Québec veut l'opinion des citoyens sur la mort dans la dignité

Le président de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, Geoffrey Kelley, entend se plier «à l’opinion et à l’humeur des Québécois».
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le président de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, Geoffrey Kelley, entend se plier «à l’opinion et à l’humeur des Québécois».

Sondage après sondage, une majorité de Québécois se disent mûrs pour une réflexion sur la fin de vie et l'euthanasie. À ceux-là comme aux autres, l'Assemblée nationale tendra le micro cet été. «Toutes les options sont sur la table», a indiqué hier le président de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, Geoffrey Kelley. Y compris celle d'empiéter sur le terrain du gouvernement fédéral si les Québécois en font clairement la demande.

En conférence de presse, le député libéral a levé le voile sur le document de consultation officiel tout en insistant sur le caractère consultatif des audiences publiques à venir à la fin de l'été. «À ce stade-ci, c'est vraiment l'opinion du public qui nous intéresse», a fait valoir M. Kelley. Cela pourrait-il mener à un changement législatif? «Oui, tout est possible», a fini par répondre le député de Jacques-Cartier, qui entend se plier «à l'opinion et à l'humeur des Québécois».

Légalement, le Code criminel canadien prévoit que l'euthanasie et le suicide assisté sont des actes criminels. Mais la fin de vie n'est pas qu'une affaire légale, c'est aussi une question de santé et de dignité, a indiqué la vice-présidente de la Commission, Véronique Hivon. Sur ces territoires, le Québec peut déjà agir, a ajouté M. Kelley. «[Avant de légiférer], il y a de la flexibilité» et toute «une gamme de possibilités».

Même au plan légal, il reste de la marge de manoeuvre puisqu'il appartient aux provinces d'assurer l'application du droit criminel, a pour sa part rappelé la députée de Joliette. Dans la foulée de l'affaire Sue Rodriguez, le procureur général de la Colombie-Britannique avait d'ailleurs spécifié les circonstances pour lesquelles il n'y avait pas lieu d'engager des poursuites. «Cette directive a été maintenue depuis», a fait valoir Mme Hivon.

Onze villes

Prudents, les deux députés sont restés vagues quant aux voies à examiner. «On ne veut pas mettre la charrue devant les boeufs, on veut d'abord entendre les citoyens», a insisté la députée péquiste. Les Québécois devront faire parvenir leur mémoire ou leur demande d'intervention au plus tard le 16 juillet. Ils pourront aussi remplir un questionnaire en ligne à assnat.qc.ca.

La Commission se déplacera dans 11 villes: Baie-Comeau, Gaspé, Gatineau, Montréal, Québec, Rimouski, Rouyn-Noranda, Saguenay, Saint-Jérôme, Sherbrooke et Trois-Rivières. On y parlera d'euthanasie et de suicide assisté, mais aussi d'acharnement thérapeutique, de refus ou d'arrêt de traitement, de testament de vie, de soins palliatifs et de sédation.

De nombreuses voix se sont fait entendre ces dernières années pour réclamer un débat sur le droit de mourir dans la dignité. Le débat a toutefois pris une ampleur renouvelée l'automne dernier avec la réflexion du Collège des médecins et deux sondages publiés coup sur coup par les fédérations de médecins.

Dans la foulée, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une motion annonçant la création d'une commission spéciale. Le document, rendu public hier, est le fruit d'une série d'audiences restreintes tenues en février et mars 2010 avec des experts des questions médicales, juridiques, éthiques et philosophiques.
17 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 26 mai 2010 07 h 04

    De la subtilité

    Ce qu'il faut c'est distinguer entre les actes criminels et l'ordre naturel des choses. Quand on arrive à la fin de sa vie et qu'on veut partir sereinement entouré de ses proches, c'est naturel. Quand la fin approche et que certaines personnes veulent provoquer votre mort pour mettre la main sur vos biens le plus vite possible, c'est criminel.

    Il y en a qui sont pour l'acharnement thérapeutique pour des raisons idéologiques. Ils ont droit à leur opinion, mais on est pas obligés de les écouter et d'en faire une loi.

