L’historien Marcel Trudel est mort

L'historien Marcel Trudel.
Photo: Télé-Québec L'historien Marcel Trudel.

L’historien Marcel Trudel, une des figures universitaires les plus connues au pays, est décédé ce matin à l’âge de 93 ans. Considéré par plusieurs historiens comme un maître, il a formé plusieurs générations d’étudiants, tant par son professorat à l’Université Laval et à l’Université d’Ottawa que par ses parutions, extrêmement nombreuses et diversifiées.

Grand spécialiste de l’Ancien Régime au Canada, ses écrits au sujet de la Nouvelle France ont fait autorité.

Marcel Trudel a tôt fait de délaisser les avenues déjà tracées par ses devanciers. Étudiant aux études supérieures, il s’attaque à l’influence de Voltaire au Canada. Car, contrairement à ce que clamait l’Église toute puissante, des gens d’ici, plus nombreux qu’on voudrait le laisser croire, se sont nourris de l’esprit voltairien.

En 1960, il publie un essai majeur et controversé sur l’esclavage au Canada français. On accepte mal que des personnages élevés jusque là au rang de héros sans tâche aient profité de l’esclavage. Ses travaux sur la question, Deux siècles d’esclavage au Canada et son Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada, donnent en quelque sorte un autre point de vue sur la société canadienne. Ces révélations de Trudel interviennent justement alors que l’on remet en question la place occupée par Dollard des Ormeaux, Madeleine de Verchères, Frontenac ou d’autres héros constitués par une école historique qui voit dans l’histoire matière à la constitution d’un sentiment national fort.

Les autorités religieuses ne supportent pas son engagement en faveur de la laïcité, ce qui finit par le forcer à quitter l’Université Laval au profit de l’Université d’Ottawa. Au cours de ce déménagement forcé, la remorque qui transporte ses papiers prend feu. Manuscrits, fichiers et divers documents sont réduits en cendres.

Né en 1917 à Saint-Nacisse, près de Trois-Rivières, cet orphelin s’imaginait devenir helléniste et romancier. On lui doit d’ailleurs un roman, Vézine, publié en 1945. Le livre s’était mérité un prix David. Il enseignera plutôt l’histoire canadienne jusqu’à sa retraite en 1982 à l’Université d’Ottawa, où il fut aussi directeur de son département. On lui doit une cinquantaine de livres, dont plusieurs manuels pour les jeunes qui ont été largement utilisés. Toute sa carrière a été marquée par la réception de nombreux prix et distinctions, dont le Prix Molson et le Prix Macdonald de la Société historique du Canada, qui ont souligné sa contribution exceptionnelle à la connaissance historique au Canada. Il était aussi membre de l’Académie des lettres depuis 1953 et écrivait à se titres régulièrement dans Les Écrits, la revue publiée par cette société.

 Conformément aux vœux de celui qui fut, en 1962, président du Mouvement laïc de langue française, il n’y aura ni exposition de la dépouille dans un salon funéraire, ni cérémonie religieuse. Une réception pour la famille et ses amis aura plutôt lieu dans son village natal au mois de mai.

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