Réouverture de l'Insectarium de Montréal - Une exposition qui fera mouche

Dans Nous, les insectes, on avance au rythme des thèmes: l’alimentation, la reproduction, l’autodéfense.<br />
Photo: François Pesant - Le Devoir Dans Nous, les insectes, on avance au rythme des thèmes: l’alimentation, la reproduction, l’autodéfense.

Pour ses 21 ans, l'Insectarium s'est payé une cure de rajeunissement qui l'a contraint à fermer ses portes pendant six mois. Le voilà, tout beau, tout frais, prêt pour l'Espace pour la vie, consortium écologiste formé avec ses voisins, le Jardin botanique, le Biodôme et l'attendu nouveau Planétarium.

Il y en a de toutes les couleurs et de toutes les formes; ils viennent de partout et se retrouvent, par milliers, sous un même toit, ici, en ville. Qui ça? Des phasmes, des mantes, des papillons, des scarabées, des libellules et combien d'autres arthropodes (pas seulement des insectes), autant ceux venant d'habitats tropicaux ou humides que ceux issus des déserts et des zones froides et enneigées.

Fermé depuis le début de l'année, l'Insectarium de Montréal présente dès demain ses nouveaux atours, ses nouveaux trésors. Nous, les insectes, la nouvelle exposition permanente, la deuxième seulement de sa vie, rassemble des individus de plus de 2000 espèces. La transformation n'est pas qu'un renouvellement des collections. Elle concerne aussi le ton, illustré par ce titre à la première personne mettant en scène un animal très bédé, Prosco, sorte de criquet imaginé par l'illustrateur Jean-Paul Eid et inspiré par le proscopidae du Pérou. Prosco est comme un guide à suivre.

«On a choisi le proscopidae pour sa tête et son expressivité, dit Anne Charpentier, directrice de l'Insectarium depuis 2008. Ses caractéristiques sont celles de la sauterelle, mais une sauterelle qui ressemble à un phasme (qui se confond avec son environnement).» Prosco est donc comme lui, polyvalent et doté d'une forte personnalité.

«Les enfants de 9 à 12 ans sont la clientèle cible. On les invite à basculer dans l'univers des insectes. Il faut s'en approcher pour les découvrir», résume pour sa part Élaine Boileau, la passionnée chargée de projets de l'Insectarium.

La dame, qui travaille à l'Insectarium depuis 1989 — depuis toujours, donc —, parle des insectes avec un émerveillement à la hauteur de celui des enfants. L'expo, elle, propose une immersion à la hauteur des plus petites âmes de la terre. La première section, consacrée aux différents habitats, est dominée par d'immenses arbres (des faux). Tout pour nous faire sentir comme des puces.

Décrire plus que séduire

Cette nouvelle aventure repose sur un changement de perception. À la naissance de l'Insectarium, il fallait combattre l'image d'horreur qui accompagnait ce microcosme méconnu. Pour le démystifier, on misait sur la beauté des corps. Deux décennies plus tard, le discours est autre. On ne veut plus séduire — quoique oui, encore, à preuve: la spectaculaire vitrine en introduction, une colorée mosaïque de 861 coléoptères à rendre jaloux le joaillier le plus inventif. Désormais, on explique. L'expo inaugurale, Diversité, se découpait par continents. Dans Nous, les insectes, on avance au rythme des thèmes: l'alimentation, la reproduction, l'autodéfense.

«Il y a vingt ans, se souvient Élaine Boileau, on nous demandait lequel des insectes était le plus méchant, le plus terrible. Aujourd'hui, les gens veulent savoir pourquoi ils existent.»

À quoi servent les insectes? Pourquoi ont-ils des cornes, des poils? Sans la lourdeur d'une expo trop didactique, Nous, les insectes fourmille de réponses et de renseignements. Et démontre l'utilité des êtres: certains d'entre eux se nourrissent des excréments d'animaux, d'autres de leurs cadavres. «Sans les insectes, énonce Anne Charpentier, l'humain ne vivrait pas plus que trois ans.»

Les arthropodes, plus vieux que l'être humain — ils sont apparus il y a 420 millions d'années —, ont plusieurs «facteurs de succès» qui expliquent leur nombre. Leur capacité d'adaptation aux climats, aux dangers serait l'un d'eux. La section «Champion de l'autodéfense», par exemple, montre différentes stratégies pour tromper le prédateur: l'immobilité ou le camouflage, mais aussi le mimétisme (une fourmi qui prend la forme d'un insecte toxique) ou l'intimidation (une sauterelle aux ailes d'un rose éblouissant). Il existe aussi un coléoptère si plat qu'il est capable de se cacher dans la plus petite rainure d'une branche.

La plupart des spécimens exposés le sont en mode naturalisé. Des exemples vivants s'agitent néanmoins un peu partout dans les salles. Environ cinquante d'entre eux se retrouvent dans des vivariums, dont un immense où cohabiteront des mygales et des ténébrions du désert.

«On nous demande pourquoi on n'expose pas plus d'insectes vivants. Parce qu'on serait incapables d'illustrer la biodiversité», explique Anne Charpentier. Il faut dire qu'il existe un million d'insectes connus dans le monde — et on présume qu'il y en a dix fois plus. «C'est le groupe vivant le plus diversifié de toute la planète», note la directrice.

À noter, dans la section sur la reproduction, une série d'images de Jean-Claude Tessier, photographe naturaliste. Parmi les couples pris dans le feu de l'action, un magnifique duel de demoiselles bleues. Tout près, un des rares modules interactifs du parcours invite à jouer avec la Symphonie des marais, oeuvre sonore de Georges Pelletier. Puis, une des innovations de l'expo explicite les cycles complets de la vie d'un insecte, tel le scarabée, qui passe de l'oeuf à la larve, devient nymphe, puis adulte.

La cure de transformation de l'Insectarium aura coûté 1,2 million de dollars, dont une grande partie consacrée à l'acquisition des collections. Il a fallu aussi faire des travaux généraux pour pallier le vieillissement de l'immeuble. Mais tout ceci n'est rien comparé à ce qui s'annonce: un agrandissement évalué à 17 millions de dollars. Le projet Métamorphose, prévu pour 2014-2015, permettra à l'établissement fondé par Georges Brossard de vraiment entamer son nouveau cycle, celui de l'Espace pour la vie.

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Collaborateur du Devoir