Sondage sur l'homosexualité dans le milieu sportif - Les athlètes risquent gros en sortant du placard, estime le tiers des Canadiens

Rare exemple d’athlète ayant fait son «coming out» pendant sa carrière, la joueuse de tennis Amélie Mauresmo a essuyé des critiques d’adversaires, mais a aussi suscité l’admiration. Aujourd’hui à la retraite, elle estime que sortir du placard à 19 ans pendant l’Open d’Australie en 1999, «pour moi et pour mon tennis, c’était la bonne chose à faire»
Photo: Agence France-Presse (photo) Matthew Stockman Rare exemple d’athlète ayant fait son «coming out» pendant sa carrière, la joueuse de tennis Amélie Mauresmo a essuyé des critiques d’adversaires, mais a aussi suscité l’admiration. Aujourd’hui à la retraite, elle estime que sortir du placard à 19 ans pendant l’Open d’Australie en 1999, «pour moi et pour mon tennis, c’était la bonne chose à faire»

Près de huit Québécois sur dix pensent que la loi du silence sévit dans le milieu sportif lorsqu'il s'agit d'homosexualité, révèle un sondage Léger-Marketing commandé par la Fondation Émergence, dont Le Devoir a obtenu copie.

«C'est le don't ask don't tell de l'armée américaine, à la nuance près que dans l'armée, c'était une politique officielle alors que dans le sport, c'est la loi [officieuse] du silence», dénonce le président de la fondation, Laurent McCutcheon. La Journée internationale contre l'homophobie du 17 mai prochain aborde ce problème encore, semble-t-il, tabou.

Peu d'athlètes souhaitent aborder le sujet de l'homophobie. La Fondation Émergence, à la recherche d'un porte-parole dans le milieu sportif (gai ou hétérosexuel), a dû renoncer. «On n'a trouvé personne», dit M. Mc Cutcheon, qui affirme par ailleurs que son invitation envoyée aux différentes fédérations sportives pour se joindre à la campagne est restée sans réponse.

Le sondage mené auprès de 1501 Canadiens entre le 26 mars et le 4 avril dernier met en relief tous les préjugés sur les homosexuels et les stéréotypes sexistes qui perdurent dans la société.

Cependant, aucune étude exhaustive ne permet de savoir ce qui se passe vraiment dans les vestiaires du Québec lorsque vient le temps de sortir du placard... ou d'être contraint d'y rester.

Même si la majorité, soit 70 %, croit que sortir du placard serait sans conséquence, 20 % des répondants estiment que ça influencerait négativement l'appréciation du public à l'égard de l'athlète en cause, tandis que 34 % croient qu'un homme homosexuel aurait moins de chances de succès dans son sport en se déclarant gai. Et mieux vaut pratiquer le tennis que le soccer, sentent les personnes interrogées, qui jugent qu'il est plus difficile de réussir en étant ouvertement gai au sein d'une équipe que dans un sport individuel. Dans la plupart des cas de figure, les Québécois se montrent plus ouverts que les autres Canadiens.

Pour M. McCutcheon, le sport, «c'est le dernier bastion, le plus difficile à rejoindre. [...] C'est comme un monde parallèle qui a un système de valeurs construit sur la performance: on assimile encore à tort l'homosexualité à la faiblesse».

Il ressort également que les Canadiens estiment moins dommageable pour une femme d'afficher son homosexualité que pour un homme. Deux personnes sur trois pensent que la population est prête à accepter une athlète lesbienne, contre une sur deux pour un homme. «Les femmes lesbiennes sont plus valorisées que les hommes gais dans le sport, la fille qui joue au hockey est masculine et forte dans l'imaginaire, alors que le gars, c'est le contraire», analyse M. McCutcheon. «Je suis convaincu que le jour où un joueur de hockey qui compte des buts va s'afficher comme homosexuel, les gens vont l'applaudir», ajoute-t-il.

Le président de Sport Québec, Raymond Côté, comprend mal la pertinence de mener une campagne contre l'homophobie dans le sport, puisqu'il ne rencontre pas ce problème: «jamais», dit-il, on ne lui signale de «situations problématiques». «On côtoie plusieurs sportifs qui sont homosexuels et ne s'en cachent pas. Et ils ne vivent pas de problèmes, je n'entends jamais de commentaires négatifs, affirme-t-il. Si on nous démontrait qu'il y a un problème, on agirait pour les encourager tous, gais ou pas, à faire du sport et aller aussi loin qu'ils le veulent, on ferait une campagne. Mais, ajoute-t-il, rien ne me montre que les jeunes s'excluent à cause de leur orientation.» Qui s'affiche ouvertement? «Je ne peux pas me les nommer...» répond Raymond Côté. La marche serait encore haute entre s'afficher dans son milieu et le faire publiquement, ou encore de se faire le porte-parole de la cause.

Reste que peu de sportifs professionnels, surtout dans les sports d'équipe, osent dévoiler leur homosexualité publiquement, certains abordant le sujet seulement une fois la retraite atteinte, s'ils le font jamais. L'homophobie et la loi du silence existent dans les vestiaires et rendent les gais invisibles dans la communauté sportive, conclut le chercheur Roger G. Leblanc de l'Université de Moncton dans une étude menée en 2007, qui en appelle à la promotion de la diversité.

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