Relâchement vestimentaire - Pour en finir avec la «gougoune» au travail

L'été, tout est plus léger, à commencer par les tenues vestimentaires. Or, dans la touffeur actuelle, la sandale de plage, le short de sport ou la camisole à bretelles fines ont-ils leur place dans les milieux de travail?

C'est la question que se posent plusieurs employeurs à cette époque de l'année. C'est aussi la question que Revenu Québec vient de lancer à tous ses employés au début de la saison estivale, par l'entremise d'une note de service appelant à un peu de retenue vestimentaire. Une note reçue avec un certain agacement par plusieurs fonctionnaires, qui dénoncent le moralisme d'une démarche tendant à généraliser des «cas exceptionnels» de relâchement.

«À Revenu Québec, comme ailleurs, les gens sont assez respectueux de leur travail et se comportent en conséquence en s'habillant convenablement, a indiqué hier au Devoir Denise Boileau, du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ). Avec cette note, l'employeur a beaucoup choqué en laissant croire que tous les employés font preuve de relâchement, ce qui est loin d'être le cas. Quelque 99 % des employés font preuve d'assez de jugement.»

Dans la note de service émise au début du mois de juin, dont Le Devoir a obtenu une copie, la nouvelle agence du revenu du Québec appelle les fonctionnaires à «accorder une attention particulière à [leur] tenue vestimentaire, qui doit convenir à [leur] milieu de travail», et ce, à une époque où «la venue du beau temps peut être propice à un relâchement», peut-on lire. Dans la foulée, la direction de l'organisme précise que le «port des shorts de sport, des sandales de plage, des camisoles et des autres vêtements légers n'apparaît pas approprié». La note a été envoyée dans les 35 espaces de travail de Revenu Québec, aux quatre coins de la province.

C'est la première fois que l'organisme adresse une telle mise au point à l'ensemble de ses employés, a reconnu hier au téléphone Claude Girard, du bureau de la coordination stratégique du programme Employeur de choix et signataire de la note. «Les gestionnaires de l'agence ont constaté un relâchement général dans l'habillement et il nous est apparu pertinent de faire alors un rappel.»

Au Québec, les employeurs ont la loi de leur côté pour exiger un code vestimentaire particulier et surtout pour en exclure d'autres, à condition toutefois que cela n'induise pas de discrimination sur la base de l'âge, du sexe, de la religion ou de l'origine ethnique. La sécurité, la salubrité ou encore le respect de l'image de l'entreprise face au public peuvent être à l'origine de ces règles du bien-vêtir, qui ne préoccupe pas seulement Revenu Québec. En 2006, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a en effet pris position sur la question vestimentaire de ses membres en leur recommandant de porter des vêtements personnels à «l'allure professionnelle», dans les lieux où cela était permis. «Ils doivent être sobres, faciles d'entretien et permettre à l'infirmière de bouger sans contrainte.»

Plusieurs grandes entreprises québécoises ou bureaux d'avocats donnent également et régulièrement les grandes lignes de leur éthique de l'habillement à leurs employés, éthique dans laquelle les jeans, les espadrilles, les minijupes et chemisiers trop courts n'ont pas leur place. Une poignée d'employeurs vont même jusqu'à exiger une pédicure comme prérequis au port de la sandale en été. Et ce, en rappelant que la «composante visuelle d'un message peut représenter jusqu'à 55 % de l'ensemble de la communication», indique l'Association des comptables généraux accrédités du Canada dans son site Internet, à la section Savoir-être, la tenue de bureau décontractée, de quoi s'agit-il exactement?

Sans pointer directement l'hypersexualisation des codes vestimentaires qui semble se répandre dans la société, Claude Girard, de Revenu Québec, estime toutefois qu'il y a un relâchement général dans l'habillement perceptible de «façon générale dans l'ensemble de la population», dit-il. Il ajoute que la diffusion de sa note de service a toutefois porté fruit «puisqu'on a déjà observé des changements notables». La note cible les hommes comme les femmes sans distinction d'âge. «Environ 24 % de nos employés ont moins de 35 ans, ajoute-t-il. Mais le relâchement n'est pas lié à ça.»

L'an dernier, un sondage dévoilé par un site Internet spécialisé dans la recherche d'emplois indiquait que les vêtements de plage étaient jugés inappropriés au travail par près de la moitié des Canadiens. Au Québec, toutefois, un quart des répondants ont estimé que la sandale de plage, aussi appelée «gougoune», n'avait pas sa place au travail, laissant présager du coup que les 75 % restants croient que cette chaussure légère aurait finalement sa place au soleil... sous un bureau ou près d'une machine à café.

À voir en vidéo