Contestation au sein de Développement et Paix

Des membres de l'organisme créé par l'épiscopat canadien pour financer des projets dans le tiers-monde craignent pour les peuples du Sud.

Dans une lettre publiée aujourd'hui en page Idées, quatre membres actifs de Développement et Paix (DP) s'inquiètent de l'influence grandissante sur leur organisme de groupes qu'ils qualifient de catholiques «extrêmes». Ces membres dénoncent la décision de DP d'obliger chaque partenaire du Sud à obtenir une lettre de soutien d'un évêque local pour recevoir de l'aide financière. «Nous voulons informer le public de la situation et des conséquences qu'elle peut avoir sur les gens du Sud, assure Normand Breault, cosignataire du texte. Tout le dossier de la santé reproductive des femmes est litigieux par rapport à un certain épiscopat. Avec la pression de la droite sur les évêques qui ont déjà tendance à absolutiser la vie avant la vie, ça pose problème quand on parle d'épanouissement des femmes.»

Hormis ce dossier, l'homme qui est actif depuis plus de 30 ans à DP note également que le catholicisme n'est pas présent partout et que l'accès à un évêque n'est pas toujours possible. Il rappelle aussi que, malgré un financement issu en grande partie des fidèles, l'organisme n'est pas une entreprise missionnaire et que certains tendent à l'oublier.

Chez DP, rien ne semble pourtant définitif. «Nous sommes en discussion avec le comité permanent qui a été mis sur pied par la conférence des évêques, explique la directrice générale adjointe, Josianne Gauthier, qui précise que cette instance a été nouvellement fondée. Nous allons discuter de ces enjeux qui pourraient avoir un impact sur l'avenir de notre travail dans le Sud.» Selon elle, la requête d'obtenir le soutien d'un évêque vient de la conférence des évêques, qui souhaite un rapprochement avec l'Église dans les pays du Sud. «L'enjeu est d'un côté que le financement provenant de catholiques ne soit pas utilisé à des fins qui heurtent leurs valeurs. De l'autre côté, il y a une préoccupation sur le trop grand contrôle de ce qui pourrait être de l'aide au développement. Le débat doit se tenir.» Le comité devrait se réunir pour la première fois au mois de juin.

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