Est-ce une montagne que de vendre l'hiver québécois aux touristes?

Il y a presque 60 ans, le Carnaval a été l’une des premières activités à faire la promotion de l’hiver au Québec. <br />
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Il y a presque 60 ans, le Carnaval a été l’une des premières activités à faire la promotion de l’hiver au Québec.

Québec — Tout le monde le dit: le Québec a un potentiel incroyable en matière de tourisme d'hiver. Notre météo est idéale, nos paysages sont à couper le souffle et nos sports sont diversifiés et populaires. Or on est encore bien loin de la manne.

D'après une étude du Réseau de veille en tourisme, le tourisme d'hiver (de janvier à mars) n'attire encore que 20 % des visiteurs de toute l'année. Et de ce groupe estimé à cinq millions de personnes en 2009, seulement 17 % viennent de l'extérieur du Québec. Selon le directeur du Réseau, Paul Arsenault, il y a une prise de conscience du potentiel de l'hiver depuis les années 1990, mais «on en est encore à se chercher». Tout de même, ajoute-t-il, il ne faudrait pas non plus oublier que pendant cette période «la grande majorité des gens travaillent».

Consultant en tourisme dans le privé, Denis Brisebois note que l'hiver est beaucoup plus complexe à vendre que l'été. «L'hiver, c'est davantage un marketing d'activités. On va faire du ski, de la motoneige et il faut davantage planifier. L'été, par contre, on vend une destination au sens large. Les gens vont "dans Charlevoix", "en France", ils se laissent plus aller au gré du temps qu'il fait.»

En même temps, la concurrence des voisins est importante. Les centres de ski ne manquent pas dans le nord des États-Unis. Dès lors, le Québec doit vraiment se distinguer pour convaincre les Américains de venir passer un long week-end de notre côté de la frontière.

Denis Brisebois n'est pas convaincu toutefois qu'il est «pertinent» de se comparer avec l'Europe. «Les Allemands, les Français, les Anglais ont de quatre à six semaines de vacances par année, alors les gens qui font du marketing touristique là-bas ont la tâche beaucoup plus facile. Nous, nos voisins ont deux semaines de vacances en moyenne et ils ne les prennent pas nécessairement parce que ce n'est pas valorisé.»

Au Québec, parmi les touristes étrangers, 5 % viennent des États-Unis (de la côte est surtout) et 3 % d'outre-mer, dont une majorité de Français. Selon Paul Arsenault, pour contrer la désaffection des touristes américains, le défi du Québec est d'attirer davantage de jeunes. «Actuellement, les Américains qui viennent nous voir sont très âgés», note-t-il. Il faudrait miser davantage sur des événements comme l'Igloofest à Montréal, lequel mêle plaisirs d'hiver et musique électronique. «Le prochain défi de Montréal et de Québec, c'est de créer une espèce de "buzz" hivernal en ville. De créer une nouvelle clientèle qui va aimer l'hiver dans la rue», renchérit M. Brisebois, qui a été directeur général de Tourisme Montérégie pendant six ans avant d'oeuvrer pour le groupe de consultants IBI-DAA.

L'idée de promouvoir le tourisme d'hiver pour combler le creux de la saison hôtelière ne date pas d'hier. C'est justement pour cela que la Chambre de commerce de Québec a créé le Carnaval de Québec il y a près de 60 ans. À l'époque, l'événement était un précurseur, mais depuis des centaines d'autres villes ont eu la même idée et on ne compte plus les destinations organisant des concours de sculptures sur neige et glace, par exemple. De la ville d'Harbin (Chine) à Sapporo (Japon) en passant par Grindelwald (Suisse), l'engouement pour cette activité est partout constaté et permet aux meilleurs sculpteurs du Québec de faire le tour du monde.

Actuellement, les régions de Montréal (50 %), de Québec (26 %) et des Laurentides (14 %) sont celles qui attirent le plus de visiteurs l'hiver. Mais seules les Laurentides sont plus populaires pendant la saison froide que le reste de l'année.

Québec a les atouts pour séduire

La région de Québec est considérée comme celle ayant le plus d'atouts pour se distinguer sur la scène canadienne et internationale. «Québec a vraiment un potentiel, comme destination, beaucoup plus fort que ce qu'elle montre aujourd'hui, ajoute M. Brisebois. En marketing touristique, ça prend des "wow". L'hôtel de glace en est un. Sur les deux jours que le touriste va passer à Québec, il va peut-être passer deux heures là-bas, mais c'est l'élément déclencheur qui va l'avoir amené à se déplacer.»

Beaucoup d'efforts ont pourtant été déployés avec la multiplication d'activités branchées et urbaines proposées, telles la course de patin extrême du Red Bull Crashed Ice et les démonstrations de surf sur neige près des bretelles de l'autoroute Dufferin. Une nouvelle génération de promoteurs a fait son apparition qui a une vision de l'hiver plus festive et axée sur les sports extrêmes. «Je pense qu'on est à un tournant, observe Paul Arsenault. Il y a un changement de génération dans l'industrie touristique.»

L'administration Labeaume et l'Office du tourisme sont également très proactifs en ce domaine. Ainsi, la Ville a investi dans un programme d'animation pour tout le temps des Fêtes (Québecadabra) et on annonçait récemment qu'il sera possible de patiner sur l'anneau des Plaines. La Ville travaille aussi sur un plan «bleu blanc vert» (en allusion à l'eau, à la neige et aux parcs) pour multiplier les parcours sportifs à la grandeur de la ville en toutes saisons.

Dans les rues du centre-ville, on croise de plus en plus de gens avec des patins en bandoulière ou leur équipement de ski de fond en direction des Plaines. De passage pendant les Fêtes, M. Arsenault a été un peu déçu de constater que la glissade de la terrasse Dufferin était en réparation et qu'une autre glissade offerte aux enfants dans le coin ne payait pas de mine. Dans le monde du tourisme, on n'a pas le droit à l'erreur. M. Brisebois trouve pour sa part que Québec devrait développer un leadership dans le secteur du patin. «Il faudrait d'ici dix ans trouver une icône aussi forte que le canal Rideau à Ottawa.» Le moment est d'autant mieux choisi selon lui que le réchauffement climatique menace à moyen terme les belles patinoires de la capitale fédérale. «Il suffit de deux ou trois degrés de plus et on perd cinq ou six jours par an de patinage.»
2 commentaires
  • Lapirog - Abonné 6 février 2011 04 h 51

    Dabord changer les discours négatif des météorologues et le temps consacré .

    Assez démobilisant d'entendre sur tous les médias électroniques le ton et surtout le discours des météorologues qui traitent la moindre chute de neige avec un vent plus ou moins fort comme une grosse tempête voire une catastrophe qui ne devrait pas se produire en hiver québécois. Nous nous comportons vis a vis l'hiver comme une bande de Floridiens débarqués par erreur sur le mauvais continent.Nous devrons en premier lieu accepter l'hiver comme une saison normale ou il est normal d'avoir de temps a autre des chutes de neige et une tempête ou deux par hiver. Diminuer le temps consacré inutilement aux bulletins météo et la fréquence de ceux-ci.
    Vive l'hiver et ses activités plein air si vivifiants!

  • DanielDesjardins - Abonné 6 février 2011 09 h 11

    Météo

    Je change de poste quand c'est le temps de la météo à la radio ou à la télé (Espace Musique est vraiment ridicule là-dessus, 10 minutes de platitude). Si tout le monde changeait de poste durant les bulletin de météo inutiles, les stations n'en proposeraient plus!