Jeune Chambre de commerce de Montréal - «Il faut préparer les leaders de demain»

Il est attendu que, au cours des prochaines années, des centaines de milliers d'emplois seront à pourvoir au Québec en raison du vieillissement de la population et du faible taux de natalité des dernières décennies. Tous les secteurs de l'économie sont déjà affectés par cette pénurie de main-d'œuvre, du monde des affaires jusqu'au milieu communautaire.

Tous les employeurs sont «à la chasse aux jeunes» et tentent non seulement de les attirer mais, surtout, de les garder à leur emploi. Le défi est de taille puisque, comme le relate Alexandre Doire, président de la Jeune Chambre de commerce de Montréal (JCCM), «il faut déjà commencer à préparer les leaders de demain». Quant à Geneviève Shields, chercheure spécialisée dans les politiques sociales, elle constate que le milieu communautaire devra s'adapter pour attirer la jeune relève dont il a absolument besoin.

La compétence avant tout

En 2009, la Jeune Chambre de commerce de Montréal a publié un mémoire intitulé Le Capital humain, le prix du statu quo. Ce mémoire traitait de l'urgence d'agir afin de contrer une pénurie de compétences. «Comme dans plusieurs pays industrialisés, y écrit-on, la pénurie de compétences québécoise est causée principalement par trois facteurs: le vieillissement accéléré de la population, le développement des technologies associé à l'exigence des compétences, ainsi que l'arrivée d'une main-d'oeuvre possédant des attitudes et des valeurs différentes.» La JCCM considère néanmoins que cette pénurie est autant un risque qu'une occasion à saisir.

«Dans notre mémoire, relate M. Doire, on constate qu'il y a bel et bien une pénurie de main-d'oeuvre mais, surtout, une pénurie de compétences. Il est donc important de prendre en considération les compétences de chacun, tant dans le développement des connaissances que des compétences transversales. Nous abordons donc l'enjeu de la pénurie de main-d'oeuvre sous l'angle de la pénurie de compétences.»

La JCCM compte 1400 membres, de jeunes cadres, professionnels, entrepreneurs et travailleurs autonomes âgés de 18 à 40 ans. Elle vise à favoriser leur développement professionnel et personnel et veut aussi être le principal porte-parole des jeunes gens d'affaires montréalais. «Nous représentons la relève de la communauté des affaires de Montréal», résume M. Doire.

«L'un des problèmes qu'on constate, poursuit-il, c'est le transfert des connaissances. Un grand nombre de gestionnaires vont prendre leur retraite au cours des prochaines années. Or il s'agit d'une population qui a acquis énormément de savoir sur les meilleures façons d'assurer le succès des organisations. L'un des problèmes auxquels la communauté d'affaires du Québec fait face, c'est de s'assurer qu'il y a un transfert optimal de ces connaissances et compétences en gestion.»

Pour y faire face, la JCCM a mis sur pied un programme de mentorat. Chaque année, elle apparie 90 jeunes gens d'affaires à des mentors aguerris. «Ce programme est si populaire — on reçoit tellement de demandes — qu'on doit le contingenter», indique avec satisfaction M. Doire.

De surcroît, la JCCM organise des activités de réseautage et de parrainage entre ses membres les plus expérimentés et les finissants qui sortent des écoles de formation. «On met aussi en place des clubs de jeunes leaders, rapporte M. Doire. Il s'agit de groupes de 10 à 15 membres qui partagent entre eux des défis communs.»

Face aux nouveaux idéaux

Pour sa part, le secteur de l'économie sociale et de l'action communautaire éprouve ses propres difficultés d'embauche. «Ce secteur est constitué en bonne partie d'organismes à but non lucratif, ce qui joue énormément sur leur financement et sur les conditions qu'ils peuvent offrir aux travailleurs et travailleuses», résume Geneviève Shields, agente de recherche et de planification à la Faculté des sciences humaines de l'UQAM.

Ce secteur se bute en outre à un changement de valeurs. En effet, bon nombre des organismes portent une cause, par exemple la lutte contre la pauvreté ou en faveur des droits des femmes. Par conséquent, ceux et celles qui y travaillent épousent une cause et font souvent du militantisme.

Toutefois, la relève n'a pas nécessairement les mêmes valeurs. «Les jeunes d'aujourd'hui ont certes des idéaux, mais qui sont différents de ceux de la génération précédente», relate Mme Shields. Ils pratiquent moins le militantisme idéologique et plus l'action pragmatique, en faveur notamment de l'environnement, de l'achat local et équitable, etc. Par conséquent, ils considèrent souvent l'organisme pour lequel ils travaillent comme leur employeur et ils sont moins enclins à militer.»

En fait, on observe probablement aujourd'hui le même phénomène que dans les années 1970-1980, lorsque la génération montante d'alors arrivait dans le secteur communautaire avec ses propres idéaux, différents de ceux de la génération précédente.

Pour cette raison, indique Mme Shields, les organismes communautaires et d'économie sociale doivent apprendre à composer avec la nouvelle génération. À cette fin, rapporte-t-elle, le Comité sectoriel de la main d'oeuvre de l'économie sociale et de l'action communautaire (CSMO-ÉSAC) a développé une série d'outils de sensibilisation et de formation à l'intention des gestionnaires. «Il s'agit de voir comment concilier le profil des plus jeunes et comment se doter de politiques plus attrayantes en matière de pratiques et d'organisation du travail.»

En outre, suggère Mme Shields, on doit revoir le financement des groupes communautaires, qui dépend essentiellement de l'État. «Il faut augmenter l'enveloppe budgétaire qu'on accorde à ces organismes pour leurs frais de fonctionnement, dit-elle. Si ceux-ci ne disposent que d'une enveloppe "ridicule", ils ne pourront offrir que des conditions de travail "ridicules", ce qui n'aidera en aucun cas à accueillir la jeune relève.»

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Collaborateur du Devoir