Art et culture - L'éclusière est devenue assistante à la mise en scène

Tamara Sherbak, vidéaste à The Other Theater, a bénéficié du programme ORAM. <br />
Photo: Sophie Samson Tamara Sherbak, vidéaste à The Other Theater, a bénéficié du programme ORAM.

Il y a de ces relèves qui l'ont plus facile que d'autres. Les jeunes ingénieurs, par exemple, ou encore les médecins, qu'on s'arrache. Dans le milieu culturel, l'insertion professionnelle peut être franchement plus ardue. Voilà pourquoi le Forum jeunesse de l'île de Montréal, en collaboration avec le Conseil des arts de Montréal, a mis en place, il y a déjà six ans, le projet Outiller la relève artistique montréalaise (ORAM).

«Le Forum jeunesse de l'île de Montréal avait beaucoup de demandes du milieu artistique et, comme il a la capacité de faire des actions structurantes, il a décidé de mettre sur pied ORAM», explique Sébastien Croteau, vice-président du Forum et directeur général de l'Association des petits lieux d'arts et de spectacles.

Pour aller chercher une expertise dans le milieu culturel et artistique, le forum s'est associé au Conseil des arts de Montréal. «Il y a eu une analyse des besoins et des priorités qui a été faite par un comité et, en 2008, on a été prêt à aller de l'avant avec le programme», explique Cynthia Bellemare, entrée en poste comme coordonnatrice d'ORAM à ce moment-là.

Les stages

Différentes actions ont été mises en place pour aider les jeunes diplômés du milieu culturel à s'insérer dans le monde du travail, dont un programme de stages rémunérés de 22 semaines.

«L'idée, c'est de donner une première chance à des jeunes qui ont eu leur diplôme il y a moins de cinq ans dans le domaine des arts et de la culture, mais dont la carrière n'a pas encore vraiment décollé. Nous voulons leur permettre d'avoir une première véritable expérience de travail dans leur domaine», explique Mme Bellemare.

Eh non! Ces stagiaires ne reçoivent pas le salaire minimum! «Service Canada paye le salaire minimum et les avantages sociaux, mais le Fonds de solidarité FTQ donne 2 $ l'heure de plus et une bourse de 1500 $ que l'organisme peut dépenser à sa façon, par exemple en augmentant le salaire du stagiaire, en lui achetant de l'équipement ou en lui payant un billet d'avion pour faire un projet à l'étranger», précise Mme Bellemare.

Annie-Claude Beaudry, qui a fait un baccalauréat en critique et dramaturgie, spécialisation en mise en scène, à l'École supérieure de théâtre de l'UQAM, a profité du programme. Éclusière au canal de Lachine avant le stage, elle est devenue régisseuse et assistante à la mise en scène contractuelle pour le Groupe de la Veillée.

Avec son diplôme d'études collégiales en théâtre, production, profil gestion et techniques de scène, André Leroux était monteur pour Tentes Fiesta. Il est devenu coordonnateur technique à la TOHU, cité des arts du cirque.

Il y a aussi Joanna Piro qui, avec son DESS en gestion d'organismes artistiques de HEC et son baccalauréat en histoire de l'art de l'Université de Montréal, était caissière chez Renaud-Bray. Elle est devenue chargée de projets, recherche et communications, au Regroupement des artistes en arts visuels du Québec.

«En deux ans, le programme a aidé 23 jeunes, et ils sont tous restés par la suite dans le milieu culturel. Vingt d'entre eux sont restés dans l'organisme où ils ont fait leur stage», précise la coordonnatrice.

Cette année, 20 jeunes feront un stage grâce à ORAM. «Pour être sélectionné, le jeune doit se trouver un organisme pour lequel il aimerait travailler et lui présenter son idée. Ensuite, l'organisme doit déposer son projet. Nous fonctionnons comme ça parce que nous voulons vraiment appuyer des projets choisis par les jeunes et les organismes, plutôt que d'imposer quoi que ce soit», affirme Cynthia Bellemare.

Site artère

D'autres projets d'ORAM rejoignent un public plus large. C'est le cas du site web artere.qc.ca. «Ce site est très important parce que l'information, c'est le nerf de la guerre, affirme Mme Bellemare. Il fallait un site où faire converger toute l'information pour la relève dans le domaine culturel et artistique. Qui fait quoi? À qui peut-on faire des demandes de financement? Quels sont les program-mes de bourses? Quelle est l'offre de formation continue? Quelles sont les lois importantes pour le milieu culturel? Voilà le genre d'information qu'on retrouve dans le site.»

Il y a aussi un volet de répertoire d'artistes avec des liens dans leurs sites Web, profils Facebook et Myspace. «Les artistes de la relève peuvent aussi mettre en ligne leurs oeuvres, comme des vidéos et des pièces de musique. Nous choisissons aussi un artiste du mois, que nous mettons de l'avant», ajoute-t-elle.

Un bulletin de nouvelles destiné à la relève artistique est aussi envoyé chaque mois à 5000 personnes.

Partenariats


ORAM a également créé le Prix de la relève l'an dernier, à l'occasion du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal, et de nombreuses activités de réseautage et de formation ont été organisées dans les dernières années pour la relève artistique.

ORAM a aussi créé des partenariats dans le milieu artistique pour travailler sur différentes problématiques qui touchent à la relève et aux pratiques émergentes. «Nous ne sommes jamais trop nombreux à travailler sur la question, parce qu'il y a beaucoup de besoins. Aussi, c'est important de travailler ensemble pour donner plus de poids aux actions», affirme Anne-Marie Jean, directrice générale de Culture Montréal, qui travaille avec les gens d'ORAM notamment pour formuler des recommandations afin de rendre plus pertinents différents programmes destinés à la relève.

Encore du travail à faire

Sébastien Croteau est fier du travail accompli par ORAM. Ce qui ne l'empêche pas toutefois d'espérer encore davantage pour les années à venir! «Il est clair qu'ORAM a eu un impact considérable sur la relève artistique montréalaise. Pourrait-il en faire plus? Oui.»

Il pense par exemple à la question de la diffusion de premières oeuvres dans les petits lieux d'arts et de spectacles. «Il n'y a pas encore de programmes, ni de partenaires financiers pour ça. ORAM a déjà fait beaucoup de travail, mais il reste encore beaucoup à faire.»

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Collaboratrice du Devoir