Entrevue avec la militante française Caroline Fourest - Oui à la «charte de la laïcité» du PQ...

«Le souverainisme est d’actualité au Québec parce que la question de la laïcité n’est pas réglée», fait valoir Caroline Fourest.
Photo: Louise Leblanc - Le Devoir «Le souverainisme est d’actualité au Québec parce que la question de la laïcité n’est pas réglée», fait valoir Caroline Fourest.

Québec — Le projet de «charte de la laïcité» envisagé par le Parti québécois est «très pertinent» selon l'auteure Caroline Fourest. Même si une telle démarche peut priver, selon elle, les Québécois d'un argument fort... en faveur de la souveraineté.

«Le souverainisme est d'actualité au Québec parce que la question de la laïcité n'est pas réglée», fait valoir l'écrivaine, bien connue pour sa lutte contre les accommodements religieux. Elle affirme même avoir rencontré chez nous plusieurs personnes «qui sont devenues souverainistes à cause du débat sur les accommodements raisonnables».

Mme Fourest vient de publier un livre, La Dernière Utopie, dans lequel elle plaide que l'idéal «universaliste» des Nations unies est en train de disparaître et que le modèle des démocraties sécularisées se marginalise.

Cette intellectuelle dit se passionner pour le débat québécois sur les accommodements raisonnables parce que nous serions «aux portes» d'un virage vers le modèle anglo-saxon du multiculturalisme.

Elle s'arrêtait hier dans la capitale dans le cadre d'un colloque de trois jours organisé par le Collectif citoyen pour l'égalité et la laïcité (Cciel) auquel est associée l'auteure du livre Ma vie à contre-Coran, Djemila Benhabib. La présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat, la députée péquiste Louise Beaudoin et son ancienne collègue libérale Liza Frulla étaient du nombre des invités de l'événement, hier soir au Musée de la civilisation.

D'après Mme Fourest, en plus de permettre aux Québécois de s'entendre sur une «définition commune de la laïcité», une charte donnerait au gouvernement du Québec un levier supplémentaire pour contester certains avis de la Cour suprême en matière de liberté religieuse. «On pourrait dire: "Nous avons une charte de la laïcité qui a d'autres priorités". La charte de 1982 dit quasiment que la liberté religieuse prime les autres droits; notre charte dit le contraire.»

Mme Fourest, que Le Devoir a rencontrée dans un hôtel du Vieux-Québec pendant qu'à l'Assemblée nationale, l'ancien conseiller d'Hérouxville André Drouin plaidait pour la fermeture du «robinet de l'immigration», se dit par ailleurs frappée par le décalage entre la classe politique et la population en ces matières.

«Je crois que les Québécois sont très attachés à la laïcité et qu'ils sont inquiets de voir la liberté religieuse remettre en cause des valeurs communes de base comme l'égalité homme-femme par exemple.»

Priée de commenter le projet de loi 94, qui exige que les relations entre l'État et les citoyens se fassent à visage découvert, elle a parlé d'un effort «très timoré». Quant à la Fédération des Canadiens musulmans qui reprochait mercredi au gouvernement de prendre, avec cette loi, un «canon pour tuer une petite mouche», elle trouve que le canon en question est «bien petit».

Ce n'est pas parce que le niqab et la burqa ne sont portés que par une infime minorité au Québec qu'il ne faut pas légiférer, souligne-t-elle. «Je ne crois pas à l'argument du nombre. C'est plus facile de légiférer quand il y a très peu de cas. Quand c'est répandu dans la population, ça devient impossible.»

Au Québec, comme en France, elle observe que les gens n'osent pas critiquer l'intégrisme musulman de peur d'être traités de racistes, un sentiment qu'elle dit bien comprendre. «Quand on est progressiste, de gauche comme moi et que toute sa lutte, c'est d'abord de combattre l'extrême droite, le soupçon de racisme, c'est très dur à surmonter. Je préfère 1000 fois recevoir des menaces de mort. C'est plus franc et je peux gérer», lance la jeune femme.