    Serge Grenier

  • Fernand Turbide - Inscrit 26 mai 2010 09 h 10

    Sue Rodriguez


    Je viens de terminer pour la cinquième fois au moins le film de la vie de cette femme forte et intelligente et je ne peux m'empêcher a chaque fois de pleurer comme un enfant. Suis-je trop sensible, je ne crois pas Ce film est dur mais tellement criant de vérité que chacun d'entre nous devrait le visionner parce qu'il pose le problème de la fin de vie, ce qui n'est pas facile et agréable a envisager mais a lequel on sera tous confrontés un jour ou l'autre. La vie est probablement le plus grand des cadeaux mais on n'y peut rien on en sortira pas vivant. Le combat de Sue Rodriguez est magistral. Quel courage, quel réalisme et quelle vérité. On vient au monde tout nu et ce que nous accumulerons de biens matériel au cour de notre vie est éphémère; seul les enfants a qui nous aurons donnés la vie et l'héritage culturel laissé a l'humanité nous survivrons. On peut ou non croire a une vie après la mort mais s'il y a une chose qui nous appartient en propre c'est bien notre vie et lorsque le moment est venu de quitter cette terre nous devrions pouvoir le faire dignement, en douceur ,sans douleur et avec l'assistance de la médecine. Que la droite religieuse rétrograde s'y oppose nous n'en avons que braire.

    Sue Rodriguez avait raison, c'est un débat de société , nous devons le tenir et adapter nos lois en fonction de la réalité d'aujourd'hui; nous ne sommes plus au moyen âge.

    Fernand Turbide

  • Jacques Lafond - Inscrit 26 mai 2010 09 h 25

    Un crime

    Il n’y a aucun doute que l’euthanasie se pratique régulièrement et constamment dans nos hôpitaux. Ma grand-mère avait 99 ans et 5 mois. Une infirmière entre dans la chambre. Je lui demande c’est quoi cette injection ? Morphine. Mais pourquoi ? A t’elle mal ? Non. Prescription du médecin. Prévention. Ma grand mère est morte un peu plus tard ce jour là.

    Et, ce n’est pas d’hier. J’étais enfant. Il y a 50 ans de ça, ma mère m’avait dit : chaque fois qu’un vieux entre à l’hôpital il meurt. C’est vraiment à se demander si l’hôpital ne les assassine pas.

    Un bon conseil pour tout le monde. Si vous entrez un vieux à l’hôpital, et vous ne voulez pas qu’il meure, arranger vous pour qu’il y ait tout le temps quelqu’un présent avec lui. Et soyez vigilant. Très vigilant.

    Légaliser l’euthanasie serait un rien de moins qu’un crime. Et, ceux qui disent que la légalisation de l’euthanasie sera bien encadrée, et seulement dans quelques cas spécifiques, etc., sont soit hypocrite ou soit qu’ils rêvent en couleur.

    La légalisation de l’euthanasie aura l’effet direct de donner encore plus de légitimité à ce qui se fait déjà beaucoup et régulièrement.

  • Guylaine St-Pierre - Inscrit 26 mai 2010 10 h 08

    Je suis pour !

    Je suis une personne qui souffre et je ne veux pas finir dans un hospice et autres, J'ai le droit à ma dignité et a décider pour moi même. C'est mon droit le plus fondamentale !

  • novis - Inscrit 26 mai 2010 10 h 42

    médicalisation et économie de la mort

    Il n'y a pas que les enjeux de famille, mais également, et peut-être surtout, l'enjeu qui fait de cette mise à mort un acte médical, donc un acte économique. Ces médicaments pour tuer ont un coût, deviendront un service, engendreront une compétition, de la recherche, etc. Au grand bonheur des pharmaceutiques, sans aucun doute. Ça me rappelle encore les avertissements du Dr. Fernand Turcotte quant à l'abus significatif de prescriptions pour des médicaments pour la prévention des maladies du coeur dans un nombre incalculable de cas où ces médicaments n'ont aucune efficacité. Il faut combattre cette formule vite-faite qui prétend qu'il s'agit de dignité, parce que c'est elle qui va nous vendre cette salade au goût plus que douteux.