L'entrevue - Au secours du sexe fort

Anthony Synnott, sociologue de l’Université Concordia<br />
Photo: Université Concordia Anthony Synnott, sociologue de l’Université Concordia

On l'appelait le sexe fort. Serait-il devenu le sexe haï? Comme la gent féminine, le sexe masculin est formé à la fois de héros, de scélérats et de victimes. Mais ces dernières années, dans l'imaginaire collectif occidental, il aurait plus souvent qu'à son tour occupé le mauvais rôle. C'est en tout cas ce que défend le sociologue de l'Université Concordia Anthony Synnott, dans son livre Re-Thinking Men. Heroes, Villains and Victims, paru aux éditions Ashgate.

Un peu partout en Occident, au cours des dernières décennies, une certaine misandrie a fait son apparition, entre autres dans la publicité, dit Anthony Synnott. En guise d'exemples, le professeur mentionne les vignettes utilisées sur des automobiles qui associent tous les hommes à des violeurs, ou encore un certain savon en forme de cochon qu'il avait reçu par hasard en cadeau, et qui portait la mention «cochon macho».

Selon lui, cette misandrie est notamment le fait d'une certaine frange féministe, ce qu'il déplore en ajoutant que l'avancée des femmes dans le monde occidental, au cours des dernières décennies, ne devrait pas avoir pour conséquence le recul de l'autre sexe. «Nous ne sommes pas comme sur un tape-cul où l'un descend parce que l'autre monte», dit-il.

Statistiquement, avance-t-il, les hommes vivent moins vieux que les femmes et les garçons sont plus nombreux à décrocher de l'école. Les dernières années ont également été témoins du déclin de secteurs industriels où les emplois étaient généralement occupés par des hommes, comme l'industrie du bois, par exemple, au profit du secteur des services où les femmes sont majoritaires.

Anthony Synnott ne s'en cache pas: son livre vise, entre autres choses, à glorifier les hommes, qui, croit-il, en ont bien besoin. Citant une étude effectuée en 1990 par l'American Association of University Women, il établit que les jeunes filles seraient plus souvent complimentées que les jeunes garçons par leurs professeurs.

Selon les filles et les garçons interrogés dans le cadre de cette étude, les professeurs pensent que les premières sont plus intelligentes, ils préfèrent être en leur compagnie et leur donnent plus d'attention. L'étude a finalement été publiée dans un livre intitulé The War Against Boys. How Misguided Feminism Is Harming Our Young Men, par Christina Hoff Sommers, en 2000. Et Christina Hoff Sommers a souvent été étiquetée comme antiféministe à cause de ses vues sur la question.

Angéliser, démoniser

Quant à Anthony Synnott, il écrit: «Au cours des cinquante dernières années, les définitions des hommes sont devenues de plus en plus négatives, à la fois dans la culture populaire et dans certains domaines du féminisme. Les caricatures dépeignent souvent les hommes comme étant stupides et idiots, comme d'ailleurs plusieurs comédies télévisées, livres de blagues et publicités. [...] La litanie des invectives est sans fin et, en fait, le dénigrement des hommes [male-bashing], comme on appelle joliment ce mépris et cette haine, est maintenant institutionnalisé dans la culture populaire.»

Le sociologue dénonce une certaine angélisation des femmes et une certaine diabolisation des hommes. S'il est vrai que les hommes sont plus souvent à l'origine des homicides, par exemple, ils en sont aussi bien plus souvent les victimes.

À titre d'exemple, au Canada, en 2007, 73 % des victimes d'homicides étaient des hommes. En matière d'homicides survenant dans un couple, précise-t-il, des hommes avaient tué leur conjointe dans 80 % des cas, alors que des femmes avaient tué leur conjoint dans 20 % des cas, «soit beaucoup plus que ce que les gens croient», écrit-il. Anthony Synnott avance même qu'une bonne proportion des suicides chez les hommes pourrait être le fait d'une certaine violence psychologique féminine.

Par ailleurs, en matière de divorce et de garde d'enfants, il salue le système québécois qui favorise d'abord et avant tout la médiation entre les parties.

Un nouvel humanisme

Le professeur a la prudence de n'englober, dans son analyse, que la société dite «occidentale», se gardant bien de définir l'ensemble des hommes sur la planète. Jusqu'à il y a une cinquantaine d'années, ceux-ci régnaient plus ou moins en maîtres sur le monde des idées. «Historiquement, ils ont été définis comme le sexe fort, tout au moins par les hommes», note-t-il.

Il cite Platon comme étant un égalitariste, alors qu'Aristote, son disciple, était un suprématiste masculin. Il cite aussi Darwin, qui désignait l'ancêtre de l'homme comme un hermaphrodite. Puis il rappelle la thèse de la bisexualité psychologique développée par Freud et par Jung. Tous ces chercheurs sont cependant des hommes... «Les préoccupations de Freud, de Jung et des jungiens sont très loin de la misogynie et de la misandrie», écrit-il.