Le problème central, ajoute-t-elle, est qu'on prend des revendications intégristes pour des revendications de nature culturelle. Elle rappelle que lorsque la France a décidé, en 2004, de bannir les signes religieux des écoles et des services publics, on prévoyait le pire. «On disait que les jeunes filles allaient fuir les écoles, se désinscrire, qu'on allait déclencher la révolution. Ça n'a pas été le cas et maintenant, personne n'ose remettre la loi en question. Ça a apaisé les écoles et les professeurs peuvent désormais se concentrer sur autre chose.»

Quant au projet de loi défendu actuellement par le président Nicolas Sarkozy sur l'interdiction du voile intégral dans l'espace public, il a comme faiblesse d'être porté par le mauvais messager, selon elle, Nicolas Sarkozy ayant créé un «climat lourd» avec ses «provocations» envers les immigrants qui a «fragilisé la laïcité».

À propos du voile intégral, Mme Fourest souligne qu'il vaut mieux en justifier l'interdiction au nom de principes comme la sécurité et la nécessité de pouvoir identifier les gens, par exemple. «Si on le fait au nom de l'égalité homme-femme, il faudrait aussi interdire le voile simple et je ne crois pas qu'il faille aller jusque-là.»
55 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 21 mai 2010 06 h 44

    Néo-jacobinisme...

    “Et la laïcité? Le président [Sarkozy - P.L.] a tenté de lui porter un coup en maintenant sa volonté de faire évoluer la laïcité française vers une laïcité plus anglo-saxonne, plus “positive”, destinée à miser sur l’”espérance spirituelle” plutôt que sur l’”espérance sociale”, notamment dans les quartiers populaires…” (Caroline Fourest)

    Le vieux jacobibisme anti-anglomane avec tout son bon et tout son mauvais. Pas simple. Le chêne et le roseau…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/06/16/le-chen

    Paul Laurendeau

  • Jacques Légaré - Inscrit 21 mai 2010 10 h 27

    Vive les femmes libres, progressistes et humaines !



    J'ai écouté hier la conférence de madame Fourest à Québec au Musée de la Civilisation. Conférence brillante s'il en fut par la qualité du raisonnement et la pertinence des faits exposés qui l'accompagnait.

    Ce n'est nullement du jacobinisme, car Ysengrimus qui ignore son histoire ne sait pas que Robespierre était très religieux et instaura avec d'autres la Terreur. Son «Être suprême», qui voulait remplacer la religion officielle par une religion populiste, fit tomber beaucoup de têtes.

    En fait, madame Fourest défend le progressisme féministe et social né des Lumières. Elle nous a démontré que l'offensive religieuse récente, née de la montée de l'islamisme, donne du vent dans les voiles à ceux dont la visée ultime est de détruire l'État-Providence pour le remplacer par la charité privée des Églises et des imans comme elle existait tout croche dans les siècles antérieurs au Xxe.

    C'est vrai, mais aussi triste, que les religions nourrissaient leur expansion en ayant en main la sécurité sociale (qu'elles ont perdu en Occident) et la main mise sur les écoles (qu'elles ont hélas conservé en partie).

    En fait, la religion en Occident est un petit tigre, que la philosophie des Lumières progressistes ont réduite à n'être qu'un petit chat sans trop de dangerosité. À la faveur des accommodements religieux, il y a un grand risque qu'on nourrisse un peu trop le petit tigre.

    Et dans 20 ans, vous verrez que le gros tigre ne fera qu'une bouchée de nos démocraties et du progrès social nés des Lumières en le cangrénant d'accommodements religieux pour découper l'espace public en autant de communautarismes.

    Alors, soyons d'une extrême vigilance. Les religions ne sont pas mortes. Comme à l'égard des virus affaiblis, il faut la tolérance de les laisser dans des lieux circonscrits (lieux de culte et résidences privées), hors de l'espace public, et même hors des lieux publics tels la burka et le hidjab. Ainsi, les horreurs religieuses du passé ne reviendront pas en force par notre naïveté.

