G20: la police aurait utilisé des agents provocateurs

«Les vrais casseurs sont chefs d’État», pouvait-on lire sur une des pancartes que brandissaient les manifestants.<br />
Photo: Annik MH de Carufel «Les vrais casseurs sont chefs d’État», pouvait-on lire sur une des pancartes que brandissaient les manifestants.

La controverse entourant les agissements des policiers lors des manifestations du G20 à Toronto ne semble pas vouloir s'essouffler. Les demandes pour l'ouverture d'une enquête indépendante se font plus pressantes, alors que des allégations circulent concernant l'infiltration d'agents provocateurs de la police parmi les manifestants. La police de Toronto a également reconnu avoir menti aux citoyens à deux occasions.

Lors du sommet de Montebello en 2007, la Sûreté du Québec avait dû reconnaître l'utilisation d'agents provocateurs à la suite d'images compromettantes diffusées sur Internet. Or, des images semblables font surface depuis le G20 de Toronto, en fin de semaine dernière.

Si plusieurs des vidéos sur le site YouTube font des rapprochements bancals entre la violence de certains manifestants et celle présumée de la police, d'autres images captées par des citoyens semblent révélatrices. L'une des vidéos, d'un peu plus d'une minute, montre des policiers en civil, déguisés en manifestants, parfois armés de matraques et de bâtons, qui se réfugient derrière un cordon de sécurité de la police. L'un d'eux est habillé tout en noir avec un capuchon sur la tête, comme les radicaux du Black Bloc qui vont aux manifestations pour faire du grabuge.

Le président du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier, David Coles, qui a contribué à lever le voile sur la stratégie de la Sûreté du Québec à Montebello (on le voyait dans une vidéo confronter un agent infiltré au visage voilé qui tenait une roche dans sa main), était aussi à Toronto pour le G20. Il affirme ne pas avoir de preuves aussi concrètes qu'à Montebello, mais que les capsules sur Internet sont «troublantes». «Ça ressemble beaucoup au modus operandi de la police dans les derniers grands rassemblements», a-t-il dit au Devoir hier.

La police, même si elle utilise des agents infiltrés ou provocateurs, n'est pas responsable de la casse au centre-ville de Toronto, convient David Coles. «Mais des policiers déguisés en vandales, avec des roches ou des bâtons dans les mains, ce n'est rien pour encourager une manifestation pacifique, dit-il. Ça fait monter la pression et ça peut inciter d'autres jeunes à faire ce qu'ils veulent.»

La police de Toronto et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n'ont pas rappelé Le Devoir hier, malgré les appels et les courriels laissés à plusieurs endroits.

Demandes d'enquête


David Coles demande lui aussi une enquête indépendante sur les agissements des forces de l'ordre à Toronto, qui ont finalement arrêté 1090 personnes, dont 827 ont été relâchées sans accusation. Amnistie internationale et l'Association canadienne des libertés civiles (ACLC), qui avaient plus de 50 observateurs sur place, ont réclamé une telle enquête au début de la semaine.

L'Alliance de la fonction publique du Canada et le Bloc québécois ont également réclamé cette enquête. Le Bloc demande au ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, de s'en mêler. «Les allégations qui pèsent sur les agissements des policiers sont sérieuses», estime la députée bloquiste Maria Mourani. Le rapport de l'ACLC parle d'arrestations arbitraires, d'intimidation de la part des policiers, de fouilles excessives, de conditions de détention difficiles et contraires au droit canadien (plus de 24 heures et sans possibilité de parler à un avocat).

Des mensonges?

Par ailleurs, la police de Toronto a reconnu que certains objets prétendument saisis sur des manifestants — décrits comme des «armes» par le chef de police, Bill Blair — et présentés aux médias lundi n'ont en fait jamais appartenu à des manifestants. C'est le cas de la scie mécanique, de l'arbalète et des accessoires (bâtons et boucliers) d'un passant qui s'en allait participer à un jeu de rôles médiéval dans un parc lorsqu'il a été arrêté par la police.

Il semble que la police de Toronto ait aussi joué sur la vérité concernant la barrière de sécurité. M. Blair a admis que le décret adopté en secret par le gouvernement de l'Ontario ne lui a jamais donné le droit d'arrêter toute personne qui se trouvait à moins de cinq mètres du périmètre de sécurité, comme il l'avait prétendu. Ce décret touchait seulement l'intérieur du périmètre. La police a été prévenue de son erreur par le gouvernement ontarien, mais n'a pas cru bon rectifier l'information donnée aux citoyens.

