La Voie des pionniers, comme un roman

La silhouette d’Oscar Lessard, premier président de la Caisse populaire de Martinville, au parc du Vieux-Moulin.<br />
Photo: Photo Hélène Clément La silhouette d’Oscar Lessard, premier président de la Caisse populaire de Martinville, au parc du Vieux-Moulin.

Dix silhouettes grandeur nature découpées dans un panneau d'acier Corten et plantées au beau milieu du paysage estrien, de part et d'autre de la vallée de la Coaticook. Un appareil audio inséré à chacune de ces structures et qui donne la parole à dix personnages ayant marqué la région à la fin du XIXe siècle, début du XXe siècle. Voilà la nouveauté que propose la Table de concertation culturelle de la MRC de Coaticook: La Voie des pionniers. Bonne route!

Sur le chemin Cochrane, à Compton, à proximité du Centre d'interprétation de la vache laitière, il suffit de cliquer sur un bouton, version française ou anglaise, pour que Matthew Henry Cochrane (1823-1903), homme d'affaires prospère, nous raconte avec fougue la façon dont il a marqué l'agriculture de Compton puis est devenu propriétaire d'une usine de chaussures à Montréal et d'un ranch en Alberta en plus de siéger au Sénat canadien. On est déjà sous le charme.

Avec raison, car chaque personnage a été choisi avec soin par un groupe de citoyens du territoire et d'ailleurs, intéressés à l'histoire et au patrimoine. On a aussi fait appel à des étudiants en histoire de l'Université de Sherbrooke pour la recherche et la synthèse des informations. Finalement, c'est Anne Dansereau, auteure, comédienne et metteure en scène, qui a veillé à la conception finale des textes et à la supervision de la traduction et des enregistrements en studio.

On poursuit jusqu'à Martinville. On clique sur le bouton et voilà qu'Oscar Lessard (1895-1964) se met à raconter aux promeneurs captivés comment il est devenu un homme d'affaires prospère. Dernier propriétaire du moulin et engagé dans sa communauté, il acquiert plusieurs commerces, construit des ponts et devient le premier président de la Caisse populaire de Martinville.

Rencontre de plusieurs types

Comme dans un roman, on découvre l'histoire au fil du chemin et des silhouettes plantées judicieusement dans le paysage. Rien ne vient obstruer le point de vue sur la campagne estrienne à travers ces personnages qui changeront de couleur au fil des saisons. Et en fonction de la météo.

À Sainte-Edwidge-de-Clifton, on fait la connaissance du curé de la paroisse Wilfrid Morache (1856-1920); à Saint-Malo, de Georgianna Lizotte-Ouellet (1874-1950), sage femme, mère de 16 enfants et confidente des femmes; à Saint-Venant-de-Paquette, d'Hermine Malouin-Lefebvre (1841-1941), une centenaire qui a vu grandir la municipalité pendant quatre-vingts ans.

Puis de Thomas Van Dyke à East Hereford; de Marie-Marthe Paquin-Crête (1923-2006) à Saint-Herménégilde; de Walter G. Belknap (1864-1940) à Coaticook (Baldwin Mills); de George Gale à Waterville; et de Daniel Way à Barnston-Ouest (Way's Mill). Autant d'hommes et de femmes, anglophones comme francophones, qui ont marqué la région au siècle dernier et bien avant.

La Voie des pionniers, c'est en fait l'aboutissement des circuits photo-découverte que le visiteur parcourt depuis 2004, dans la vallée de Coaticook. Une sorte de rallye qui consiste à suivre l'un des six itinéraires touristiques et gourmands suggérés dans une brochure, à répondre à quelques questions sur la culture et le patrimoine et à prendre des photos de la vie au quotidien. L'activité a donné naissance à une mégafête populaire dans la région: les Comptonales.

«À ces circuits photo manquait le petit côté historique qui vient achever le travail touristique amorcé en l'an 2000 et sortir durablement de l'ombre cette région de l'Estrie, située à 150 km de Montréal, en bordure des frontières du Vermont et du New Hampshire», précise Michèle Lavoie, présidente de la Table de concertation culturelle de la MRC de Coaticook.

La clé des champs

Et le plaisir ne s'arrête pas à la rencontre de ces personnages hauts en couleur qui redonnent vie à cette région bucolique des Cantons-de-l'Est, à une époque où industriels anglophones, éleveurs de bovins et producteurs laitiers viennent s'installer en grand nombre.

D'ailleurs une journée ne suffit pas pour les découvrir tous. Car ici, tout est prétexte à regarder, toucher, goûter, écouter, échanger. En chemin, il y a des ponts couverts, des granges rondes, des églises, des jardins, des rivières et des animaux parfois bizarres, comme ces petits chevaux miniatures de la ferme Santschi, sur le chemin Kingscroft. Puis l'odorat se met en route, et là, c'est vraiment la fête. Que oui! Entre le pain maison, les fromages artisanaux, les confitures de cassis, les tartes aux pommes en cuisson et la bouse de vache, on ne sait plus où donner du nez.

À l'exception des mois de janvier et février, où les personnages hibernent, La Voie des pionniers est accessible à l'année. Pour parcourir les dix stations, il suffit de se munir de la carte routière que l'on retrouve sur le site Web de La Voie des pionniers, au bureau touristique de Coaticook ou dans les petits commerces de l'un ou l'autre des douze villages de la MRC.

Trois tournées en autobus sont également proposées les deux derniers samedis de juillet et les deux premiers d'août: Compton et campagne, Sur la voie des pionniers, Pique-nique à Saint-Venant. Et à propos de pique-nique, il est possible de se procurer (sur réservation seulement) pour le repas du midi un panier copieux, composé de produits frais de la région, soit chez BioBon à Compton, soit à la Pâtisserie de Coaticook, soit à Coffret de l'imagination, à Coaticook également. Bon appétit!

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Collaboratrice du Devoir