La magie des paysages new-yorkais

Plus qu’une simple promenade de verdure, le High Line est un véritable paysage suspendu dans la ville.
Photo: Iwan Baan Plus qu’une simple promenade de verdure, le High Line est un véritable paysage suspendu dans la ville.

Le High Line est un espace hybride à mi-chemin entre un milieu organique et construit. C'est une promenade longiligne où nature et architecture se rencontrent, s'expriment et se partagent l'espace avec une rare liberté...

Située à l'ouest de Manhattan, la promenade du High Line fêtera son premier anniversaire et son deuxième million de visiteurs le 8 juin. Tous ceux qui ont contribué au succès du projet, et ils sont nombreux, n'en reviennent pas! La deuxième section du High Line est d'ailleurs en construction et devrait être inaugurée au printemps 2011. Enfin, la dernière section du projet n'attend que l'achat des terrains par la Ville pour voir le jour... Pendant ce temps, le projet fait des petits autour de la planète et inspire d'autres aménagements paysagers remarquables. Retour sur cette histoire d'une réussite à la new-yorkaise, histoire de rêver un peu...

C'est un projet d'espace public réussi sur toute la ligne, dont il est question aujourd'hui. Un de ces rares exemples où la pugnacité des citoyens a rencontré la vision de bons concepteurs et reçu l'appui du monde politique et de l'industrie du spectacle: il n'y a qu'aux États-Unis qu'on voit ça! Pourtant, au départ, le tableau était plutôt sombre. La voie ferrée désaffectée du vieux High Line construit en 1930 était à l'abandon, laissant la place aux herbes sauvages, aux plantes, arbustes et arbres robustes. En 1999, le maire Rudy Giuliani finit même par faire voter sa démolition. Entre-temps, deux habitants du quartier, Robert Hammond et Joshua David, saisissent le potentiel d'une telle promenade aérienne dans un secteur en pleine reconversion industrielle et embourgeoisement. Ils décident de fonder un comité appelé Friends of the High Line (FHL) pour préserver cette structure dans l'idée d'en faire un espace public planté. Regroupant résidants, commerçants, professionnels, politiciens, groupes communautaires et culturels, ils proposent un projet complet de réhabilitation de la voie ferrée, sur l'exemple de la Promenade verte de Paris. L'idée, très médiatisée et appuyée par de nombreuses célébrités, permet à un concours international de voir le jour et aux concepteurs sélectionnés de mener leur projet à terme, avec un coût total des opérations estimé à environ 170 millions de dollars... Aujourd'hui, c'est ce même comité des FHL qui veille à récolter des fonds privés pour l'entretien d'une bonne partie de la promenade, le département des Parks & Recreation de New York se chargeant du reste.

Des paysages suspendus

En 2004, à la suite d'un concours international, la firme d'architectes-paysagistes James Corner Field Operations a été désignée pour mener à bien le nouveau projet du High Line, en collaboration avec les architectes Diller Scofido + Renfro. «Avant de commencer le projet, nous sommes allés voir la Coulée verte à Paris, un des premiers projets implantés au-dessus d'anciens rails de chemin de fer», explique Lisa Tziona Switkin, associée principale chez James Corner Field Operations et responsable du design et de la construction du projet. «Nous avions remarqué que cette promenade plantée était volontairement coupée de la ville. Pour le High Line, nous tenions absolument à ce que New York fasse partie intégrante du paysage, poursuit-elle. Voilà pourquoi nos aménagements sont faits en fonction du milieu bâti et des perspectives urbaines qu'ils traversent», dit-elle. Et c'est vrai que c'est cet aspect du projet qui le rend unique et remarquable.