Mardi, le chef de la police de Toronto, Bill Blair, a défendu ses agents, affirmant que les arrestations massives, les plus importantes de l'histoire canadienne, ont été nécessaires pour empêcher davantage de débordements.

Selon un sondage Angus Reid rendu public hier, 66 % des Canadiens (71 % des Québécois) estiment que les agissements des policiers ont été «complètement justifiés» ou «modérément justifiés». À peine 16 % des 1001 répondants (marge d'erreur de 3,1 %) pensent le contraire (14 % au Québec).




36 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 2 juillet 2010 07 h 59

    La roue de la répression

    Mon attention est particulièrement attirée par les résultats du sondage Angus Reid rendu public hier: 66 % des Canadiens (71 % des Québécois) estiment que les agissements des policiers ont été «complètement justifiés» ou «modérément justifiés». À peine 16 % des 1001 répondants (marge d'erreur de 3,1 %) pensent le contraire (14 % au Québec). Cela me paraît inquiétant. Beaucoup de gens sont bien dressés: même quand les excès de la police sont manifestes, on prend majoritairement le parti de la répression qu'elle exerce, ce qui en légitime d'autant l'utilisation, au nom de la volonté du public alors que cette volonté est le produit d'un conditionnement.

  • Hermil LeBel - Inscrit 2 juillet 2010 09 h 20

    Des droits fondamentaux, vraiment ?

    Décidément, ce gouvernement administre les affaires publiques d’une manière bien particulière. Bien sûr, il y a la fameuse charte qui en principe protège nos libertés individuelles mais dans la réalité, ces mots sont vides de sens. Les événements récents à Toronto illustrent à quel point les forces de l'ordre peuvent s’en moquer dès que l'occasion se présente, et ce en toute impunité.

    D'aucuns me répondront qu'en cas d'abus, il est toujours possible d’en saisir les tribunaux. Dans cette voie, il y a un os et il est de taille. Les juges qui siègent dans ces tribunaux sont issus de nominations partisanes. En ce sens, ils ne disposent pas de l’indépendance essentielle pour exercer un jugement éclairé. En définitive, ils ne représentent qu'une essence supplémentaire dans le parfum de duplicité qui plane au dessus de l'administration des choses de la cité.

    Depuis déjà plusieurs années, les pères de famille sont l'objet de mesures arbitraires, d'arrestation sans mandat, de détention arbitraire et de simulacre de procès sans que l'opinion publique ne s'en formalise. Maintenant que ces mesures répressives touchent à une frange marginalisée, les casseurs, les anarchistes et les incompris, voilà que les médias osent enfin rompre le silence au sujet de cette dérive institutionnelle.

    Au moins, les gestes de provocation accompagnés de la violation massive des droits fondamentaux des petits contestataires de la go-gauche auront permis d’amener cet important débat sur la place publique.

  • Marc Rainville - Inscrit 2 juillet 2010 10 h 18

    Un milliard...

    Avec un milliard de dollars pour la sécurité, la police avait les moyens de se payer un escadron complet de Black Block! Il semble bien que c'est ce qui s'est passé, en partie en tous cas. En ce qui concerne les voitures de police incendiées, elles avaient été abandonnées par leurs conducteurs à des endroits chauds, vidées de leurs ordinateurs! Ce seraient des membres des gangs de rue à la solde des policiers qui les auraient incendiées. J'espère que les assurances vont faire une enquete sérieuse avant de payer pour ces véhicules sortis des garages de la police.

  • helene poisson - Inscrite 2 juillet 2010 10 h 20

    J'hésite à m"exprimer...

    ...devinez pourquoi.

  • Loup_Solitaire - Inscrit 2 juillet 2010 10 h 41

    La sécurité

    Les manifestants ont la responsabilité d'extirper de leur rangs les anarchistes cagoulé qui ne veulent que faire la casse. Plusieurs manifestants soutiennent ces gens en criant en conférences de presse que ceux-ci ont le droit de s'exprimer alors ils doivent aussi comprendre que les policiers doivent protéger les autres citoyens. Si tu ne veux pas te faire tuer ne vas pas à la guerre mais si tu y vas pareille alors assume et arr^te de chialer.