Leadership Montréal - À quelle porte faut-il frapper ?

Catherine Dominic, directrice générale et artistique du théâtre LV2, en compagnie de Sergio Escobar, membre du Réseau jeunes administrateurs, à l’occasion d’une journée d’activités de Leadership Montréal.<br />
Photo: Source CRÉ de Montréal Catherine Dominic, directrice générale et artistique du théâtre LV2, en compagnie de Sergio Escobar, membre du Réseau jeunes administrateurs, à l’occasion d’une journée d’activités de Leadership Montréal.

Enrichir les lieux de décisions par la diversité. C'est avec ce mandat que Leadership Montréal, une initiative de la Conférence régionale des élus (CRÉ), met tout en place pour que les femmes et les gens issus de l'immigration se taillent une place dans les conseils d'administration. Et pas seulement par principe d'égalité, mais aussi par souci de performance.

Depuis un peu plus d'un an, Leadership Montréal favorise le recrutement au sein de la diversité dans la relève. Les membres de la Conférence régionale des élus (CRÉ) de Montréal, depuis quelques années, avaient constaté que, lorsqu'ils devaient trouver ou suggérer des administrateurs, le profil se révélait être presque toujours le même.

Après de nouvelles études sur la gouvernance, particulièrement celle du cabinet conseil Spencer Stuart, qui indiquait que la diversité au sein d'un lieu de pouvoir devenait, dans plusieurs cas, bénéfique pour les organismes, la CRÉ a décidé de miser sur ce potentiel montréalais sous-estimé. Elle a donc créé ce carrefour complètement dédié à aider l'intégration de femmes, de jeunes et de personnes issues de l'immigration dans les différents conseils d'administration, que ce soit dans les organisations publiques, parapubliques ou à but non lucratif ou dans les entreprises privées.

Répondre à un besoin démographique

Sergio Escobar, vice-président de Place des enfants, organisme à but non lucratif, est convaincu que son état de personne issue de l'immigration a bonifié les décisions de son conseil d'administration. «Lorsqu'un ensemble de personnes se réunissent, [...] c'est sûr qu'un groupe varié de personnes avec des expériences différentes arrive à mieux résoudre un problème pour prendre des décisions.»

Ce Bolivien d'origine a participé à la première cohorte du Réseau jeunes administrateurs, une activité organisée conjointement par Leadership Montréal et la Jeune Chambre de commerce de Montréal. Cette initiative réunit périodiquement un groupe de gens désirant aller chercher des aptitudes et des formations additionnelles pour siéger dans les lieux de pouvoir. Des simulations de conseil d'administration y sont, entre autres, organisées. «Après la formation que j'ai eue au sein du réseau, [...] la CRÉ m'a invité à m'intégrer à un organisme à but non lucratif.» Il a choisi de s'engager dans l'organisme Place des enfants par souci de l'intégration des jeunes issus de l'immigration. Sa réalité a fait de lui un candidat de choix pour un tel organisme.

«Au sein de l'organisme où je travaille, nous aidons des enfants âgés de 6 à 12 ans dont 90 % de la clientèle est issue de l'immigration», explique M. Escobar. «Je dois dire que, parmi le conseil d'administration, nous sommes juste deux personnes issues de l'immigration. Et moi, j'ai senti, d'une façon particulière, qu'il n'y avait pas une con-nexion entre le conseil d'administration et le conseil de parents. Donc [notre présence] a permis d'améliorer la communication», dit celui qui apporté de nouvelles idées pour effectuer des campagnes de financement plus susceptibles d'attirer les gens concernés.

Cette intégration n'a pas que des répercussions sociales. «C'est un impératif aussi commercial, [...] pour les organismes qui doivent adapter leurs services et leurs produits en fonction des besoins de cette nouvelle clientèle qui peut aider, peut-être, à aller chercher des marchés émergents. Et c'est [ensuite] plus facile pour les compagnies d'aller percer dans les marchés étrangers d'où ces personnes viennent.»

Pas de doute, donc, selon lui, quant à la pertinence de faire une place aux immigrants dans les conseils d'administration. Souvent, par contre, ceux-ci recrutent dans leur entourage immédiat. Leadership Montréal encourage les organisations à préciser les profils de candidature recherchés. Par sa sensibilisation auprès des organisations, mais aussi par l'initiation des immigrants aux organismes d'ici, il donne un sérieux coup de pouce à la démarche. «Car, il faut le dire, la CRÉ, avec tout le travail fait, réalise aussi beaucoup d'activités de réseautage», dit Sergio Escobar, qui mentionne que, lorsqu'il est arrivé ici, il désirait profondément s'engager.

Mais il lui manquait des ressources. «On ne sait pas quelles portes sont les bonnes pour frapper, et comment entrer. [On réussit] souvent par des con-tacts.» Il prend pour exemple les Rendez-vous du leadership organisés par la CRÉ, comme celui du 9 juin dernier, qu'il a perçu comme un excellent tremplin. «C'est sûr que là on a pu faire du réseautage avec des gens qui venait du Forum jeunesse de l'île de Montréal, des gens qui venaient des milieux culturels, des gens qui venaient des cégeps. C'est là qu'on peut établir un petit réseau de contacts.»

Inciter à faire le saut

Geneviève Baril, elle, a participé au Réseau de jeunes femmes leaders, une autre initiative de Leadership Montréal, celle-ci en partenariat avec le Forum jeunesse de l'île de Montréal, qui pousse les femmes à s'introduire dans les lieux de pouvoir. «Si on regarde par exemple la vingtaine de jeunes femmes qui font partie du réseau, je pense que plus de 90 % des femmes, après leur engagement, ont accédé à des conseils d'administration. Ce qui veut dire que le réseau à donc gagné son pari d'inciter ces jeunes femmes-là à faire le saut, de les aider à bien identifier quel type de conseil d'ad-ministration les interpelle, de les outiller et de les accompagner dans leur démarche d'accession à ces conseils d'administration», dit-elle.

Si elle avait déjà constaté une sous-représentation des femmes dans les rôles décisionnels, elle considère que c'est le Réseau de jeunes femmes leaders qui lui a permis «de comprendre pourquoi il y a moins de femmes dans les lieux de pouvoir et de voir aussi quels sont les outils sur lesquels il faut qu'on travaille, pour justement accéder à ces lieux-là».

Elle en fait sa cause aujourd'hui. Elle est devenue l'une des administratrices du groupe Femme, politique et démocratie, qui, avec le Centre de développement femme et gouvernance, offre une activité, l'École femme et démocratie, «pour celles qui souhaitent faire le saut en politique fédérale, provinciale, municipale ou scolaire».

«Il n'y avait rien qui concernait les organismes de jeunesse, notamment étudiante. Moi, mon hypothèse de la sous-représentation, c'est que ça ne commence pas à l'Assemblée nationale à Québec ou au Parlement canadien, mais ça commence même dans le mouvement étudiant, indique Geneviève Baril. Donc, l'idée, c'était aussi de permettre à ces femmes-là d'avoir des modèles féminins de leader. C'était aussi d'insister sur une des compétences pour lesquelles les femmes manquent souvent de confiance en elles, c'est-à-dire la prise de parole en public.»

Cette expérience de l'École femme et démocratie sera répétée durant la fin de semaine du 8 octobre, avec deux fois plus de participantes. Comme quoi l'intégration à Leadership Montréal fait boule de neige.