Une épopée francophone qui commence par les voyages de Samuel de Champlain

John Fisher, de la Société de généalogie du Vermont et du Canada français, montre sur une carte la pointe à la Chevelure, là où  quelques colons français s’établirent en 1727.
Photo: Pierre Trudel John Fisher, de la Société de généalogie du Vermont et du Canada français, montre sur une carte la pointe à la Chevelure, là où  quelques colons français s’établirent en 1727.
En 1609 donc, Champlain tue deux chefs agniers à Tikonderoga, qu'on appellera ensuite Fort Carillon, au sud du lac Champlain, dans l'État de New York. Du côté du Vermont, le gouverneur de Beauharnois érige en 1727 le fort Saint-Frédéric, sur la pointe à la Chevelure, pour résister aux attaques anglaises en provenance de la Nouvelle-Angleterre. Selon John Fisher, de la Société de généalogie du Vermont et du Canada français, c'est là que quelques colons français s'établirent à l'époque. Mais ils furent vite chassés par Amherst et se retranchèrent plus au nord, dans le Québec d'aujourd'hui.

Les Patriotes

Plus tard, le Vermont eut de nouveau un rôle à jouer dans l'histoire des Canadiens français, entre autres lorsque les Patriotes s'y retranchèrent dans les années entourant la rébellion de 1837-1838.

À cette époque, le gouverneur du Vermont était un whig, écrit Claude-Julie Bourque, étudiante, à ce sujet. «C'est dans ce contexte que plusieurs Vermontais, encore animés d'un esprit particulièrement indépendant, décident d'appuyer les Patriotes canadiens-français», écrit-elle encore sur le site du cégep du Vieux-Montréal, supervisé par l'historien Gilles Laporte.

«Ils leur ont fourni de l'argent et des armes», confirme David Massell, professeur d'histoire du Canada à l'Université du Vermont.

C'est aussi au Vermont, à Burlington en particulier, que Ludger Duvernay fondera successivement deux journaux: le North American, puis le Patriote canadien.

«Pour l'anecdote, il n'a pas trouvé de plomb en français, ce qui fait qu'il a publié des journaux sans accents durant deux ans», raconte Gilles Laporte, historien spécialiste de l'histoire des Patriotes et professeur au cégep du Vieux-Montréal. «Il alimentait la diaspora du Vermont et de New York en nouvelles», ajoute-t-il.

Dans les années qui suivirent, ce sont les fermiers et les ouvriers canadiens qui vinrent renflouer en masse la présence canadienne-française au Vermont.

À l'usine

Le musée de la ville de Winooski, au nord de Burlington, qui a été ouvert dans l'ancienne usine de laine, en témoigne abondamment.

Rita Martel, présidente de la Société historique de Winooski, y raconte comment sa mère, Léonie Audette, y travaillait à l'âge de douze ans, coiffant ses cheveux et remplissant son corsage pour paraître plus vieille que son âge.

Si les ouvriers de l'usine étaient valorisés dans leur travail, où ils exerçaient les fonctions de tisserand, de fileur, de teinturier ou de réparateur de métier, les conditions de travail n'y étaient pas faciles. Sur un panneau du musée, on voit qu'un agent de l'usine, F. C. Kennedy, explique en 1867 qu'il n'entend jamais de plaintes au sujet des douze heures de travail par jour qu'il réclame à ses employés, pour 90 sous de l'heure.

Le musée témoigne aussi de la vie quotidienne des Canadiens français au Vermont. On y voit par exemple l'affiche d'un spectacle intitulé Séraphin, un homme et son péché, donné par le comédien Jean-Pierre Masson, invité à Winooski en 1968. Un spectacle que bien peu de Franco-Américains pourraient suivre, en français, aujourd'hui.

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