À la veille de la célébration du 8 mars, Journée internationale de la femme, il prend la défense d'un nouvel humanisme dans le cadre duquel les sexes se compléteraient plutôt que de s'opposer.

«Si les féministes disent vrai, écrit-il, c'est-à-dire que ce qui bénéficie aux femmes bénéficie également aux hommes, alors peut-être que l'inverse est aussi vrai, et que ce qui bénéficie aux hommes bénéficie également aux femmes.»

Une sorte de rêve idéal dans un monde toujours à la recherche d'une tendre moitié.
70 commentaires
  • Eric Shannon - Inscrit 7 mars 2011 04 h 40

    Enfin...

    Je suis content de voir que des universitaires s'intéressent à ce sujet. J'en ai fait mon mémoire de maîtrise (qui dort encore sur mon bureau...) par nécessité personnelle. Nos sociétés ont passé tellement de temps à tenter de savoir si un homme était différent d'une femme et vice versa, plutôt que de se concentrer sur le fait que les inégalités allaient dans les deux sens. Il y a une relation toxique envers le masculin et le féminin s'en retrouve perdant en bout de ligne.

    Si nos sociétés peuvent commencer un mouvement de réflexion qui aiderait à considérer tous les genres (oui, il y en a plus que 2) égaux, nous en sortirions tous gagnants.

  • Michbonn - Abonnée 7 mars 2011 06 h 52

    Un journalisme de poule mouillée

    Voilà ce que je pense de votre article publié à la veille du 8 mars. Juste au cas où on parlerait trop positivement des femmes un jour ou deux, voilà: rabaissons-leur le toquet!


    Micheline Bonneau

  • Jacques Morissette - Abonné 7 mars 2011 07 h 23

    Femmes, hommes, enfants ou aînés, nous vivons tous sur la même planète.

    Je cite l'article, en passant très intéressant:
    «À la veille de la célébration du 8 mars, Journée internationale de la femme, il prend la défense d'un nouvel humanisme dans le cadre duquel les sexes se compléteraient plutôt que de s'opposer.»

    Il faudrait être conscient que nous vivons tous sur le même bateau. Un certain aveuglement pourrait laisser croire que l'autre (sexe) est responsable de ce dans quoi nous nous enlisons, quand c'est le cas.

    Il peut arriver à n'importe qui de tomber dans du sable mouvant. Plutôt que de considérer l'autre (sexe) responsable, mieux vaudrait prendre sa main qu'il nous tend, pour nous aider à sortir des dits sable mouvant. Autant l'un comme l'autre peut être mauvais juge.

    Il y a des choses qui peuvent favoriser les uns plutôt que les autres. Le plus mal venu dans tout ça, c'est celui ou celle qui en abuserait de ses avantages de façon à dominer l'autre, son prochain. Même les animaux s'entraident parfois.

    Plus de solidarité entre les uns et les autres, idéalement, serait vraiment un signe avant coureur que nous avançons tous dans le bon sens. Le brouillard peut nous empêcher de bien voir à court terme.

    Mais, une fois dissipé, rien ne devrait empêcher de mieux interpréter et bien comprendre l'autre ou les événements ne sont pas toujours les seuls responsables. Personne n'est l'ennemi de l'autre.

    Mais l'ignorance ou l'intolérance pourrait parfois nous le faire croire très facilement. Comme l'a écrit Claude Mauriac quelque part, "l'espérance est parfois violente". Mais l'espérance déçue peut aussi nous rendre mauvais juge.

  • ysengrimus - Inscrit 7 mars 2011 07 h 36

    Les pauvres petits chous

    Les pauvres petits chous. C'est surtout l'androhystérie qui est un facteur nouveau, en fait. La tertiarisation, grand facteur objectif de nivellement économique entre hommes et femmes provoque naturellement son lot de soubresauts réactionnaires. Parce que nos petits machos androhystériques sont déjà post-patriarcaux sans l'assumer...

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/04/29/mon-pet

    ils crient un petit peu. Mais cela va se replacer. On va se remettre à les valoriser.
    Paul Laurendeau

  • Wallbrid - Inscrit 7 mars 2011 08 h 09

    Le systèmes scolaires au Québec

    Les femmes et les hommes n'apprennnent pas de la même façon. Par contre, le systèmes actuel favorise la femme dans le type d'apprentissage. Nous sommes loins du système d'il y a 20 ans ou les femmes n'arrivaient pas à performer pour la raison inverse. Si on fait la vérifications sur les écoles privées unisexe, on obverse qu'il y a un taux de réussite supérieur que l'école publique. J'ai présentement 24 ans et j'ai été dans une école privé ou il y avait juste des gars. Les professeurs ensaignaient également pour des gars!

    Merci au Québec pour le système présentement en place, une liste d'attente de 1 ans pour avoir une résonance magnétique suite à une attente de 2 ans pour avoir une opération et de 6 moins pour avoir un ergothérapeutre. Je croix que être malade, je vais payé mon intervention chirurgicale en Inde et émigré au USA pour ne pas payé 50% de mon salaire pour un service de santé que je ne peux pas utilisé!