Le transport en commun vers la paralysie

Des voitures de métro sont soumis à des travaux d’entretien dans les garages de la STM. Le nouvel organisme Transit entend suivre à la trace les politiques publiques en matière de transports.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des voitures de métro sont soumis à des travaux d’entretien dans les garages de la STM. Le nouvel organisme Transit entend suivre à la trace les politiques publiques en matière de transports.

Faute de financement suffisant pour les rénover et les développer, les transports en commun sont sur le point d'être aussi paralysés que le sont les réseaux routiers des grandes villes du Québec en raison du vieillissement des infrastructures routières, dont la réfection provoque en été des congestions qui n'ont d'égales que... les tempêtes hivernales!

C'est ce que prévoit Transit, un nouveau collectif dont on annonçait la création hier à Montréal dans le cadre du congrès Écocité. Le nouvel organisme, qui entend suivre à la trace les politiques publiques en matière de transports, réunit des organismes comme Vivre en ville, des écologistes comme ceux de la Fondation Suzuki ou des organismes de concertation comme le Conseil régional de l'environnement de Montréal, sans oublier des universitaires, comme l'ancienne présidente de l'Agence métropolitaine des transports, Florence Junca-Adenot.

«Une tempête parfaite»

«Un piège est en train de se refermer sur les automobilistes et les usagers des transports collectifs, lit-on dans le document de présentation de Transit, et ce, particulièrement dans la région de Montréal et le sud du Québec. Si rien n'est fait pour pallier la situation, les effets combinés des nombreux chantiers de réfection sur les routes du Québec, la perte de fiabilité d'un réseau routier vieillissant, et très bientôt, d'une perte de fiabilité des réseaux de transports collectifs saturés ou qui arrivent à la fin de leur durée de vie, provoqueront une tempête parfaite: une crise des transports coûteuse et paralysante.»

Selon le collectif, pris au piège de réseaux routiers de plus en plus congestionnés, un nombre croissant de personnes se tournent vers des systèmes de transports en commun pourtant saturés, de plus en plus fragiles et de plus en plus lents malgré les investissements dans de nouvelles technologies plus vertes, comme celles annoncées hier par la STM qui faisait état de son plan d'acquisition au congrès d'Écocité.

Changer de priorité

Et ça ne fait que commencer, expliquait Christian Savard, de Vivre en ville, qui s'interroge sur l'impact qu'aurait un effondrement ou un accident majeur dans un tunnel du métro de Montréal, qui paralyserait une ligne principale pendant plusieurs jours, voire plus d'une semaine.

Dans ce contexte, estime Transit, il faut pallier le sous-financement des transports en commun en réaménageant d'urgence la priorité accordée par Québec au développement de nouveaux axes routiers et autoroutiers pour décongestionner les artères présentement paralysées, une stratégie qui n'a jamais réussi, affirme le document. Il faudra aussi impérativement de nouvelles sources de financement, y compris un nouveau pacte fiscal entre Ottawa, Québec et les municipalités pour répondre aux besoins: le seul réseau de Montréal aurait besoin de plus de 12 milliards, rappelle l'analyse de Transit.

Or, précise le même document, Québec entend accorder d'ici 2015 près de 17 milliards au réseau routier, mais seulement 3 milliards aux transports en commun. De plus, le Fonds des infrastructures routières et de transport en commun (FORT) sera déficitaire à compter de 2013-2014 malgré quatre hausses annuelles consécutives de 1 ¢ du litre d'essence, ce qui fait en sorte que «d'ici deux ans, l'État québécois n'aura plus les moyens de défrayer la totalité des coûts de réfection et de développement des infrastructures routières et de transports collectifs», affirme le collectif.

Pour Transit, «il apparaît crucial de consacrer la marge de manoeuvre financière disponible à la réfection des infrastructures majeures», routières ou collectives, en procédant à une réallocation des budgets disponibles en priorité vers le transport en commun et des infrastructures routières «existantes» en y ajoutant chaque fois des services collectifs de train, de voies réservées, par exemple, et en réduisant la part du béton au profit de méthodes de construction plus durables, capables de fournir au moins un siècle de bons services avec des coûts d'entretien réduits.
15 commentaires
  • Francois - Inscrit 25 août 2011 07 h 40

    LA STM doit apprendre à beaucoup avec peu

    Les voitures de de métro ne sont certes pas moderne mais elles peuvent encore donner un bon rendement. Les après midi les voitures de métro sont quasiment vides, pourquoi pas en diminuer la quantité au moment des heures moins achalandées. Ce qui occasionnerait une économie à plusieurs égards?

