Les autochtones de Montréal s'organisent

Des représentants des autochtones et des gouvernements ont annoncé hier la création du réseau.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Des représentants des autochtones et des gouvernements ont annoncé hier la création du réseau.

Ils sont de plus en plus nombreux à descendre du Nord pour s'installer en milieu urbain. Ils le font souvent à cause des problèmes de logement qui minent leur réserve, pour faire des études, pour recevoir des soins de santé ou pour fuir un milieu familial ou social qui ne leur convient pas.

En 2006, Montréal abritait 17 870 autochtones, ce qui en faisait le huitième regroupement urbain d'autochtones au pays. Et hier, des représentants des autochtones et de différents ordres de gouvernement ont annoncé la création d'un tout nouveau réseau tentant de répondre, en ville, à leurs besoins spécifiques.

Et ces besoins sont nombreux, expliquait hier Odile Joannette, coprésidente du réseau avec Nakuset, qui dirige aussi le foyer pour femmes autochtones de Montréal.

D'abord dans le domaine des arts, les autochtones montréalais n'ont pas de lieu culturel qui leur soit vraiment propre, alors que l'attachement à leur culture d'origine est un aspect important de leur identité. «Pourtant, on dit que des artistes comme Florent Vollant ou Samian ont une influence plus importante que les politiciens», remarque Odile Joannette. L'inuktitut, langue des Inuits, et l'innu, langue des Innus, demeurent d'ailleurs des langues vivantes et largement parlées, même en milieu urbain, dit-elle.

Le réseau déplore également que peu de familles autochtones s'offrent comme foyers d'accueil pour des enfants autochtones qui sont sous le coup de la protection de la jeunesse. Cet élément est un facteur d'aliénation pour plusieurs jeunes autochtones en difficulté de Montréal, qui grandissent loin de leur milieu d'origine, ajoute Odile Joannette. Enfin, on manque de ressources en itinérance qui seraient propres à la population autochtone masculine. En ce moment, seul l'organisme Projet autochtone du Québec accueille spécifiquement les hommes et les femmes autochtones itinérants intoxiqués. Or cet organisme est présentement en péril, entre autres par manque de ressources et de bénévoles, et peine à assurer la sécurité de sa clientèle.

La ville n'offre donc pas toujours la vie dont ils avaient rêvé aux autochtones qui y arrivent, souvent de très loin.

En 2006, selon les données du réseau, le tiers des autochtones de Montréal avaient moins de 25 ans. Dans l'ensemble, les jeunes autochtones de 15 à 24 ans habitant à Montréal fréquentaient moins l'école que les jeunes non autochtones. Les autochtones étaient aussi moins diplômés, ils affichaient un taux de chômage plus élevé, un revenu moindre et vivaient plus fréquemment dans des logements nécessitant des rénovations majeures que les non-autochtones.

En guise de comparaison, Odile Joannette évoque la population francophone du Québec, qui se situait au bas de l'échelle sociale, juste avant les autochtones, avant la Révolution tranquille, et qui a largement amélioré sa condition depuis.

«Vivement que notre tour arrive», lance Odile Joannette. Le réseau pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone de Montréal a aussi désormais son site Internet à l'adresse www.reseaumtlnetwork.com.

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