Confédération syndicale internationale - La voix des syndicats d'ici porte sur la scène mondiale

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. La CSN est partie prenante des efforts qui sont consentis pour rendre le travail plus décent à travers la planète. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. La CSN est partie prenante des efforts qui sont consentis pour rendre le travail plus décent à travers la planète.

La Confédération syndicale internationale (CSI) représente quelque 176 millions de travailleurs dont elle défend les causes et protège les intérêts; ceux-ci sont issus de 301 organisations qui lui sont affiliées et qui sont en provenance de 151 pays et territoires. Le syndicalisme québécois occupe une place enviable sur cette tribune internationale.

La FTQ, la CSN et la CSD militent au sein de cette vaste organisation qu'est la Confédération syndicale internationale et conduisent à ce titre des activités communes à certaines occasions, notamment lors de la Journée du travail décent tenue à travers le monde au mois d'octobre de chaque année. La Fédération des travailleurs du Québec a, quant à elle, été associée de près à la fondation de la CSI à Vienne, en Autriche, en 2006 et, par la suite, elle a siégé à son Bureau de direction.

En fait, la CSI est née à la suite de la dissolution de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et de la Confédération mondiale du travail (CMT). Josée Roy, adjointe au comité exécutif et responsable des dossiers internationaux à la Confédération des syndicats nationaux, effectue un rappel historique: «On est engagé depuis longtemps dans le syndicalisme international; Marcel Pepin a même été président de la CMT pendant huit ans. Ce mouvement s'inscrivait dans la mouvance des syndicats catholiques qui ont vu le jour un peu en réaction aux syndicats qui étaient plus proches des organisations communistes, à une autre époque.»

À la fin des années 1980, la CSN quitte les rangs de la CMT pour joindre les rangs de la CISL, dix ans plus tard: «Les grandes organisations catholiques ont fini par se laïciser à la faveur de la chute du communisme et de la fin de la guerre froide, de telle sorte que la CSI a finalement été créée, entre autres raisons, parce qu'il ne fallait plus garder deux groupes syndicaux différents dans le cadre de la mondialisation. On s'adapte à la réalité d'aujourd'hui; même que certains peuvent dire que, par rapport aux gouvernements et aux employeurs, on accuse un retard.»

Place aux orientations et à l'action

Au Canada, plusieurs joueurs évoluent sur la patinoire de la CSI: «De notre côté, on participe à tous les congrès, et notre présidente, Claudette Carbonneau, est membre du Conseil général, qui se réunit deux fois par année; on se rend au siège social à Bruxelles au début de février, à cette occasion.» En juin 2010, le deuxième congrès mondial de la CSI s'est déroulé à Vancouver, et Mme Roy en souligne les points forts: «Le premier congrès à Vienne en 2006 en était vraiment un de fondation, visant la mise en place de l'organisation, et celui tenu en juin en était un d'orientation, au cours duquel 13 grandes résolutions ont été adoptées; quant au Conseil général pour lequel on se dirige vers la Belgique, il fournira l'occasion d'adopter les plans d'action pour la réalisation de celles-ci.»

Quelques-uns des axes majeurs autour desquels s'articulera ce plan portent sur des sujets comme les changements à apporter dans la mondialisation, la lutte contre les changements climatiques à travers le développement durable et une transition juste pour les travailleurs, les syndicats mondiaux et les entreprises mondiales, le combat contre le VIH/sida ainsi que l'organisation internationale du travail.

La CSI poursuit son action dans la reconnaissance de toutes les organisations internationales: «Il y a le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, et, évidemment, on est très présent à l'Organisation internationale du travail (OIT); l'action de l'OIT sur le pacte de l'emploi et sur le travail décent, c'est quelque chose sur lequel travaille beaucoup la CSI.»

L'engagement solidaire international est nécessaire

La CSN est partie prenante des efforts qui sont consentis pour rendre le travail plus décent à travers la planète. Elle s'active sur d'autres terrains, comme l'indique Josée Roy: «Les jeunes et l'environnement seront des questions importantes lors de notre prochain congrès, au mois de mai. On s'occupe aussi de coopération internationale et, dans ce but, cela faisait à peu près 30 ans qu'on recevait certainement entre 150 000 $ et 400 000 $ de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) pour conduire des projets avec des syndicats du Sud; la CSI considère cette aide aux groupes du Sud comme un enjeu majeur au moment où le syndicalisme est en perte de vitesse à travers le monde.»

Mais, pour l'heure, la CSN ne reçoit plus un rond de l'ACDI: «On est obligé de chercher de plus en plus de soutiens avec d'autres syndicats parce que, en présence du gouvernement Harper, les priorités en coopération internationale ont énormément changé; l'aide aux syndicats a disparu.»

Les interventions syndicales n'en conservent pas moins leur pertinence, et elle sert un exemple vécu à ce propos: «J'arrive du Honduras et du Nicaragua, et il est incroyable de constater là-bas ce que les gens arrivent à faire à partir de presque rien, alors que leurs droits ne sont à peu près pas reconnus et qu'ils ne disposent pas de moyens d'action. Il découle de cette situation que moins les syndicats sont forts dans le Sud, plus cela encourage les entreprises à se délocaliser à des endroits où les travailleurs ne sont pas reconnus et où les conditions de travail sont moindres, ce qui a forcément un effet sur notre main-d'oeuvre à nous en tirant vers le bas celles de tout le monde: c'est cela, la mondialisation.»

Dans cette spirale qui mène vers une forme irréversible de cheap labor généralisé, les syndicats ont un mandat à remplir: «Par solidarité, on a intérêt à aider les gens du Sud parce qu'on doit travailler tous ensemble pour empêcher une détérioration des conditions qui se répercute sur tous.»

En contrepartie, la CSI vient prêter main-forte à la coopération internationale. «La confédération est en train de mettre sur pied un réseau destiné à cette fin. Il faut dire que les syndicats effectuaient de la coopération mais, comme c'est le cas d'à peu près toutes les ONG, chacun faisait sa petite affaire de son bord sans qu'il y ait beaucoup de coordination. Un des objectifs de la CSI, qui possède des branches régionales en Afrique, en Amérique centrale et ailleurs, c'est de faire en sorte qu'on se parle et qu'on coordonne nos actions; de cette façon-là, on pourra être plus efficace et structurant dans l'aide qu'on apporte avec nos collègues du Sud.»

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Collaborateur du Devoir