    Non aux religions misogynes, phallocrates, patriarcales, fascistes molles, à visée théocratique et porteuses sans relâche d'une haine de la sexualité, des femmes et de toutes les libertés qui embellissent la vie et la condition humaine.

    En clair, des femmes comme madame Fourest, tout l'Occident s'en honore et tous les salauds religieux veulent les violenter et les faire taire.

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique, né 1948,
    Professeur (retraité) d'Histoire, d'Économique et de Philosophie
    Http://oeuvres-de-jacques-legare.iquebec.com/

  • Lise Boivin - Abonnée 21 mai 2010 11 h 55

    Clarté et étrangeté

    Le commentaire de Jacques Légaré dit tout très clairement et je ne peux qu'inviter à le relire. On peut également suivre aujourd'hui et demain, à la Grande Bibliothèque, à Montréal, différentes conférencières et conférenciers traitant de la laïcité.

    L'étrangeté, c'est le mot de «ysengrimus» (who ever that is) qui nous parle de «vieux jacobibisme [sic] anti-anglomane [...]. Pas simple. Le chêne et le roseau…». En effet. Dommage que Le Devoir n'offre la traduction des critiques codées et «mystagogiques».

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 21 mai 2010 12 h 31

    La lutte des femmes pour l'égalité avec les hommes


    J'étais à la rencontre de Montréal la veille de celle de Québec. Caroline Fourest a choisi d'être limpide et d'abandonner la langue de bois. Je l'en félicite grandement, je le lui ai d'ailleurs dit au micro. Sa lutte pour démasquer Tariq Ramadan a été épique à Paris. Chez Ruquier par exemple, madame Fourest a été non seulement confrontée à Ramadan, mais aussi à Zenmour et à Nolleau. Les trois ont été agressifs et impolis. Fourest a tenu bon.

    À Montréal, elle a été éclairante au sujet de l'ONU. La situation est véritablement grave. Bien sûr nous avons encore le choix de nous cacher la réalité. Mais en Belgique, à Paris même, en Hollande, en Suède, etc., l'invasion islamique est déjà trop avancée. Nous sommes les mieux placés au Québec. Mais nous devons nous lever debout et l'exiger cette laïcité sans adjectif. Ceux qui ont cette conviction sont de plus en plus nombreux et déterminés. Mais entendons-nous bien qu'il est toujours question d'effort d'intégration des immigrants. La seule interdiction du voile islamique serait dans les services de l'État. C'est le symbole que représente ce voile qui est inquiétant. C'est l'étendard d'une idéologie politico-religieuse qui expose clairement, tant dans ses textes fondateurs que chez plusieurs de ses commentateurs de l'intérieur, son intention ferme de convertir toute la planète à Allah. Dès qu'ils deviennent forts dans un quartier et même parfois dans un pays, comme en Algérie ou en Belgique actuellement, leur agressivité patriarcale, misogyne et dominatrice les rend de plus en plus méprisants à l'égard des femmes et des homosexuels.

    Ramadan est convoqué à toutes les tribunes en Occident. Mais Caroline Fourest le traque sans relâche. Elle nous permet de remonter au fondateur des Frères Musulmans, Hasan Al-Banna, qui est son grand-père, ainsi qu’au lien évident de cette Confrérie avec le terrorisme, le Hamas et Ben-Laden. Il devient de plus en plus limpide que nous devrons accepter de nous faire traiter de racistes ou d'islamophobes, si nous voulons stopper une invasion qui semble faible présentement au Québec ; mais chaque semaine des Maghrébiens nous arrivent instruits, mais n'ayant pour la plupart pas les compétences recherchées chez nous. Oisifs, se sentant rejetés, ils ont des chefs masculins qui les poussent au prosélytisme et aux vexations très dures contre les femmes. Déjà en Belgique, plusieurs ne se sentent plus chez eux et quittent leur pays, le laissant aux islamistes.

