Montréal, ville mésadaptée aux handicapés

Pour le Montréalais moyen, traverser la rue est un jeu d’enfant. Pour les handicapés, les aveugles en particulier, la tâche peut s’avérer ardue.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pour le Montréalais moyen, traverser la rue est un jeu d’enfant. Pour les handicapés, les aveugles en particulier, la tâche peut s’avérer ardue.

L'audioguide s'arrête aux portes de la station de métro Berri-UQAM, mais n'invite pas à y entrer. Cette station de métro a en effet beau être l'une des rares de l'ensemble du réseau de Montréal à être dotée d'un ascenseur, elle n'est pas accessible à de nombreuses personnes handicapées, entre autres choses à cause de la lourdeur de ses portes.

L'audioguide dont on parle ici est celui mis à la disposition du public depuis quelques semaines par l'organisme Conscience urbaine, en collaboration avec Audiotopie et l'Action des femmes handicapées Montréal. Il propose une visite du quadrilatère entourant l'Université du Québec à Montréal, à travers les perceptions de neuf femmes handicapées.

Elles seraient quelque 166 000 dans la région du Grand Montréal. Parcourir la ville en leur compagnie, c'est découvrir la pertinence de poser des portes automatiques dans les endroits publics, d'ajouter des rampes lorsque les escaliers et les paliers leur sont inaccessibles, de doter les feux de circulation de systèmes sonores clairs et pratiques, pour éviter aux aveugles d'éviter d'attendre d'entendre le bruit des autos pour pouvoir traverser la rue. «Que fait-on quand il n'y a pas d'autos?», se demande-t-on, médusé. C'est aussi se rendre compte qu'une mère handicapée ne peut souvent pas assister aux réunions d'école, ni même rencontrer les professeurs de ses enfants, si l'école qu'ils fréquentent n'est pas adaptée à ses besoins.

Retards et manque d'employés

«Montréal est très, très en arrière en matière d'accessibilité aux personnes handicapées», considère Linda Gauthier, présidente du Regroupement des activistes pour l'inclusion au Québec (RAPLIQ). Bien sûr, ajoute-t-elle, le maire Gérald Tremblay a promis, en campagne électorale, de modifier une station de métro par année pour la rendre accessible aux personnes handicapées. «Ça nous amène en 2071, je vais avoir 114 ans quand je pourrai faire un tour de toutes les stations en métro», lance Mme Gauthier.

Par ailleurs, même dans les stations dotées d'ascenseurs, les personnes handicapées dotées de fauteuils électriques doivent appeler un préposé du métro, qui les accompagnera pour poser la rampe qui leur permettra d'accéder au métro à partir du quai. Or, il n'y a qu'un préposé par horaire pour l'ensemble du métro. Il ne peut donc y avoir qu'une personne handicapée à la fois dans le métro. Aussi, si la plupart des autobus sont désormais dotés d'une rampe, ces rampes sont souvent hors d'usage. Et le chauffeur doit se lever pour attacher la personne handicapée, ce qui en fait grommeler plus d'un, surtout quand l'autobus est bondé.

Une question de liberté

Les femmes qui témoignent sur l'audioguide de Conscience urbaine ne sont pourtant pas amères. Certaines précisent que leur handicap leur fait connaître des aspects de la vie qu'elles n'auraient pas explorés autrement. Même cette femme devenue aveugle à 48 ans, d'un seul coup, alors qu'elle était enseignante, dit que sa créativité en a été décuplée.

Mais plusieurs souhaitent par-dessus tout demeurer le plus indépendantes possible. L'une affirme que son fauteuil roulant a tout de suite été synonyme pour elle de liberté. Mais encore faut-il pouvoir circuler avec. Mme Linda Gauthier a porté plainte à la Commission des droits de la personne contre Élections Montréal parce qu'elle n'a pas pu entrer dans son bureau de vote situé dans un sous-sol d'église, lors des dernières élections municipales, même si l'invitation à voter avait été marquée du pictogramme d'accessibilité universelle.

Selon Mme Gauthier, le Parlement européen a adopté une loi forçant ses membres à adapter tous les services à tous. Les métros des villes Berlin et de Madrid sont entièrement accessibles aux handicapés. Paris a aussi entamé des démarches en ce sens, et une quinzaine de ses stations seraient accessibles. Et aux États-Unis, le métro d'une ville comme Los Angeles, par exemple, est aussi accessible.

Un autre souhait exprimé par les femmes handicapées qui témoignent sur l'audioguide: entrer par les mêmes portes que tout le monde dans les endroits publics. Des portes de préférence grandes, accessibles, centrales et éclairées...

***
Rectificatif du 5 octobre 2010
Mme Linda Gauthier, présidente du regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec a tenu à faire quelques rectificatifs à cette entrevue. Il y aurait désormais quatre accompagnateurs dans le métro de Montréal pour les personnes handicapées et les autobus à plancher bas n’obligent plus le chauffeur à attacher les personnes en fauteuil roulant.