Plus qu'une simple promenade de verdure, le High Line est un véritable paysage suspendu dans la ville. L'ensemble du projet se divise en trois sections d'environ 800 mètres chacune et les rails, transformés en un somptueux paysage linéaire à caractère sauvage, traversent pas moins de 22 pâtés de maison! Chaque section du projet propose une succession d'espaces travaillés comme des paysages à part entière. Des creux ou des monticules se forment à la surface de la promenade pour accueillir de l'eau, des collines, des aires gazonnées et même une forêt épaisse: «Dans les trois sections du projet, nous avons essayé de varier l'emprise au sol en alternant le pourcentage de surface construite comparativement à la surface organique, précise l'architecte paysagiste Lisa Tziona Switkin. Parfois, c'est la nature qui prend le dessus et envahit le tout, alors qu'à d'autres endroits, c'est l'aménagement minéral ou construit qui domine», dit-elle. Grâce à une lecture complète des lieux et à une analyse sensible du cadre bâti, les créateurs de James Corner Field Operations et de Diller Scofido + Renfro sont parvenus à insérer cette succession de paysages new-yorkais dans lesquels une nature assez peu travaillée s'exprime librement au milieu de l'architecture, du mobilier discret, des matériaux et de l'espace formé par le ciel qui semble si proche et la vue à couper le souffle vers le fleuve Hudson. «C'est cet aspect vivant et changeant du projet que j'aime le plus, explique Lisa Tziona Switkin. Nous avons cherché à dépasser l'idée d'une simple promenade verte en allant chorégraphier les espaces paysagés en accord avec chaque tronçon de ville traversé», dit-elle.

Comment un espace public devient mythe, en un an...

En à peine un an, le High Line est devenu bien plus qu'un simple paysage dans la ville. Il fait partie de la ville, il est devenu un concept si puissant que l'on en parle comme d'un quartier ou d'une marque de commerce. Désormais, on ne dit plus: «Je vais à Chelsea», mais «dans le High Line District». Et dans le sillage du mythe, de nombreux autres projets se sont mis en place, et pas les moindres. L'inauguration de la première partie du High Line a vu l'arrivée de 30 nouveaux projets d'architecture dans le quartier, réalisés par des vedettes telles que Renzo Piano, Jean Nouvel ou encore Frank Gehry... Mais le High Line fait également des petits ailleurs. Devant un tel rayonnement, les grandes villes américaines sont toutes en train d'étudier sérieusement la reconversion de leurs vestiges post-industriels en espaces publics à caractère naturel. Ainsi, Jersey City, Chicago, Philadelphie, St. Louis, songent à emboîter le pas, mais aussi des villes européennes comme Rotterdam.

Lenteur, nature et culture

La plupart des grandes villes de ce monde cherchent à redorer leur image tout en améliorant la condition de vie de leurs citoyens. Un projet comme le High Line est un plus pour le moral des troupes qui travaillent fort! Pouvoir se promener en pleine ville à une hauteur de six mètres du sol, pouvoir flâner à un autre rythme en écoutant les sons atténués de la ville, pouvoir admirer les constructions sous un autre angle, regarder le ciel et l'horizon à des kilomètres à la ronde, inspirer bien fort, se laisser caresser par le soleil ou se surprendre à rêver au milieu des arbres comme quand on était enfant, ça n'a pas de prix! Le High Line permet un retrait par rapport à la ville tout en étant bien dans celle-ci. Il permet de fusionner diverses écologies urbaines en même temps et de créer de nouvelles relations entre la masse bâtie et les vides, engendrant de nouvelles formes de remplissage très différentes de celles des scénarios de mi-îlot ou du simple mur mitoyen. «Notre philosophie était d'amplifier les conditions existantes, explique Lisa Tziona Switkin. Nous avons voulu créer un espace qui soit capable de traduire la multitude d'histoires présentes dans les lieux et les habitants tout autour. Les gens apprécient le caractère original post-industriel du lieu, mais ils reconnaissent également la liberté et le caractère contemporain du langage paysagé et architectural créé», termine-t-elle.

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Repères

- Longueur finale du projet: 2,33 km de long

- Largeurs variant de 9 à 18 mètres

- Superficie totale de l'espace aménagé: environ 27 000 m2

- Hauteur variant de 5,5 à 9 mètres

- Structure d'acier et de béton armé

- Propriété de la Ville de New York depuis novembre 2005 (sauf la section 3 du projet, qui est en cours d'achat).

- Coût du projet: environ 170 millions de dollars

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- Sites à visiter

www.fieldoperations.net

www.dsrny.com

www.thehighline.org

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Je vous souhaite un bel été et vous dis: À la rentrée!

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