Zoom sur la bicyclette - Le vélo, mode de ville

Le vélo n’est plus seulement un loisir pratiqué par une fraction de la population les week-ends de beau temps; il est redevenu un mode de vie, après plusieurs décennies passées à mordre la poussière sur le bas-côté pendant que la voiture connaissait son heure de gloire. Sur la photo: Andrew Knowls.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le vélo n’est plus seulement un loisir pratiqué par une fraction de la population les week-ends de beau temps; il est redevenu un mode de vie, après plusieurs décennies passées à mordre la poussière sur le bas-côté pendant que la voiture connaissait son heure de gloire. Sur la photo: Andrew Knowls.

Ah! C'est vrai que Copenhague en a, des belles affaires. Comme elle, Montréal aimerait avoir une plage urbaine dans son Vieux-Port. En attendant, la métropole se joindra dès jeudi à la grande famille Cycle Chic, un mouvement d'origine danoise promouvant les déplacements à vélo au cœur de la ville. D'un simple blogue publiant des photos de citadins qui pédalent pour se rendre au boulot, Cycle Chic est devenu un phénomène mondial en matière de mode et d'urbanisme. Son fondateur, le cinéaste Mikael Colville-Andersen, se pince encore.

Il se rendait au travail à vélo lorsqu'il a immortalisé la scène avec son appareil: une jeune femme, de dos, vêtue d'une jupe à carreaux et de bottillons aux mollets, s'apprête a reprendre la route, un sac de cuir attaché à l'arrière de son vélo. «Ce n'est pas la fille que j'ai remarquée, c'est cette superbe scène de la vie urbaine», se rappelle Mikael Colville-Andersen au téléphone. Photographe à ses heures, il venait de prendre, en 2007, la photo qui allait changer le portrait de Copenhague et mettre sur la piste cyclable des milliers d'autres citoyens.

Aussitôt postée, la photo reçoit des commentaires de gens étonnés de voir une fille aussi élégante pédaler sur une route détrempée, sans cuissardes rembourrées ni pédaliers à clips. Le blogue Cycle Chic venait de rouler les premiers milles de son épopée. The Guardian le décrit comme un «Sartorialist sur deux roues» — référence au blogue de street styling new-yorkais de Scott Schuman — et élève Colville-Andersen au top 10 des meilleurs blogueurs de mode.

Ce nouveau porte-parole du cyclisme en ville raconte son histoire en toute humilité. «Je ne voyais pas mon blogue comme un site de mode, pourtant. Je ne faisais que prendre en photo des gens normaux qui ont fière allure sur leur bicyclette.» Ses cyclistes croqués sur le vif tiennent un latte d'une main et le guidon de l'autre, portent le veston-cravate, roulent emmitouflés dans un châle crocheté, et parfois le vent frise les oreilles de leur teckel assis dans un panier d'osier.

Le look «vélo-boulot-dodo» est ainsi devenu une mode, qui aurait pu être aussi éphémère que les jeans lavés à l'acide dans les années 80. L'industrie s'est approprié le style et le vélo a fait son entrée dans les magazines féminins. Les Kate Spade et Chanel ont leur collection de bicyclette urbaine. Le casque protecteur se camoufle sous forme de chapeau tweed et de casquette gavroche et des artisans commercialisent désormais des supports en cuir pour accrocher un six-pack de Belle Gueule et une bouteille de pinot noir au cadre de sa monture.

Le fondateur ne peut nier la liaison qu'entretient son blogue avec la mode, «mais Cycle Chic est surtout une question de life style. Une manière de façonner la ville pour qu'elle devienne un endroit plus agréable à vivre, où les gens retournent habiter la rue. La bicyclette est avant tout une façon de redéfinir la ville.»

