Conseil du statut de la femme - «Les élus doivent se prononcer en faveur de la laïcité»

Martine Letarte Collaboration spéciale
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Alors que le 8 mars, Journée internationale de la femme, approche à grands pas, le Conseil du statut de la femme est sur le point de publier un avis pour la laïcité de l'État québécois.

Selon le Conseil du statut de la femme, il est clair que l'évolution des droits des femmes va de pair avec l'évolution de la laïcité. L'organisme de consultation demande que les élus se prononcent pour la laïcité de l'État plutôt que de laisser cette tâche aux tribunaux.

«Le Québec a une laïcité de fait, mais nous souhaitons que le gouvernement du Québec affirme la laïcité des institutions publiques. Et cela signifie qu'il faut changer les lois. Tous les représentants de l'État, et pas seulement ceux qui incarnent l'autorité, ne devraient pas pouvoir porter de signes religieux ostentatoires durant leurs fonctions», affirme Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme.

«Ostentatoire» signifie «nettement visible», de sorte qu'il serait donc possible de porter la petite croix au cou ou encore la petite main de Fatima. Par contre, le voile ou le turban, par exemple, seraient interdits si le gouvernement suivait les recommandations du Conseil du statut de la femme.

«Et là, je ne parle pas des usagers des services de l'État. Par exemple, les enseignants ne devraient pas pouvoir porter de signes religieux ostentatoires, mais les jeunes le pourraient, puisque c'est une question de liberté de religion. Nous ne voulons pas faire comme les Français, qui, à nos yeux, vont trop loin. Le devoir de laïcité revient à l'État», précise Mme Pelchat, avocate de formation.

Protéger l'apparence de neutralité de l'État

Pourquoi est-ce si important, aux yeux des membres du Conseil du statut de la femme, que tous les représentants de l'État ne portent pas de signes religieux ostentatoires?

«Parce qu'ils doivent représenter la neutralité, affirme Mme Pelchat. Les signes religieux ostentatoires chez les représentants de l'État associent l'État à une religion.»

Elle croit qu'on ne peut extraire le code de valeurs des signes religieux. «On sait que les grandes religions monothéistes, soit le christianisme, le judaïsme et l'islam, sont basées sur des modèles de société patriarcale qui infériorisent la femme. D'ailleurs, au Québec, l'évolution du droit des femmes est très liée à l'évolution de la laïcité. La lutte pour que les femmes obtiennent le droit de vote a dû être faite contre l'Église catholique, qui disait que la femme devait rester à la maison, être une bonne épouse et obéir à son mari.»

Selon le Conseil du statut de la femme, la laïcisation de l'État permet l'égalité entre les hommes et les femmes, mais elle ne nuit pas à la liberté de religion. «Au contraire, elle la protège, précise Christiane Pelchat. Le corollaire de la liberté de religion, c'est la laïcité de l'État, puisque cela permet de croire à qui on veut ou de ne pas croire du tout.»

Un exemple d'actualité de ce principe est offert par la prière au conseil municipal de Saguenay. «Le jugement l'interdisant est très correct, parce que la prière oblige les gens qui ne veulent pas se lever pour la dire à dévoiler leurs croyances. Cela va à l'encontre de la liberté de religion», affirme-t-elle.

Et le fameux crucifix à l'Assemblée nationale? «L'Assemblée nationale est le lieu même où les lois sont votées et un crucifix sur les murs indique que ce n'est pas la loi des hommes, mais la loi de Dieu. Il devrait être retiré.»

Laïcité ouverte?

Le Conseil du statut de la femme presse le gouvernement d'adopter le projet de loi 94, qui vise à baliser les demandes d'accommodement raisonnable au sein des organismes publics et parapublics, même s'il n'est pas d'accord avec l'article 6, qui indique que les services publics doivent être donnés à visage découvert à moins qu'un accommodement raisonnable n'ait été accordé. «Le projet de loi 94 fait partie de l'édifice de la laïcisation de l'État québécois», affirme Christiane Pelchat.

L'organisme est particulièrement heureux de l'article 4, qui précise qu'un accommodement raisonnable ne peut brimer le droit relatif à l'égalité entre les sexes. «Cela renvoie notamment aux cas de gens qui refusent de se faire évaluer par des femmes lors des examens pratiques à la SAAQ. Cet article du projet de loi est une grande avancée pour les femmes», précise Mme Pelchat.

Cela n'empêche toutefois pas le Conseil du statut de la femme de demeurer très inquiet. «Lors de l'annonce du projet de loi, le gouvernement a dit que le Québec prenait la voie de la laïcité ouverte. Nous n'avons pas vu ça venir et nous ne sommes pas d'accord, puisque nous croyons que la laïcité ouverte est une grave menace contre les droits des femmes», affirme Christiane Pelchat.

Selon elle, la laïcité ouverte, ce n'est ni plus ni moins que la dictature du multiculturalisme. «Et la doctrine du multiculturalisme, on l'a rejetée au Québec, parce que cela signifie que toutes les cultures se valent. On a dit non et on a choisi plutôt l'interculturalisme, qui précise que l'État a des valeurs communes, comme l'égalité entre les sexes et la laïcité de l'État, qui viennent mettre des limites au multiculturalisme.»

Selon la présidente du Conseil du statut de la femme, il apparaît évident qu'il serait temps de débattre de la question de la laïcité ouverte. «D'ailleurs, une des recommandations principales du nouvel avis que nous publierons prochainement portera sur la tenue d'une commission parlementaire sur la laïcité. Nous croyons que le gouvernement est allé trop vite en affirmant faire le choix de la laïcité ouverte, et, d'ailleurs, ce n'est pas vrai que le projet de loi 94 mène à ça. Le débat n'a pas eu lieu et il doit avoir lieu.»

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Collaboratrice du Devoir

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