop radical», a-t-il affirmé au Devoir. Selon lui, ce n’est pas tant le niveau annuel des admissions d’immigrants qui est en cause — le seuil de 50 000 se justifiant en raison de situation démographique du Québec et des besoins en main-d’oeuvre —, mais «la rareté des ressources» pour assurer la francisation et l’intégration des nouveaux arrivants. «Le ministère a fait des coupures dont il ne parle pas. Il n’y a certainement pas des ressources suffisantes pour l’automne dernier, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles a fait appel au chercheur Michel Pagé et à d’autres experts pour obtenir leur avis sur la planification de l’immigration lors d’une session d’études d’une journée. Michel Pagé continue d’agir comme consultant en matière immigration.

30 commentaires
  • VITRILLOLA - Inscrite 25 août 2011 04 h 27

    L'IMMIGRATION N'EST PAS UNE SOLUTION BIEN QU'ELLE SOIT LOUABLE

    De toute manière, 4 sur 10 quittent le Québec en moins de 2 ans. Sur une échelle de plus de 5 ans, il en reste 4 sur les 10, dont 2 francophiles et 1 billingue et 1 anglophile. Notre hiver est beaucoup trop long et trop froid, et les USA demeurent l'objectif ultime. L'Ontario vient immédiatement après les USA quand les nouveaux arrivants finissent par comprendre la "game" canadienne, à savoir que tout est concentré à Toronto, l'Eldorado canadien ou sinon dans une moins mesure la belle Alberta. Et ce qui fait fuire l'immigration au Québec c'est d'abord et avant tout que le Québec n'est plus ce qu'il était et n'a plus les moyens de ses ambitions d'immigrations, doit faire concurrence à d'autres cieux plus cléments et surtout plus intéressants du point de vue économique. Les pays émergeants deviennent de plus en plus concurrentiels à ce chapitre, et offrent une qualité de vie qui commence à nous ressembler. Cela dit, l'Europe s'interronge de plus en plus sur l'immigration comme alternative, notamment l'Allemagne, la France, le Royaume Uni, la Belgique pour ne nommer que ceux là. Les constats que ces pays font ressembles aux nôtres dont la commission Taylor/Bouchard fut le sommet de la question.

  • Yves Côté - Abonné 25 août 2011 06 h 07

    Pour le Premier de nos ministres...

    Pour le Premier de nos ministres, et jusqu'au dernier semble-t-il, il n'y a pas de tels problèmes. Non, puisqu'il s'agit là d'une solution globale et définitive au problème du Québec.
    Elu pour avoir les mains sur le volant, Jean Charest applique avec zèle ce programme idéal qui a pour objectif discret d'enfin réduire définitivement au silence politique ces Québécois qui estiment que leur présence majoritaire sur un territoire d'Amérique du Nord n'est pas folklorique mais au contraire, qu'elle y est tout aussi significative et légitime que celle des anglophones.
    Michel Pagé se trompe donc : pour donner la victoire aux Canadiens tel que Monsieur Charest, il faut continuer et même accroître la dose d'entrée des immigrants. Ainsi, l'argument préféré des politiciens tordus, celui du racisme naturel, sera renforcé et pourra continuer à être utiliser contre ceux des Québécois qui prétendent à une normalisation de l'usage général du français chez eux. Parce que selon eux, de prétendre vouloir franciser les nouveaux arrivants par quelque contrainte que ce soit, est la preuve formelle d'un racisme collectif à combattre.
    Mais, me demanderez-vous, de favoriser au Québec cette contrainte économique nord-américaine qui tend à angliciser le travail partout dans le monde, n'est-ce pas une forme de racisme équivalente ?
    Oh mais non, que nous expliquera notre belle équipe gouvernementale. Toute contrainte économique ou financière est louable par définition puisque le but de la vie, c'est bien connu, est de faire tourner une économie qui pour résultat, enrichie toujours un peu plus les riches en appauvrissant les pauvres de manière "naturelle".
    (suite ci-dessous)

  • Yves Côté - Abonné 25 août 2011 06 h 10

    Le premier... suite

    Mais voyons, pas besoin de savoir qui. Il y a juste à menacer de prendre les mesures adéquates pour que perdure chez elle la nation française du Québec et tout le Canada anglophile se mobilise contre cet abus, cette déraison, que dis-je ?, contre cette trahison nationale anti-monarchiste que représente l'idée que les francophones puissent prétendre normal que le Québec vive en français Gosh...
    Non, Monsieur Pagé sera recalé par le Premier de nos sinistres, comme le disait si bien Sol, autant que par le dernier de ceux-ci. Tous les arguments leurs seront valables pour discréditer son travail de réflexion et d,enquête. Parce que pour eux, et elles, pardon mais je ne voudrais offenser personne, une seule route est possible et souhaitable pour notre bien être : celle-là, à double action, de l'affaiblissement linguistique français du Québec et du renforcement linguistique anglais partout au Canada.
    Souhaitons donc qu'à force de nous resservir sans cesse les mêmes plans de communication, nous tous Québécois de toutes origines soyons encore assez nombreux pour ne rien croire de leurs élucubrations diffamantes à propos de notre idée de toujours.
    Laquelle ?
    Celle qu'il n'est que normal et légitime que le Québec demeure de langue française pour les générations à venir.
    Merci Monsieur Pagé de votre travail !

  • Jasminlafortune.com - Inscrit 25 août 2011 06 h 17

    Dans quel contexte décident-ils de venir ici.

    Petite question à quelqu'un qui pourra y répondre. Est-ce que les immigrants qui viennent s'installer ici quittent la misère de leur pays ou bien viennent ici suite à la vue du publicité qui les incitent à venir faire fortune dans notre société?

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 25 août 2011 06 h 44

    Le but recherché

    «Il y a déjà un problème d'intégration linguistique et économique dans la grande région de Montréal. Montréal s'anglicise de manière effarante depuis 2003-2004, et particulièrement depuis 2007», a-t-il affirmé.
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    Et si c'était le but recherché par John James et ceux qui le financent? Assimiler les francos à Montréal et créer un bassin de "cheap labor" prêt à n'importe quel salaire et n'importe qu'elles conditions de travail pour pouvoir vivre , quoi demander de plus pour ces financiers "all canadians".

    Après les écoles passerelles qui permettent à ceux qui en ont les moyens de contourner la loi 101, notre premier ministre au salaire parallèle de 75,000$/année poursuit son beau travail de sape.
    Conjointement avec son ami Harper qui veut augmenter le nombre de députés au Parlement fédéral, ils vont marginaliser le poids des francophones au pays et même au Québec leur dernier bastion.

    "Good job John James come and get your money !"