Le chirurgien innu Stanley Vollant - Marcher pour l'avenir des siens

Le Dr Stanley Vollant en compagnie de son fils Xavier. L’avenir des jeunes préoccupe le médecin innu.
Photo: Yan Doublet - archives Le Devoir Le Dr Stanley Vollant en compagnie de son fils Xavier. L’avenir des jeunes préoccupe le médecin innu.

Stanley Vollant, premier chirurgien autochtone du Québec, a entrepris l'automne dernier une longue marche qui doit le mener dans la plupart des communautés autochtones du Québec. L'un de ses objectifs: inciter les jeunes à ne pas renoncer à leurs rêves.

Il a marché entre Natashquan et Baie-Comeau, sur un parcours de 620 kilomètres, seul. Puis, il a marché de Vieux-Fort, près de Blanc-Sablon, à Natashquan, l'hiver, en raquettes, avec un cousin, et, durant une partie du voyage, avec Serge Mestokosho, pilote d'avion innu de la région.

Dimanche, le chirurgien innu Stanley Vollant arrivait, avec une quinzaine de personnes qui avaient choisi de l'accompagner, à la réserve huronne de Wendake, en provenance de Sainte-Anne-de-Beaupré, où des centaines de pèlerins innus sont rassemblés pour la fête de sainte Anne, qui a lieu aujourd'hui.

Stanley Vollant marche pour les siens, pour les autochtones, mais aussi pour les non-autochtones. Pour que les jeunes autochtones continuent de rêver, pour qu'ils s'initient à la science de leurs aînés, et pour qu'il se crée des liens entre les communautés.

Son projet devrait se dérouler sur une période de cinq ans. Le 6 septembre prochain, Stanley Vollant reprendra sa marche, à partir de Baie-Comeau. Entre-temps, Stanley Vollant aura formé des étudiants en médecine de l'Université de Montréal, où il enseigne, à la réalité clinique et culturelle de Pessamit, son village autochtone d'origine.

Il y développe ainsi une expertise qui pourra s'appliquer à la pratique de la médecine dans d'autres communautés culturelles. Il a aussi pour objectif de former le plus possible de médecins autochtones, même s'il ne croit pas que ce soit essentiellement dans le nombre de médecins ou d'infirmières autochtones que réside le salut de sa communauté.

À Wendake, où il a vécu cinq ans, Stanley Vollant se sentait en pays de connaissance. C'est à la crèche de Saint-Vincent de Paul qu'il est né, d'une mère célibataire autochtone et d'un père non autochtone, demeuré inconnu. Il allait être adopté par une famille québécoise lorsque son grand-père a pris toute l'avance qu'il avait eue de la Compagnie de la Baie d'Hudson, avec laquelle il faisait commerce, pour aller chercher son petit-fils et le ramener avec lui, à Pessamit.

C'est de ses grands-parents que le jeune Vollant a tout appris de la survie dans les bois. C'est aussi de son grand-père, et du chef huron Max Gros-Louis, qui était venu visiter son école, que Stanley Vollant a acquis son désir de travailler pour les siens.

«Mon grand-père voulait que je devienne avocat, raconte-t-il, mais j'étais timide, je n'aimais pas parler en public.» Stanley Vollant choisit donc la médecine.

Premier chirurgien autochtone du Québec, il dit qu'il aurait préféré être le centième. Il a fait du décrochage scolaire et de la santé des jeunes autochtones une cause personnelle. «Ce n'est pas normal que 80 % des jeunes autochtones décrochent avant de terminer leur secondaire et que 60 % d'entre eux soient destinés à subir de la violence ou à avoir des problèmes de consommation de drogue et d'alcool», dit-il.

La marche de Stanley Vollant, à laquelle tout un chacun est invité à participer, poursuit donc trois objectifs: inciter les jeunes à rêver et à poursuivre leurs rêves, réhabiliter le savoir des aînés, et développer un réseau entre les communautés.

Il compte visiter une majorité de communautés autochtones du Québec avec ces objectifs.

«Si j'influence deux ou trois jeunes d'une communauté, qui en influenceront d'autres à leur tour, j'aurais atteint mon objectif», dit-il. À chaque étape, Stanley Vollant prend la peine de rencontrer les jeunes à l'école de la communauté.

L'idée de cette marche lui est venue alors qu'il faisait le chemin de Compostelle, qu'il a dû interrompre à cause de blessures aux pieds. «J'ai marché contre l'avis de mon médecin», dit-il, parce qu'il voulait surtout atteindre l'endroit où les pèlerins sont invités à déposer une pierre de leur lieu d'origine.

Durant le chemin de Compostelle donc, Stanley Vollant fait le rêve de ce pèlerinage pour les siens, au Québec.

Déjà reconnu comme leader parmi les autochtones, Stanley Vollant avait sillonné le Québec en avion ou en voiture. «Mais je voulais présenter aux jeunes un exemple accessible, atteignable. Je voulais me présenter à eux crotté, en sueur», dit-il. Il voulait aussi expérimenter le contact avec le sol, avec les terres autrefois sillonnées par ses ancêtres.

À Wendake, Stanley Vollant a été accueilli par le chef de la nation huronne, Konrad Sioui, qui lui a remis du foin d'odeur et une plume d'aigle.

«On va travailler à décoloniser tout ce qu'il y a à décoloniser», a dit le chef Sioui, pour qui Stanley Vollant est un personnage exemplaire.

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