L'âge d'or du vélo, prise 2

De Mexico à Dublin, aujourd'hui, 36 villes font officiellement partie de ce mouvement global qu'est devenu Cycle Chic, sans compter la centaine de blogues lui rendant hommage. Le vélo n'est plus seulement un loisir pratiqué par une fraction de la population les week-ends de beau temps; il est redevenu un mode de vie, après plusieurs décennies passées à mordre la poussière sur le bas-côté pendant que la voiture connaissait son heure de gloire.

Jusque dans les années 1950, la planification urbaine de Copenhague était conçue pour les bicyclettes. La ville a ensuite changé ses infrastructures pour accommoder les automobilistes, et lors de la crise du pétrole, dans les années 1970, ils ont réclamé leur vélo, explique Mikael Colville-Andersen. «Avant la voiture, les ouvriers allaient au travail à vélo. Notre société se trouve une foule de raisons pour ne pas faciliter le transport des cyclistes. Mais ça peut changer. Les villes doivent repenser leur plan d'urbanisme en fonction des cyclistes, comme l'a fait Copenhague. Elles vont voir que les gens vont aussitôt se mettre à pédaler.»

D'autant plus qu'une ville vélo friendly, ça fait une sacrée belle mise en marché. Avant Cycle Chic, Copenhague n'était pas associée au cyclisme. Mais le cinéaste, devenu par la bande expert en mobilité urbaine, voit aujourd'hui l'office de tourisme promouvoir sa ville comme un endroit où il fait bon rouler.

C'est au tour des autres villes d'établir leur marque autour du vélo, comme Barcelone, cité chouchou de Mikael Colville-Anderson pour l'ambiance décontractée dans laquelle elle permet de se déplacer. Et Montréal? «Il y a assurément un potentiel pour qu'une ville comme Montréal devienne la première grande ville cyclable de l'autre côté de l'Atlantique. Il y a, quoi, 10 villes majeures en Amérique du Nord? Il en faut une qui prenne le vélo au sérieux et en fasse son image de marque. Ce serait génial que Montréal soit au top.»

Une impression partagée par l'organisme Vélo Québec, pilote de la Féria du vélo de Montréal et du blogue Montréal Cycle Chic. «On a déjà une identité cycliste à Montréal, on le voit même dans nos dépliants touristiques. On aimerait bien devenir la petite Hollande d'Amérique du Nord», admet Joëlle Sévigny, directrice générale de Vélo Québec Événements et Voyages.

Elle avoue qu'il était impératif pour la métropole de rejoindre le mouvement Bike as you are de Cycle Chic, d'autant plus que le Bixi a eu un impact considérable sur le déplacement urbain dans la ville. «Montréal a connu une forte hausse de cyclistes urbains ces dernières années», affirme-t-elle, sans toutefois avancer de chiffre puisque les nouvelles données d'État sur la pratique du vélo au Québec ne devraient être dévoilées que dans les prochains jours.

Du reste, dès le 2 juin, les photoblogueurs collaborant tous les jours à Montréal Cycle Chic prendront le relais de Mikael Colville-Andersen et montreront à leur tour au reste du monde que Montréal est vraiment, mais vraiment belle à bicyclette.

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Dans le cadre de la journée Vélo-boulot de la Féria du Vélo de Montréal (du 29 mai au 5 juin), Mikael Colville-Andersen présentera à la Grande Bibliothèque, le 1er juin à 10h30, une conférence gratuite sur les façons de promouvoir le vélo urbain et participera le lendemain au 5 à 7 de lancement de Montréal Cycle Chic, au Bar Waverly (www.montrealcyclechic.com). Plus de détails au www.velo.qc.ca.

Le blogue fondateur du mouvement: Copenhague Cycle Chic, www.copenhagencyclechic.com; pour savoir pourquoi 500 000 cyclistes roulent chaque jour dans la capitale danoise, le fondateur de Cycle Chic tient cet autre blogue: www.copenhagenize.com.

