Achat de matériel informatique - La STM exclut les logiciels libres d'un important appel d'offres

L'Association pour l'appropriation collective de l'informatique libre (FACIL) s'insurge de la décision de la Société de transport de Montréal (STM) d'attribuer un marché d'un demi-million de dollars à la multinationale informatique Microsoft, et ce, sans véritable mise en concurrence avec des solutions informatiques dites ouvertes et moins coûteuses.

Le groupe de pression interpelle d'ailleurs les dirigeants de la société, mais aussi le maire de Montréal, afin qu'ils forcent la révision de cet important achat de logiciels. Motif? Il y a deux mois, la Cour supérieure du Québec a jugé illégale ce genre d'attribution de contrat informatique par l'administration publique.

«Ce type de pratique n'est pas conforme à la loi, n'est pas dans l'intérêt de la STM, ne respecte pas les valeurs d'équité et de liberté de la société québécoise, nuit à l'indépendance technologique du Québec et ne favorise pas un développement technologique durable», a indiqué en début de semaine l'Association par voie de communiqué.

Le 17 août, la STM a publié en effet un avis d'appel d'offres pour l'achat de plusieurs centaines de logiciels. L'appel vise «l'acquisition de 2577 licences» de la suite bureautique Microsoft Office 2010 standard, produit phare du géant américain. Le contrat a une valeur estimée de 500 000 $. Il n'envisage aucun autre produit.

Pour l'Association, cet appel est étonnant puisqu'il fait fi d'un important jugement rendu le 3 juin dernier dans une affaire opposant la Régie des rentes du Québec et l'entreprise Savoir-Faire Linux. Ce marchand de logiciels libres dénonçait alors l'attribution d'un contrat de 723 000 $ à un distributeur exclusif de produits Microsoft en 2008 alors que des logiciels à accès libre, et donc moins coûteux, auraient pu être envisagés. Une lecture confirmée par le tribunal qui a fait entrer du coup dans l'illégalité ce processus d'attribution de contrat à un fournisseur informatique désigné.

«L'avis d'appel d'offres de la STM nous étonne, mais qu'à moitié, a indiqué hier au Devoir Cyrille Béraud, président de l'Association professionnelle des entreprises en logiciels libres. Le logiciel libre appelle à un changement important de paradigme dans le domaine informatique pour un passage d'un marché de monopole à un marché concurrentiel. Même si l'ouverture se fait sentir ici et là, l'administration publique n'est pas encore totalement prête à ce changement.»

Hier, la Société de transport de Montréal n'a pas souhaité commenter cette attribution de contrat pour des logiciels dits propriétaires appartenant à Microsoft, et ce, en prétextant que le dossier doit se retrouver aujourd'hui à l'ordre du jour de la réunion de son conseil d'administration. L'avis d'appel d'offres, lancé il y a deux semaines, prend fin le 8 septembre prochain à 15h.

Rappelons que le logiciel libre cherche actuellement sa place dans plusieurs administrations publiques à travers le monde comme aux États-Unis, où Barack Obama a décidé de lui faire une plus large place. Ces applications libres de droits sont de plus en plus favorisées afin de diminuer les coûts liés à l'acquisition de logiciels, mais aussi assurer une plus grande flexibilité numérique et sécurité des données informatiques gouvernementales.
5 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 1 septembre 2010 08 h 39

    Problème systémique

    Ce n'est pas très surprenant : les magouilleurs se serrent les coudes.

    Depuis le début, Microsoft a des pratiques commerciales douteuses. En contournant la loi de l'offre et de la demande pour favoriser systématiquement Microsoft, les grandes entreprises démontrent que la droite a deux discours : la loi du marché pour le grand public et la loi du plus fort en privé.

    Serge Grenier

  • Patrick Lepine - Inscrit 1 septembre 2010 10 h 43

    À quoi bon investir, les logiciels feront bientôt seuls le travail...

    Lorsqu'une entreprise produit un logiciel de journalisme qui produit automatiquement des articles et leur mise en page, on peut à juste titre se demander pourquoi renouveler la licence d'une suite bureautique qui sera bientôt de toutes façons désuète...

    La seule chose qui aie changé dans ces suites de toute façon c'est la présentation de l'interface ou la prise en main. Et ça ne sert strictement qu'à renvoyer les secrétaires sur les bancs d'école... Pour au final qu'elles aient moins d'ouvrage à faire...

    Un gros zéro pointé pour les gestionnaires qui autorisent ces achats.

    Open Office pour moi fait le travail, et la présentation est respectable. Vous ai-je dis qu'il ne coûtait rien pour se le procurer?

    P.S.: Où passent toutes ces licenses devenues par leur achat "publiques" une fois qu'on les change?????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????? Ça doit au moins faire 2577 licenses anciennes à redistribuer tout ça non? Et ce n'est qu'à la STM...

    Comptez le nombre de ministères, d'organismes publiques, de niveaux de gouvernement, de villes et autres, et cherchez bien où va "VOTRE" argent...

  • Renaud Blais - Inscrit 1 septembre 2010 11 h 55

    Et l'intérêt public chez les entreprises publiques

    Quand il s'agit d'entreprises privées qui payent tous leurs impôts, qui n'utilisent pas les paradis fiscaux, c'est LEUR problème.
    Mais quand il s'agit d'entreprise publiques, c'est une question d'intérêt public.
    À moins que les consultants PRIVÉS ne souhaitent pas se mettre à jour et se voient, les pauvres devoir apprendre à utiliser les logiciels libres, et, sans doute un comble de malheur, ces derniers devraient renoncés aux petits cadeaux qu'ils reçoivent sans doute lorsqu'ils font adopter Microsoft à une grosse entreprises...
    Renaud Blais
    Québec

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 1 septembre 2010 13 h 50

    L'ampleur du scandale...

    En ce qui concerne l'attribution des contrats de TI, je prédis que d'ici un an ou deux, les gens vont se rendre compte que le gaspillage, la magouille et les retours d'ascenseur égalent ou surpassent ce dont on est témoin dans l'industrie de la construction.

    Microsoft Office est à l'informatique ce que le béton est à la construction de viaducs: une technologie dépassée depuis 20 ans.

    Il n'y a aucune raison valable de ne pas adopter officiellement la norme ISO OpenDocument (et autres formats ouverts) dans nos administrations publiques.

  • Claude Kamps - Inscrit 1 septembre 2010 23 h 11

    Sécurité?

    Les logiciels libre sont ouvert et n'importe quel énergumène qui se dit «du monde des TI» peut changer pour mieux ou souvent pour pire un programme qui devient incontrôlable...

    Je préconise bien plus le logiciel de bureautique gratuit de Google ou de SUN qui sont libre de droit et suivi par des équipes de programmeurs qui veillent comme chez Windows à la sécurité du système.

    Mais personne ne me ferra conseiller dans un ordinateur ou un réseau d'affaire autre chose que Windows XP ou 7 comme base de travail...
    Le reste des programmes auront au moins une base connue et dépannable pas juste par le «ptit malin» qui a fait des changement à Linux...