Les stigmates de l'intégration

Grand spécialiste de l’intégration et de la diversité culturelle, Maurice Chalom a confié à des jeunes la mission d’écrire des textes (essais, poèmes, récits fictifs ou autobiographiques) sur les thèmes jumeaux de l’injustice, de l’intolérance, de l’exclusion et de la discrimination.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Grand spécialiste de l’intégration et de la diversité culturelle, Maurice Chalom a confié à des jeunes la mission d’écrire des textes (essais, poèmes, récits fictifs ou autobiographiques) sur les thèmes jumeaux de l’injustice, de l’intolérance, de l’exclusion et de la discrimination.

Noah, Joud, Fatima, Benjamin, Julia, Vincent et les autres. Cette petite ONU qu'est l'école montréalaise a mis la main à la pâte pour produire deux recueils sur un enjeu fondamental pour une société multiculturelle. Peu importe leurs origines et leurs différences, ils ont tous les mêmes droits.

C'est peut-être une évidence pour le lecteur adulte et informé. Au fond de la cour d'école, quand passe le rouleau compresseur du conformisme et de la popularité, il ne fait pas toujours bon d'être noir, musulman, handicapé, et même blanc!

Le racisme n'est pas l'apanage d'une seule communauté, a constaté le criminologue Maurice Chalom dans la réalisation d'un projet un peu fou à travers des écoles primaires et secondaires de la métropole, grâce à l'appui du Congrès juif du Québec.

De concert avec les professeurs, M. Chalom a sensibilisé les jeunes aux droits universels. Durant l'année scolaire, des élèves de 5e et 6e année du primaire et de 3e et 4e secondaire ont pu parcourir des textes fondamentaux tels que la Déclaration des droits des enfants de l'ONU et les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.

Ensuite, ils ont été appelés à porter la plume dans la plaie, pour reprendre l'expression consacrée d'Albert Londres. Grand spécialiste de l'intégration et de la diversité culturelle, Maurice Chalom leur a confié la mission d'écrire des textes (essais, poèmes, récits fictifs ou autobiographiques) sur les thèmes jumeaux de l'injustice, de l'intolérance, de l'exclusion et de la discrimination.

Et le projet a basculé dans un univers de désespoir, d'angoisse, mais aussi d'espoir. Les deux recueils publiés par les éditions du Centre international d'information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (CIDIHCA), intitulés Rêveries en mode mineurs (élèves du primaire) et Tomber les murs (élèves du secondaire), lèvent le voile sur le double stigmate de l'intégration dans une société d'accueil et du pénible passage à l'adolescence pour tous.

«Il y a une certaine gravité dans les textes. On n'est plus du tout à l'époque du "peace and love"», reconnaît Maurice Chalom.

Dans ces recueils, un enfant est réduit à l'esclavage dans un grenier par des parents sans coeur. Une ressortissante nord-coréenne travaille jusqu'à mourir d'épuisement dans un restaurant du Québec. Les handicapés sont mis de côté à l'école. Une jeune fille est agressée par un beau-père pédophile. Un gamin noir se peint le visage en blanc dans l'espoir de se faire des amis à l'école. Les marginaux sont tournés au ridicule. Et les enfants écrasent sous le poids des traditions religieuses de leur pays d'origine.

Le tout est livré dans un style incisif, voire coup de poing. Des phrases lapidaires s'incrustent dans la mémoire, telles que «Les enfants ne sont pas des jouets», ou encore «J'ai du coeur, mais je n'ai pas le bonheur.»

Maurice Chalom ne peut distinguer la réalité de la fiction dans ces récits. «Mais des professeurs m'ont dit que certains gamins avaient parlé de leurs propres expériences de vie sous le couvert de la fiction», dit-il.

L'essentiel, c'est qu'ils ont pris la parole. Lors du lancement de Rêveries en mode mineurs devant 350 personnes, lundi dernier, M. Chalom a vu des jeunes au regard allumé, ébahis de recevoir leur livre.

«Plusieurs gamins ne semblaient pas s'intéresser à l'école. Ils étaient ce qu'on appelle des "turbulents". Quand ils ont reçu leur livre, il y avait chez eux une espèce de fierté, un sentiment du devoir accompli, une prise de conscience que l'effort, c'est payant. Malgré mes 57 ans, quand je vois ça, j'en ai la chair de poule», dit-il.

