Entretien avec Alain Bideau - Déjà 2017 !

Martine Letarte Collaboration spéciale
Alain Bideau, délégué général du Centre Jacques Cartier<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Alain Bideau, délégué général du Centre Jacques Cartier

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Après avoir traversé une année tumultueuse, le Centre Jacques Cartier a tenu les Vingt-troisièmes Entretiens, du 19 au 25 novembre, qui ont réuni, comme chaque année, près de 2500 participants et environ 650 conférenciers provenant principalement de la France et du Québec, mais aussi d'une trentaine d'autres pays. Entrevue avec Alain Bideau, délégué général du Centre Jacques Cartier.

En raison de son divorce houleux de l'Université Lumière Lyon-2, l'équipe du Centre Jacques Cartier a dû organiser ses 23es Entretiens sans son confortable fonds de roulement. Toutefois, Alain Bideau a tenu à rassurer les nombreux invités qui ont assisté à la cérémonie d'ouverture de l'événement, par rapport à la situation financière du Centre, qui a pu compter sur le soutien de nombreux partenaires, avec qui il a tissé des liens solides au fil des ans, pour réaliser la programmation 2010. «Nous avons vraiment eu le soutien des collectivités locales, et lorsque je dis "soutien", c'est autant d'un point de vue financier qu'intellectuel», a confié Alain Bideau au Devoir.

Parce que, bien sûr, si les différents partenaires n'hésitent pas à financer les Entretiens, c'est notamment parce qu'ils ont la chance d'organiser des colloques très variés, d'y participer et d'en bénéficier, et ce sont des colloques qui reflètent leurs préoccupations. «Nous avons eu cette année, par exemple, le colloque "Ville de savoir", avec la Ville de Lyon, et le colloque sur le logement, avec le Conseil général du Rhône. Avec la Communauté urbaine de Lyon, nous avons eu le colloque sur les transports, mais aussi celui sur les écosystèmes aquatiques, qui correspond à son engagement politique en environnement. Pour la région, il y a eu le colloque sur les devenirs touristiques des patrimoines alimentaires», énumère M. Bideau, qui est également directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Le ministère français de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le ministère français de la Culture et de la Communication, le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada ont aussi donné leur soutien au Centre Jacques Cartier pour organiser les Entretiens de 2010.

«Nos colloques sont de très haut niveau et réunissent des gens importants. Le colloque sur le soutien aux arts, par exemple, réunissait les trois conseils des arts (Montréal, Québec et Canada). Au colloque sur le nanomagnétisme, nous avons eu en conférence Albert Fert, Prix Nobel de physique. Ce genre de rencontre se tient habituellement à Paris. Sans le Centre Jacques Cartier, ces rencontres n'auraient pas lieu. C'est une chance pour Lyon», affirme Alain Bideau.

Nouveaux partenaires


Les chicanes n'ont d'ailleurs pas nui à la capacité de séduction du Centre Jacques Cartier, qui a accueilli cette année de nouveaux partenaires, soit le Mouvement Desjardins, l'Université de Moncton, Recyc-Québec (dont les activités ont été intégrées au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs), la SNCF (Société nationale des chemins de fer français), l'Université de Liège ainsi que l'Agence universitaire de la francophonie (AUF).

«L'idée, ce n'est pas de faire trop croître le Centre, mais d'aller chercher des partenaires stratégiques, notamment sur le territoire européen, pour pouvoir aller chercher par la suite avec plus de facilité un financement auprès de la communauté européenne. Pour ce qui est de l'Université de Moncton, c'est intéressant parce qu'elle nous donne accès au marché francophone du Nouveau-Brunswick, et d'ailleurs nous avons l'intention d'y organiser un colloque décentralisé en 2012. Nous aimerions aussi en faire un à Liège», indique le délégué général.

L'arrivée de l'AUF a d'ail-leurs permis la tenue en août d'un colloque décentralisé à Rio de Janeiro, au Brésil. «Le thème était "Métropoles, inégalités et planification démocratique" et il a réuni plus de 100 participants. Et là, à Lyon, nous avons tenu le colloque "Enjeux et opportunités de l'économie numérique pour les petites et moyennes entreprises des espaces euro-méditerranéen et nord-américain". C'était une ouverture vers le Maghreb, après la Chine et l'Asie du Sud-Est l'an dernier», indique Alain Bideau.

En 2011, alors que les Entretiens se tiendront à Montréal, le Centre Jacques Cartier se tournera vers les Amériques, notamment grâce au colloque «Métropoles des Amériques: inégalités, conflits et gouvernance», piloté par l'UQAM, l'UdeM, l'Université Laval ainsi que des universités de Rio de Janeiro, de Buenos Aires et de São Paulo.

«Le tiers des invités seront des Latino-Américains! Cela montre l'évolution du Centre Jacques Cartier, indique M. Bideau. Nous souhaitons faire de plus en plus de colloques décentralisés chez nos nouveaux partenaires et nous ouvrir sur d'autres continents. Nous regardons même pour en organiser un en Afrique en 2013.»

À prévoir en 2017

En plus de faire des pieds et des mains pour que les 23es Entretiens se déroulent rondement, Alain Bideau a travaillé d'arrache-pied ces derniers mois en ce qui concerne la gouvernance du Centre Jac-ques Cartier. La Fondation Jacques-Cartier a finalement été créée en juillet 2009 au Québec et elle a pour mission de recueillir l'appui des partenaires québécois. Elle servira également de bras séculier lorsque les Entretiens se tiendront à Montréal. De plus, l'Association du Centre Jacques Cartier a été créée en France à la fin du printemps et elle rassemble tous les partenaires du Centre Jacques Cartier.

Et, tranquillement, Alain Bideau commence à penser à la retraite, bien que le CNRS ait prolongé son mandat de directeur de recherche jusqu'en 2013 et lui ait confié une mission spéciale qui sera rendue publique d'ici la fin de l'année.

«C'est une très bonne nouvelle, d'autant plus qu'on sait que le CNRS met 99 % de ses chercheurs à la retraite lorsqu'ils atteignent 65 ans! Mon objectif, c'est de prendre ma retraite en 2017, car ce sera les 30es Entretiens, le 375e anniversaire de la ville de Montréal, le 150e anniversaire du Canada et le 50e anniversaire d'Expo 67. C'est une année symbolique!»

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Collaboratrice du Devoir