La pauvreté passe à la caisse express

Hier, au même moment où le prince William annonçait son mariage avec Kate Middleton, Moisson Montréal publiait ses statistiques pour l'année 2010. Contrairement à des noces royales, ces chiffres n'avaient rien de réjouissant. La plus grande banque alimentaire au Canada, qui approvisionne en denrées plus de 200 organismes communautaires dans la région de Montréal, a en effet enregistré une hausse de 22 % de sa clientèle par rapport à 2009, soit 25 230 nouveaux utilisateurs. C'est plus que ne pourrait accueillir le Centre Bell.

Cette nouvelle clientèle porte à 140 697 le nombre de personnes qui ont recours aux banques alimentaires dans l'île de Montréal sur une base mensuelle. La ville de Trois-Rivières compte moins d'habitants que cela.

La tristesse de ces chiffres se multiplie encore quand on note que, parmi les utilisateurs, le nombre d'enfants s'est accru de 35 % pour atteindre 53 465, soit assez de petits estomacs pour peupler environ 70 écoles primaires de la province.

Ce qui inquiète aussi dans ces statistiques est l'apparition de clientèles inédites, laissant présager l'éclosion d'une nouvelle pauvreté. Ainsi, plus de 13 % des ménages qui se présentent aux comptoirs alimentaires ont pourtant des revenus d'emplois (ils ne sont donc ni au chômage, ni à l'aide sociale) et le nombre d'étudiants bénéficiant du programme de prêts et bourses a plus que doublé cette année parmi les utilisateurs. Pour ces derniers, il ne reste qu'à espérer qu'ils étudient en médecine et non en littérature.

Le scénario

Mais revenons à nos moutons. Selon Danielle Blain, de Moisson Montréal, la hausse de fréquentation des comptoirs alimentaires est le résultat de la crise économique. Bien qu'on ait sonné le glas de celle-ci l'année dernière, ses contrecoups sont palpables dans les ménages qui en ont fait les frais.

Le scénario typique serait le suivant:

1- perte d'emploi en 2008;

2- premiers pas dans la précarité économique (chômage ou contrats occasionnels pour vivoter, recours abusif aux cartes de crédit, dégel des REER, emprunts divers);

3- épuisement de toutes ces ressources et début de la pauvreté.

«Les gens s'endettent pour garder la tête en dehors de l'eau, mais ça ne fonctionne que pour un certain temps, regrette Danielle Blain. Et si le glissement vers la pauvreté est un lent processus, le temps nécessaire pour s'en sortir est encore plus long.»

À cet égard, on note d'ailleurs une transition alarmante parmi les usagers des banques alimentaires: les familles bénéficiant du chômage ont chuté de 29 %, tandis que celles soutenues par l'aide sociale ont augmenté de 40 %. (Juste comme ça, il paraît que René Lévesque disait que les chiffres sont au journalisme ce que les poteaux sont aux alcooliques.)

Parce que les dons de denrées n'augmentent pas aussi vite que la clientèle à laquelle ils sont destinés, les effets se traduisent nécessairement par une baisse du soutien offert à chacun des utilisateurs. Ainsi, en 2009, les sacs de provisions distribués contenaient 11 produits chacun, alors qu'en 2010, ils n'en contiennent plus que huit. Avec si peu d'articles, on passe à la caisse express au supermarché.

Inutile de dire qu'avec Noël à nos portes, Moisson Montréal souhaite, en publiant ces chiffres, mobiliser la population et faire appel à sa générosité. Pour en savoir plus sur comment faire un don, visiter le www.moissonmontreal.org.
6 commentaires
  • Michel Bédard - Inscrit 17 novembre 2010 22 h 24

    Même Moisson Montréal crie famine...

    Je suis chauffeur bénévole d'un camion pour l'Hirondelle, un organisme montréalais d'aide aux immigrants, dont le comptoir alimentaire s'approvisionne à Moisson Montréal (MM). J'offre mes services en matinée une fois par semaine depuis près de 15 ans. C'est un de mes engagements sociaux. Cent familles bénéficient ou devraient bénéficier de denrées. Alors que la pauvreté sévit davantage et que la demande de nourriture augmente sans cesse chez les moins nantis de Montréal, même Moisson Montréal, principale banque alimentaire du Québec, crie famine... MM a de la difficulté à obtenir de la nourriture à redistribuer. Il y a 15 ans, les victuailles remplissaient mon camion à pleine capacité. Nous refusions de la nourriture. Fin 2010, mon camion n'est plus rempli qu'au quart de son volume... depuis trois ans. Michel Bédard, Fierté Montréal.

  • Pierre Vincent - Inscrit 18 novembre 2010 17 h 54

    Signe d'échec de société, partout en occident.

    Le recours de plus en plus généralisé à des "banques alimentaires" est un signe incontestable que la pauvreté s'est étendue bien au-delà du cercle des "marginaux". On ne peut absolument plus prétendre qu'elle est la conséquence de tares individuelles. Qu'au Québec Montréal soit (apparemment) plus touchée participe d'un phénomène commun aux grandes villes du monde, et ne saurait être attribué à des "faiblesses" qui seraient particulières à cette ville. Toronto n'est pas mieux lotie.