Le lancement de Tomber les murs aura lieu lundi soir prochain, à l'école secondaire Herzliah, dans Snowdon. L'événement coïncide avec le début de la 12e Semaine d'actions contre le racisme, qui se déroule sous le thème «faire tomber les barrières et vivre la diversité».

Maurice Chalom compte répéter son projet «d'écriture libératrice» avec d'autres élèves l'an prochain. À son avis, la soif de justice sociale des enfants et des adolescents les conduit naturellement «à s'approprier de la culture des droits». «Ils réussissent à prendre des distances par rapport à leurs propres préjugés, et à ceux qu'ils entendent à la maison», dit-il.

Et surtout, ils réalisent qu'ils méritent mieux «qu'une vie couleur tristesse», une phrase-choc d'un écolier du primaire. Ils revendiquent le «droit au bonheur, l'espoir et la vie».

Comme le dit si bien un écolier qui n'a pas été en mesure de compléter le projet, mais dont une idée maîtresse se retrouve en deuxième couverture: «L'enfance est la clé pour un avenir rempli de promesses.»
7 commentaires
  • Marc Lemieux - Inscrit 19 mars 2011 09 h 27

    "ils ont tous les mêmes droits"

    Et les mêmes devoirs aussi

  • Augustin Rehel - Inscrit 19 mars 2011 14 h 24

    L'intégration d'abord.

    Malheureusement, les dernières années tendent à démontrer que bien des musulmans québécois semblent avoir plus de droits que les Québécois de souche et bien peu d'obligations vis-à-vis la société d'accueil. Il faudrait que les parents comprennent que la première obligation d'un immigrant est de prendre tous les moyens mis à disposition pour permettre une intégration pleine et entière.

    L'intégration d'abord, et le reste vient de surcroît.

  • johanne fontaine - Inscrit 19 mars 2011 14 h 44

    Avis aux intéressés

    Autres cas opportuns: celui des enfants naturels monoparentaux.

    De la génération des ''orphelins de Duplessis'', en passant par ceux de la génération lyrique jusqu'à ceux des contemporains.

    Avis aux intéressés...

    Johanna Fontaine
    johannaf@gmail.com

  • France Marcotte - Inscrite 19 mars 2011 21 h 31

    Il n'est pas bon que ces petits Montréalais souffrent

    "Le racisme n'est pas l'apanage d'une seule communauté", dit le criminologue, et il ne fait pas toujours bon, au fond de la cour d'école, "d'être noir, musulman, handicapé, et même blanc". Le conformisme est déjà bien à l'oeuvre.

    "Les enfants ont tous les mêmes droits" et il est important qu'ils les connaissent et qu'ils puissent les revendiquer, un jour ou l'autre. Ces enfants sont tous Québécois et peu importe quelle tournure prendra la question de l'immigration dans les prochaines années, les nouveaux venus, les plus anciennement arrivés, sont ici pour rester, pour prendre part à l'épanouissement du Québec, riche dans sa diversité.
    La souffrance de ces enfants n'est bonne pour personne.

  • Veronique D.D. - Inscrit 20 mars 2011 07 h 46

    Discrimination, racisme, intolérance.

    Les nazis se croyaient une race supérieur.

    Une certaines catégories de Québécois se croient aussi des gens supérieurs.

    Et aussi, une catégories d'Immigrants qui se croient supérieurs.

    Le Sceptique: incrédule, particulièrement vis-à-vis des choses communément admises.

    Incrédule qui met en doute les croyances religieuses et Celui qui est difficile à convaincre

    Évidamment, le savoir-vivre est de ne pas dire qu'ils sont stupides.

    Définition du mot : libre

    non soumis à des contraintes
    qui n'est pas en captivité
    qui n'est pas entravé, qui s'effectue sans contrainte extérieure, qui se pratique sans appareillage
    qui a la possibilité de penser, d'agir, de s'exprimer selon ses propres choix
    indépendant, en parlant d'un peuple
    qui n'est pas lié par un engagement
    non soumis à une réglementation

    Car on déclare que le Canadien est LIBRE

    P.S. Les problèmes monétaires encouru par les nouveaux immigrants est le 1 problème de l'intégration et le 2 la langue.

    Ca prends de l'argent pour payer les factures(tél,électricité etc..),le loyer,la nourriture,les vetements
    Et parlé francais pour connaitre les ressources, travaillé etc....