    Et cette histoire de l'ONU qui accepte, dans une instance traitant du sort des femmes dans le monde, des représentants de pays comme l'Iran ou l'Arabie Saoudite. Dans les deux pays, les femmes sont bafouées : par les Chiites en Iran et par les Salafistes (Sunnites) en Arabie Saoudite. En Algérie, elles sont massacrées en masse dès qu'elles essaient de gagner leur vie et de devenir autonomes, comme récemment dans la ville industrielle de Massaout. .

    Oui, c'est au Québec que la situation peut évoluer vers l'audace tranquille de légiférer et d'empêcher les empiètements du religieux sur le politique. Un État laïque devra mettre la liberté de conscience et l'égalité à la base de ses prochaines prises de position. Ce sont ces deux fondements universalistes que vient saper l'idéologie islamiste, rabaissant la femme à moins de la moitié d'un homme. Nos femmes se seraient battues en vain depuis cinquante ans chez nous ? Les voilà coincées entre les deux religions les plus puissantes et misogynes de la planète : l'Islam et le Catholicisme. Les deux s'emploient ardemment à museler les femmes. Et sur la scène internationale, les hauts dirigeants de Rome s’entendent comme larrons en foire avec les intégristes à la tête des pays islamiques pour bloquer toute décision qui pourrait avantager les femmes et les homosexuels.

    Ce n'est plus le temps de la langue de bois et des craintes d'être traités de xénophobes! Il nous faudra réveiller la classe politique et les intellectuels de gauche qui semblent s'être endormis. Le voile ne peut être toléré dans les emplois étatiques, ni dans les endroits de formation de nos enfants, comme la petite enfance où des femmes voilées ont la garde de nos enfants, avec le danger que cela comporte de les orienter vers le religieux plutôt que vers l'humanisme. Il faut, dans nos institutions, installer un universalisme qui ferait prévaloir la liberté de conscience et l'égalité entre les hommes et les femmes (enfin!) sur des préceptes religieux qui les contrediraient. Quand un représentant de l'Église exprime ses convictions pour ses pratiquants, cela va encore. Mais s'il veut imposer ses propres valeurs à toute la population en influençant ou en encensant certaines prises de positions politiques qui restreindraient l'autonomie et le bien-être des femmes même non pratiquantes, il y a là un problème... et notre devoir est de nous opposer à ces intrusions du religieux dans le politique et le social. C'est cela et simplement cela qui s'appelle une laïcité sans adjectif.

    JPA

  • Pierre Meur - Inscrit 21 mai 2010 14 h 39

    Le double langage

    Caroline Fourest accuse souvent Tariq Ramadan de double langage, mais qu'en est-il de Caroline Fourest ?

    Il ne suffit pas d'instrumentaliser les bons sentiments, le féminisme, ou pire de jeter de l'huile sur le feu de l'Islamophobie rempante, de l'athéisme dogmatique, ou pour ne pas à son tour être taxée de double langage.

    Caroline Fourest est la championne des procès d'intentions. Elle bâtit ceux-ci sur des indices qui ne sont travaillés qu'à charge. Entre Tariq Ramadan et Caroline Fourest où est le fond combattant qui prône le va-t-en guerre ? Sans nul doute chez Caroline Fourest.

    Vous ne le croyez pas ? Lisez donc Tariq Ramadan sur son site et non ce qu'en dit Caroline Fourest. Vous ne trouverez pas de quoi fouetter une mouche. On aimerait bien que tous les fondamentalistes ou les extrémistes musulmans soient comme celui-là.

    "À qui rapporte le crime ?", comme on dit dans les enquêtes policières. À Caroline Fourest, sans aucun doute, puisqu'elle en vit, livre après livre, en s'accrochant comme un parasite à la victime qu'elle a choisi. Tariq Ramadan vit également de ses livres, et c'est bien la seule chose que l'on peut lui reprocher, parce que vous aurez beau chercher, vous ne trouverez rien qui puisse heurter la conscience d'un humaniste ou d'un intellectuel intègre.

    Mais faites-vous votre opinion vous-même. Voilà bien le seul conseil valable contre l'obscurantisme religieux ou athée imbécile et dogmatique.

    http://www.tariqramadan.com/spip.php

    Pierre Meur,
    Libre-penseur et humaniste