Éducation - Un important examen de médecine souffre de traduction infidèle

Année après année, un important examen pancanadien de médecine continue de donner du fil à retordre aux étudiants des universités francophones en raison de la piètre qualité du français. Le Devoir a appris que l'examen d'aptitude du Conseil médical du Canada, dont la réussite de la partie 1 est un préalable pour la résidence en médecine, comporte toujours des erreurs de syntaxe et de traduction qui alourdissent le sens, quand il ne le change pas carrément.

Myriam Block, étudiante en dernière année de médecine à l'Université de Montréal, a pu le constater lorsqu'elle a fait la première partie de cet examen en ligne, communément appelé EACMC, en début de semaine. «Il y a des erreurs de syntaxe et de sens. Tu vois que c'est moins bien formulé en français», a raconté la jeune femme.

L'exemple le plus frappant est lorsqu'on décrit le cas d'une femme enceinte qui a des saignements et qu'on traduit le mot anglais tissue, qui signifie dans le contexte «tissu néonatal», par «papier hygiénique». «Ça change complètement le sens. Du papier hygiénique, c'est un corps étranger, alors qu'au fond, le vrai sens de la question en anglais est qu'il s'agit d'un avortement spontané», a soutenu Marc Beltempo, ancien président de la Fédération médicale étudiante du Québec, qui a fait l'examen en 2009. «C'est une traduction mot à mot de l'anglais», a-t-il ajouté.

Il déplore qu'année après année, malgré de nombreuses plaintes et de nombreux commentaires, rien n'ait été fait pour corriger les erreurs. «Cette question a été textuellement citée comme chose à corriger dans la section commentaires. [Le Conseil médical canadien] le sait», a-t-il souligné. «Certaines personnes m'ont dit que ça ne servait à rien de lire les questions en français parce qu'elles n'étaient pas claires.»

Durant le segment en avant-midi, par exemple, les candidats à l'EACMC partie 1 disposent de trois heures et demie pour répondre à 196 questions à choix multiples. Avec en moyenne une minute pour répondre à chaque question, dans un climat de stress, les allers-retours entre les deux versions d'examen compliquant la tâche déjà ardue. «La langue n'a pas tellement d'impact sur la réussite, mais il reste que la gestion de l'examen en est affectée. [...] C'est quand même majeur pour une personne qui se trouve dans une situation de stress et qui n'a pas accès à un examen traduit de façon adéquate», a conclu Marc Beltempo.