Condition féminine - Un nouveau plan d'action sera déposé au printemps

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCCF): «À l’étranger, le Québec est vu comme un modèle à suivre. On nous le dit souvent quand on voyage. Au Québec, la condition féminine a progressé à bien des égards, notamment sur le plan de la gouvernance.»
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCCF): «À l’étranger, le Québec est vu comme un modèle à suivre. On nous le dit souvent quand on voyage. Au Québec, la condition féminine a progressé à bien des égards, notamment sur le plan de la gouvernance.»

Le deuxième plan d'action gouvernemental en matière d'égalité entre les femmes et les hommes sera déposé ce printemps, confirme la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCCF), Christine St-Pierre, dans une entrevue accordée au Devoir. Bilan et perspective.

Avant d'aborder les grandes lignes du deuxième plan d'action gouvernemental en matière d'égalité entre les femmes et les hommes, promis pour ce printemps, et de dresser un bilan de celui qui prendra fin bientôt, nous avons demandé à la ministre Christine St-Pierre de nous dire ce qu'elle pensait de l'état de la condition féminine, ici et ailleurs, dans son ensemble.

«De manière générale, la situation des femmes ici se porte très bien du fait qu'on s'y consacre depuis plusieurs années. Et, chaque année, on pose une pierre sur cet édifice qui vise l'atteinte de l'égalité entre les hommes et les femmes. Sur la scène internationale, il faut noter la mise sur pied récente de l'organisme ONU Femmes, dirigé par Michelle Bachelet [l'ex-présidente du Chili]. Cette initiative lance, je crois, un message fort sur l'importance de mobiliser les forces — sorte de catalyseur — concernant la condition féminine. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de rencontrer Mme Bachelet à New York en janvier dernier. Nous avons parlé de toute cette question. Elle s'intéresse particulièrement à la violence faite aux femmes et à l'importance d'encourager leur autonomie financière. Selon elle, plus les femmes sont instruites et autonomes financièrement, plus elles ont de chance de fuir la violence dont elles sont victimes.»

Mme St-Pierre poursuit en précisant que, à «l'étranger, le Québec est vu comme un modèle à suivre. On nous le dit souvent quand on voyage. Au Québec, la condition féminine a progressé à bien des égards, notamment sur le plan de la gouvernance, par l'entremise de la législation qui vise la parité entre les hommes et les femmes au sein des conseils d'administration des sociétés d'État. Je pense aussi à la Politique gouvernementale visant l'égalité entre les femmes et les hommes lancée par [l'ex-ministre du MCCCF] Carole Théberge et à son premier plan d'action qui arrive à échéance. Et le prochain sera annoncé au printemps. Ça progresse, mais la vigilance est de mise.»

Premier plan d'action

Ainsi, la ministre St-Pierre dresse un bilan «très positif» du premier plan d'action triennal gouvernemental en matière d'égalité entre les femmes et les hommes 2007-2010. La documentation du MCCCF précise que, en date du 31 mars 2010, 96 % des actions ont été partiellement ou entièrement réalisées. Les sommes investies dans le cadre de ce plan d'action totalisent au moins 180 millions de dollars en trois ans.

Voici quelques réalisations en rafale. Plus de 200 projets ont été financés à hauteur de trois millions de dollars grâce à des ententes signées avec les 21 conférences régionales des élus. Les grandes campagnes de sensibilisation à la violence conjugale et aux agressions sexuelles ont «eu aussi un impact positif», selon le bilan gouvernemental. Ainsi, sept phases de ces campagnes ont été diffusées auprès du grand public. Le ministère de la Justice a par ailleurs mis en service une ligne téléphonique sans frais pour soutenir les victimes d'agression sexuelle.

Notons de plus la création de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, appuyée à ce jour par plus de 18 000 signataires. En 2007, il y a eu la création du prix Égalité qui a permis de faire rayonner des projets et de mettre de l'avant les pratiques et les valeurs égalitaires des organisations dans tout le Québec. Enfin, mentionnons le soutien à la création du Centre de développement femmes et gouvernance, qui a mené à la réalisation de projets et d'initiatives susceptibles d'accroître la présence des femmes dans des postes décisionnels.

Sur le plan de l'intégration au marché du travail des femmes ayant un enfant âgé de moins de six ans, Mme St-Pierre tient à souligner que le taux d'emploi est passé de 66 % en l'an 2000 à 73,9 % en 2009. «C'est un bond spectaculaire!»

Deuxième plan d'action

Maintenant, les grandes lignes et autres priorités qui donneront le ton au prochain plan d'action s'inspireront des travaux entourant les consultations particulières et audiences publiques qui se sont tenues récemment devant la Commission des relations avec les citoyens. Parmi les nombreux mémoires qui y ont été présentés, il y a celui de la Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ), dont les sujets abordés ont particulièrement interpellé Mme St-Pierre. Il y est question, entre autres, des préjugés dans le monde du travail, des agressions sexuelles dont sont victimes les femmes aînées (un tabou persistant), de la détresse des proches aidantes, du fossé économique entre les femmes et les hommes aînés, du respect et de la dignité.

«Vous savez, lors de la consultation, il a été beaucoup question des aînés et de leur solitude, note la ministre. La société doit faire preuve de générosité et de respect envers eux. Je sais que je donne dans la philosophie en disant cela, mais cette démarche doit aussi se retrouver dans le prochain plan d'action.» Dans ce plan d'action triennal à venir, la ministre souhaite mettre l'accent sur le problème du culte de la beauté féminine et de ses conséquences. «Les femmes sont belles en vieillissant, il faut le dire. Je souhaite aussi que les femmes investissent davantage le milieu politique et les métiers dits non traditionnels. À l'inverse, je crois qu'il faut encourager les hommes à devenir des enseignants au primaire. Il faut les sensibiliser à cela.»

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Collaborateur du Devoir