Masse critique est une randonnée cycliste collective tenue dans plusieurs villes dans le monde et Montréal a la sienne chaque dernier vendredi du mois. Le rendez-vous a lieu ce soir, à 17h30, au square Phillips, au coin des rues Sainte-Catherine et Union. Le départ a lieu à 18h, qu'importe ce qu'en dit la météo. www.massecritiquemtl.org.
3 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 27 mai 2011 09 h 18

    Montréal cycliste ou Montréal Bixi ?

    Il y a quelque chose qu'on ne dit pas et qu'il faudrait un jour regarder en face : le succès de Bixi pourrait-il se retourner contre Bixi d'abord, et contre le vélo ensuite ?

    Mercredi dernier, la journée où il n'a pas plus, à 18 heures 30, il était impossible de trouver un vélo Bixi le long de la ligne orange entre Laurier et Jean-Talon. Mais sitôt qu'on s'éloignait de la ligne vers les secteurs résidentiels de Rosemont ou de Villeray, c'était l'inverse : les stations Bixi étaient pleines. La raison de cette distribution : les navetteurs boulot-dodo. Bixi sert beaucoup aux trajets boulot-dodo, ce qui est un non-sens car pour qu'un tel usage soit possible, il faut constamment répartir les vélos à l'aide de camion.

    Le vélo du navetteur, c'est celui qui lui appartient et non pas Bixi. Or, là est le problème : qu'a-t-on fait pour faciliter la vie de cette majorité cycliste non bixiste ? Rien ! On est encore loin d'un véritable réseau de voies cyclables qui puissent assurer un minimum de sécurité aux cyclistes ou encore de percer plusieurs enclaves comme la métropolitaine ou la voie ferrée au nord du Plateau. Et surtout, les stationnements sécuritaires pour vélos sont d'une rareté désarmante. L'espace occupé par une station de 15 vélos Bixi permettrait d'y garer presque le triple de vélos conventionnels, et pour le coût d'une borne Bixi, on pourrait obtenir plusieurs bornes sécuritaires de vélos conventionnels.

    L'administration Tremblay se pète les bretelles avec Bixi (dont l'avenir est pourtant loin d'être assuré). Mais je connais peu de cyclistes non bixistes prêts à applaudir les efforts anémiques de Montréal pour faire du vélo un mode alternatif de déplacement viable.

    Montréal cycliste ou Montréal Bixi ? Je crains hélas que Montréal Bixi soit en train de nuire à Montréal cycliste. Précisons que je suis pourtant abonné de Bixi.

  • Carole Dionne - Inscrite 27 mai 2011 13 h 16

    C'EST COMIQUE LA SOCIÉTÉ...

    On nous montre presque toujours des individus sur un vélo, avec UN CASQUE PROTECTEUR. La SAAQ y tient mordicus.

    MAIS, pour conduire un super BIXI, là , ce n'est plus pareil. Pas besoin de casque. J'imagine que le BIXI est à l'abri des accidents. J'ai rarement vu quelqu'un se promener avec un casque protecteur à la main en vue de prendre un BIXI.


    CONCLUSION. Prendre un BIXI nous rend immunisé contre les accidents. J'aimerais donc qu'un ou une journaliste pose la question au président de la SAAQ ou au maire.

  • Richard Larouche - Inscrit 7 juin 2011 15 h 53

    @ Carole Dionne

    Je vous conseille de lire le blogue Copenhagezine. Vous y constaterez peut-être que la promotion du port de casque n'est pas la meilleure façon de promouvoir la sécurité à vélo. Même si le casque réduit le risque de blessure lors des collisions avec un véhicule, il ne prévient pas la cause fondamentale des blessures : les collisions avec les véhicules ! (et la vitesse de ces derniers).

    Il faut plutôt remettre en question la théorie de Bush selon laquelle le mode de vie américain n'est pas négotiable (que la plupart des politiciens élus de ce côté de l'Atlantique partagent sans l'avouer).