    Les autres pays n'échappent pas à cette tendance. En Allemagne par exemple, naguère un bel exemple d'égalitarisme (voir indice Gini), une catégorie d'employés sous-rémunérés s'est constituée à la faveur de mesures prises (baisse des protections sociales) pour deux ensembles de "raisons": préserver la compétitivité des entreprises, et réduire les dépenses publiques (notamment pour réduire le "fardeau" fiscal). Quelle surprise alors que les exportations se portent bien, mais que la consommation intérieure soit toujours anémique, et que les jeunes gens n'aient pas les moyens de "fonder des familles"! La même chose s'observe au Japon.

    D'instinct, je suis très réfractaire à l'idée que les "pauvres" doivent compter sur la générosité individuelle des autres; non pas que je ne sois pas généreux de nature, mais je trouve que cette approche est terriblement insuffisante!! Apràs tout, on ne mange pas qu'à Noel, et les besoins matériels des humains ne se limitent pas à la nourriture, sans compter que toute cette procédure est humiliante.

    De tous temps, j'ai jaugé les sociétés (les pays, si vous préférez) selon les conditions faites (offertes) aux plus défavorisés dans les unes et les autres: peut importe la moyenne, importe encore moins le niveau de la tranche la plus aisée, si à la base vous avez des gens qui souffrent par la faute des rapports de force qui prévalent. La charité est peut-être une vertu, mais la bonne consc

  • d.lauzon - Inscrite 18 novembre 2010 18 h 57

    Un système qui s'écroule

    Notre système économique qui permet aux riches de s'enrichir davantage et aux pauvres de s'appauvrir au point où certains se retrouvent sous le seuil de pauvreté et parfois carrément dans la rue, nous permet de constater que la générosité fait souvent défaut. L'exemple qui me vient en tête pour illustrer mon propos est cette dame Lessard qui à 80 ans s'occupe des orphelins à Haiti et qui se bat pour ramasser les fonds nécessaires pour reconstruire l'orphelinat. Il s'agirait qu'un homme comme Guy Laliberté (Cirque du Soleil) arrive avec quelques millions et le tour serait joué. Ainsi la construction pourrait se faire rapidement et les petits pourraient jouir d'une vie confortable et en toute sécurité.

  • JM Bou - Inscrit 19 novembre 2010 00 h 12

    Le systeme coopératif

    Bonjour

    Le systeme cooperatif (les cooperatives) le plus démocratique et la plus équitable au monde pour la majorité du monde est tres certainement le meilleur pour répartir la richesse. Mais les politiciens qui nous gouvernent ne le favorise pas principalement c'est la que ce situe le principale probleme de la pauvreté.

  • Aline Valade - Inscrit 19 novembre 2010 19 h 14

    Si pauvreté il y a c'est que nous la tolérons!

    Qui la tolères me direz vous?
    Et bien pas seulement nos gouvernements qui évitent de résoudre la question des arbri-fiscaux de nos chères multi-nationales, ni la présence indéniable de la mafia dans nos institutions, ni les banques et les lois qui régis notre société mais également nos voisins, nos amies, nos familles et nos médias!
    Car si une personne est pauvre c'est bien son choix n'est-ce pas? C'est cette personne qui choisis la pauvreté, c'est elle qui n'a pas le courage de se lever et d'aller travailler comme un bon citoyen obéissant et payeur de taxes.
    Car qui juge de la pauvreté et la tolère? Nous tous, car nous tous la jugeons et la condamnons tous et chacun.
    N'est-ce pas nous qui regardons l'itinérant ou le quêteux ou l'alcoolique avec nos pensées capitalistes et matérialistes déjà prêt à les juger et vouloir ne pas les voir dans notre beau paysage civilisée?
    N'est-ce pas une honte de voir tout ces gens profité du système et de l'aide sociale à 500 dollars par mois? De voir tous ces étrangers venir ici utiliser nos services et dépendre de nous, payeurs de taxes?
    Lorsqu'un amie crie au et fort qu'il est épouvantable de voir tout ces gens mendier à ne rien foutre de leur vie que de s'apitoyer et jouer à la victime mais que ces mêmes personnes ne remettent pas en question tout l'argent que le gouvernement dépense lui même à nous voler, à nous mentir, et a investir dans l'armement, dans la sécurité de son propre cheptel de gardes du corps, de brigade anti-émeute lors des manifestations citoyennes, lors des grands sommets comme à Toronto de l'été 2010. Lorsque notre gouvernement dépense des milliards de dollars pour sa propre sécurité. LÀ c'est correct, mais la pauvreté selon eux c'est un choix individuel et non collectif. La pauvreté est une responsabilité sociale et politique. Elle ne dépend pas de la personne qui la vis. La pauvreté viens de notre système économique qui favorise la richesse au dépend