Fondation pour l'alphabétisation - De faibles compétences en lecture sont difficilement conciliables avec une économie du savoir

Maryse Perreault, présidente-directrice générale de la Fondation pour l’alphabétisation
Photo: Source Fondation pour l’alphabétisation Maryse Perreault, présidente-directrice générale de la Fondation pour l’alphabétisation

Avec la rentrée, les commissions scolaires, les cégeps et les universités lancent de grandes campagnes de promotion pour leurs services de formation continue et de formation sur mesure pour les entreprises. C'est devenu un incontournable. Or, sur le marché du travail, on retrouve bon nombre d'analphabètes fonctionnels. Un contexte de plus en plus difficile pour ces gens aux faibles compétences en lecture.

«Dans les années 80 et 90, les gens qui étaient analphabètes fonctionnels s'en tiraient plutôt bien dans certains domaines d'emploi. Ils étaient syndiqués et ils avaient de bons salaires. Là, c'est beaucoup plus difficile pour eux, parce qu'ils doivent toujours apprendre, s'améliorer», remarque Maryse Perreault, présidente-directrice générale de la Fondation pour l'alphabétisation, qui oeuvre dans ce secteur depuis plus de 20 ans.

Mais à quoi ressemble un analphabète fonctionnel?

«C'est une personne qui est capable de décoder de petits textes simples n'ayant pas plus de 10 lignes, mais qui n'a pas la fluidité de lecture qui lui permet de traiter l'information au fur et à mesure qu'elle la décode. Elle n'a pas de pratiques de lecture quotidienne, elle bute sur des phrases plus complexes, sur des mots nouveaux; bref, la lecture l'écoeure!», s'exclame-t-elle.

Maryse Perreault croit aussi que le phénomène de l'appauvrissement de la classe moyenne est en partie dû au fait que, lorsque ces travailleurs analphabètes fonctionnels perdent leur emploi syndiqué et bien rémunéré, ils n'arrivent pas à se retrouver un emploi comparable, puisque les compétences exigées sont beaucoup plus nombreuses.

Une société de plus en plus savante

Obligation d'accroître la productivité pour demeurer dans la course avec la concurrence étrangère, nouvelles technologies sur le marché, occasions de faire des affaires à l'échelle internationale: mille et une raisons poussent les entreprises à exiger des compétences plus poussées pour leur personnel. Et la tendance semble être irrévocable.

«Depuis 10 ans, les secteurs de l'économie qui nécessitent un haut niveau de connaissances ont augmenté de 78 %, indique Mme Perreault. Ceux qui exigent un niveau moyen ont crû de 14 %, alors que ceux qui exigent un niveau faible ont été en constance décroissance lors de cette même période.»

Dans ce contexte, les analphabètes fonctionnels partent grandement désavantagés. Mais sont-ils nombreux dans les entreprises? Ils sont en fait plus nombreux que plusieurs peuvent le penser.

«Une enquête de Statistique Canada indique que 49 % de la population active du Québec âgée de 16 à 65 ans a des difficultés de lecture. Parmi ces personnes, 16 % sont analphabètes, et elles travaillent dans 32 % des cas. L'autre portion des gens ayant des difficultés de lecture (33 %) sont des analphabètes fonctionnels et 65 % de ces gens sont en emploi. Ces chiffres nous indiquent que de 27 % à 30 % des travailleurs dans les entreprises ont besoin d'une formation de base», affirme Mme Perreault.

Des compétences de base essentielles

La Fondation pour l'alphabétisation remarque que, si les employés qui ont besoin d'améliorer leurs compétences de base n'ont pas la chance de le faire, ils ne pourront pas tirer tous les bénéfices de la formation continue payée par leur employeur.

«Prenons une entreprise qui fait l'acquisition d'une interface informatisée. L'employé doit y entrer des valeurs précises et, pour y arriver, il doit maîtriser la règle de trois, alors qu'auparavant son expérience lui permettait d'y aller approximativement. Les entreprises font maintenant un calcul serré des pertes et il n'y a plus de place pour les imprécisions. Donc, en plus de donner une formation technique aux employés sur le fonctionnement de la machine, l'employeur doit aussi permettre à ses employés d'apprendre ou de rafraîchir les notions de la règle de trois», explique Maryse Perreault.

L'image qui vous vient en tête est celle de travailleurs près de la retraite qui ont passé toute leur vie dans la même entreprise et qui n'ont jamais eu à se mettre à jour? «Détrompez-vous», dit la PDG de la fondation.

«Nous continuons de produire des analphabètes. Les jeunes trentenaires qui ont décroché se retrouvent dans des entreprises, du secteur manufacturier par exemple, qui embauchent des décrocheurs. Parmi eux, on retrouve des analphabètes fonctionnels. Et il faut les faire progresser. Surtout si on considère que le Québec est la deuxième société au monde, après le Japon, où le vieillissement de la population est le plus rapide.»

Le soutien donné aux entreprises

Les données compilées par la Fondation pour l'alphabétisation illustrent le fait que les entreprises ont un rôle central à jouer dans l'amélioration des compétences de base de leurs employés. En effet, 50 % des personnes qui ont fait des démarches auprès d'un ou plusieurs centres de formation ne s'inscrivent finalement pas, et, parmi les raisons données, celle qui revient le plus souvent (pour 25 % d'entre eux) est la difficulté de concilier travail et études.

Pourtant, des solutions et du soutien existent. «Et ça fonctionne, affirme Maryse Perreault. J'ai fait de la formation en entreprise pendant sept ans et personne ne m'a dit que ça n'avait rien donné.»

En allant cogner à la porte de son centre local d'emploi, une entreprise peut obtenir un diagnostic et des ressources adaptées à ses besoins.

«Il faut que la bonne formation soit donnée aux bonnes personnes et au bon moment. Les diagnostics doivent être individuels, pour éviter les pertes de temps», précise Mme Perreault.

Combien cela peut-il coûter à une entreprise? «Généralement, ça ne coûte rien, parce que ces formations sont subventionnées par le Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre», précise-t-elle.

En plus d'aider à améliorer la productivité des entreprises, il semble que ces mesures de formation influencent grandement l'avenir de la société.

«Former les parents, c'est ce qui a le plus d'impact sur les enfants, affirme Mme Perreault. Cela envoie aux enfants le message que la formation est essentielle. Et, on le sait, les enfants ne font pas ce qu'on dit, mais ce qu'on fait.»

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Collaboratrice du Devoir

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