Un quartier difficile prédispose aux problèmes psychologiques

Le fait d'habiter un quartier riche n'est pas nécessairement gage de bonheur. Toutefois, l'inverse prédispose clairement à une vie de misère et aux problèmes psychologiques. Quand le quartier est parsemé de bâtiments décrépis ou abandonnés, que les espaces verts y sont inexistants et qu'y pullulent la restauration rapide et les commerces vendant de l'alcool, la vie y est plutôt déprimante et surtout stressante, voire anxiogène. Dans le cadre d'un colloque qui a lieu aujourd'hui à l'Institut universitaire en santé mentale Douglas, des chercheurs états-uniens et anglais présentent leurs plus récentes observations sur le lien entre le voisinage et la santé mentale.

Les ordures, les bouteilles de bière vides et les seringues qui jonchent le sol, les graffitis peints sur les immeubles délabrés, voire abandonnés, l'absence d'espaces verts et de centres récréatifs dans certains quartiers où, en plus, la violence est monnaie courante sont autant d'«éléments stressants» pour les citoyens qui y habitent, soulignent les conférenciers.

«Le fait d'habiter dans un quartier aussi pitoyable est une expérience stressante qui déclenche une réponse biologique qui implique la libération d'hormones. À court terme, le stress n'est pas dommageable pour le corps. Mais quand il devient chronique, la réponse biologique ne s'arrête plus. La présence constante des hormones de stress dans l'organisme peut induire l'apparition de maladies mentales et la suppression du système immunitaire, qui à son tour favorisera d'autres problèmes de santé, voire une mort prématurée», affirme Terrence Hill, de l'Université de l'État de la Floride.

«Quand on est stressé, on peut faire de l'exercice, mais on peut aussi fumer et boire de l'alcool. Or, souvent dans ces quartiers pauvres où la structure urbaine est chaotique, les commerces qui vendent de l'alcool et de la malbouffe pullulent. Pour survivre à leur stress et à leur malaise psychologique (anxiété, dépression), les habitants se tournent alors vers les ressources qui sont à leur portée: alcool, drogue et malbouffe», poursuit le chercheur avant de souligner aussi que le fait d'habiter un quartier qui a mauvaise réputation peut miner l'estime de soi. «De plus, le fait de vivre dans le chaos et la pauvreté vous donne l'impression que vous n'avez plus le contrôle de votre vie et génère de multiples tourments et de l'anxiété. Vivre dans un environnement chaotique sape toutes nos ressources psychologiques internes qui nous permettent normalement de surmonter les désagréments de la vie.» Un quartier dangereux engendre de la méfiance envers ses voisins. «Les gens s'isolent et ne laissent plus leurs enfants jouer à l'extérieur. Leur réseau social s'amoindrit.»

Dans une étude qu'elle a menée dans trois agglomérations américaines, Christina Mair a inversement compté moins d'individus atteints de dépression dans les quartiers où on trouvait moins de violence et plus de cohésion sociale, et où l'esthétique de l'aménagement urbain était meilleure. La chercheuse a également remarqué que les femmes étaient davantage affectées par le désordre physique et social régnant dans leur quartier que les hommes.

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