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 25 août 2011 08 h 18

    Et le Fédéral???

    Et pendant ce temps que fait notre gouvernement fédéral ? A t-il le projet de mettre en place un programme pour aider les grandes villes canadiennes à se doter de systèmes de transports en communs digne du XX1e siècle?

    Ben non voyons , il détourne des dizaines de milliards d'argent public dans l'achat de F35 de bateaux et militarise le Canada.
    C'est très utile dans la vie de tous le jours des citoyens qui l'élisent ! Allons bombarder la Libye et dépensons des milliards dans la chasse aux barbus en Afghanistan ça c'est de l'argent bien dépensé!

    Le plus drole étant que nos concitoyens du ROC n'y voient rien à redire et que leurs éditorialistes s'interrogent sur l'intelligence du vote des Québécois. Eh ben!!!

  • dojinho - Inscrit 25 août 2011 08 h 40

    Il faut un système pratique et équitable...

    L'amélioration des réseau routier mène invariablement à une augmentation de la charge routière, faisant en sorte que ce même réseau devient vite inadéquat. Il favorise notamment l'étalement urbain et l'exode vers les banlieues et c'est la société au grand complet qui défraie la note pour des choix douteux de certains...

    Le développement du transport en commun est le meilleur moyen de désengorger les routes et de leur donner une plus grande durée de vie. Mais encore faut-il que l'offre vaille la peine pour les usagers et qu'un trajet de 10 minutes en voiture ne prenne pas 2 heures en métro-train-autobus!

    Montréal a besoin d'un service fiable et rapide qui la traverse d'est en ouest, de Pointe-aux-Trembles à Sainte-Anne-De-Bellevue, ce qui pourrait être accompli par une combinaison de métro de surface et souterrain, comme dans bien des grandes villes du monde - de Paris à Hong Kong ou Tokyo. Cet axe majeur pourrait être relié à un service plus local de tramways ou d'autobus en plus des trains de banlieu (style RER de Paris) qui pourraient s'y rattacher. Il faudrait que de n'importe où sur l'île on puisse se rendre à tout autre point en moins d'une heure. Combiné aux Bixis l'été, ce système serait rapide et efficace. Le coût? Sûrement moins que le budget alloué d'année en année aux voies sursaturées qui ne cessent de gruger dans notre avenir collectif! Le bénéfice serait pour tous : un système pratique, de l'air plus pur, moins de bruit et de poussières, des économies pour la société (le pétrole n'est pas donné et les voitures non plus!) et beaucoup, beaucoup d'emplois!

    La voiture individuelle aura toujours sa part dans la société - il y a en effet des occasions où on ne peut s'en passer. Mais pour la majorité, ce ne serait pas nécessaire dans posséder une à tout prix, si l'offre de transport en commun était adéquate.

  • BROMONTOIS - Inscrit 25 août 2011 08 h 45

    GESTION MYOPE .

    Tu peus réussir à financer l'achat d'une maison trop chère pour tes moyens , si tu ne prévois pas le coût de l'entretien .
    Comme municipalité , tu peus octroyer trop de permis de construction si tu ne prévois pas les coûts de déneigements , collecte de rébus et du recyclage , entretien des infrastructures , augmentation des frais du personnel tel la voirie , les permis , la police , les incendies etc...
    Comme société de transport en augmentant les lignes et les services sans prévoir les frais d'entretien et de remplacement du matériel roulant .

  • Françoise Breault - Abonnée 25 août 2011 09 h 09

    Et le gouvernement Charest se prétend vert...

    "Québec entend accorder d'ici 2015 près de 17 milliards au réseau routier, mais seulement 3 milliards aux transports en commun" Comment peut-il avoir le front de se prétendre défenseur de l'environnement?