Des festins pour l'avocat de la FTQ-Construction

Me Robert Laurin représente les intérêts de la FTQ-Construction dans le dossier Dupuis.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Me Robert Laurin représente les intérêts de la FTQ-Construction dans le dossier Dupuis.

L'avocat qui représente la FTQ-Construction dans la présumée fraude de l'ex-directeur général Jocelyn Dupuis serait lui-même mêlé aux dépenses somptueuses de l'ex-syndicaliste, a appris Le Devoir.

On trouve le nom de l'avocat du syndicat, Robert Laurin, sur 3 des 208 factures pour lesquelles Jocelyn Dupuis est accusé notamment de fraude à l'encontre de la FTQ-Construction et de fabrication de fausses factures. L'annotation des factures était faite par M. Dupuis pour indiquer, en justification du remboursement de ses dépenses, avec qui il partageait sa table.

Me Laurin aurait été invité à trois reprises au restaurant par Jocelyn Dupuis lors d'un séjour à Palm Desert, en Californie, en mars 2008. Les trois repas de MM. Dupuis et Laurin, auxquels s'est ajouté un controversé homme d'affaires à une occasion, totalisent la rondelette somme de 4331,64 $ payée à même les cotisations syndicales des membres de la FTQ-Construction.

Malgré cette situation, Me Robert Laurin est responsable d'assurer la défense de la FTQ-Construction et de veiller à ce que les intérêts du syndicat soient protégés dans le dossier Dupuis. «Nous avons toujours confiance en Me Laurin», a indiqué le porte-parole du syndicat, Éric Demers.

Robert Laurin n'est pas un employé de la FTQ-Construction. Il représente toutefois le syndicat dans tous les dossiers, et ce, depuis la fondation de la FTQ-Construction en 1997.

Le 15 mars dernier, Me Laurin accompagnait d'ailleurs l'actuel directeur général de la FTQ-Construction, Richard Goyette, lors d'une conférence de presse au cours de laquelle les deux hommes ont monté le ton devant les critiques et les nombreuses révélations des médias sur des problèmes d'intimidation et de «tordage de bras» au sein du syndicat. Robert Laurin a soutenu qu'il n'était plus question que la FTQ-Construction voie sa réputation malmenée sans réagir. Les menaces de poursuites étaient clairement exprimées.

Aujourd'hui, la FTQ-Construction «ne juge pas approprié de commenter» davantage le fait que Me Laurin étudie un dossier dans lequel il est lui-même visé. Me Laurin n'a pas rappelé Le Devoir.

Factures élevées

Le porte-parole syndical Éric Demers a refusé d'indiquer si le voyage aux États-Unis en mars 2008 était lié à des activités de nature syndicale ni si Me Laurin y était en service commandé.

Quoi qu'il en soit, selon les factures obtenues par Le Devoir, le 11 mars 2008, Jocelyn Dupuis a soupé en compagnie de Robert Laurin au restaurant Castelli's, à Palm Desert. La facture s'est élevée à 1028,60 $, dont 200 $ laissés en pourboire à Mike, le serveur.

Le lendemain, les deux hommes ont mangé ensemble en fin de journée au LG's Prime Steakhouse. Ils en sont ressortis à 21h41 avec une addition de 1542,29 $ payée avec la carte de crédit Visa de M. Dupuis.

Toujours en Californie, le 18 mars 2008, MM. Dupuis et Laurin ont partagé la même table au restaurant Rattlesnake. Ils étaient accompagnés de Louis-Pierre Lafortune comme l'indique la note manuscrite sur l'addition. Les trois convives ont mangé et bu pour un total de 1760,75 $.

M. Lafortune, un homme d'affaires, est l'un des vice-présidents de Grues Guay, la plus importante entreprise du genre au Canada avec sa flotte de 450 grues et ses 12 succursales au Québec. L'entreprise Grues Guay a fait l'objet d'une perquisition par les policiers de la Sûreté du Québec il y a un an en lien avec les problèmes soulevés dans l'industrie de la construction.

Le vice-président visé

Les cotisations syndicales des membres de la FTQ-Construction ont également permis de payer d'autres coûteux repas à M. Jocelyn Dupuis, qui était chaque fois accompagné. Ainsi, le 25 mars 2008, M. Dupuis se trouve encore aux États-Unis. Comme l'indique une facture d'un restaurant de West Hollywood, M. Dupuis a mangé en compagnie de Rénald Grondrin, directeur de l'Association des manoeuvres inter-provinciaux et vice-président du comité exécutif de la FTQ-Construction. S'est joint aux deux syndicalistes, un homme prénommé Benoît. Ensemble, ils ont dégusté des mets italiens au restaurant toscan Ago. Coût total de la soirée: 3342,51 $. Le serveur, Filipo, a empoché un pourboire de 600 $ pour l'occasion.

Le lendemain, le 26 mars, M. Grondin et une autre personne ont partagé la table de Jocelyn Dupuis au Steakhouse Wynn, à Las Vegas. Le souper a coûté 2552,64 $. Le 27 mars, c'est le Bellagio, à Las Vegas, qui a accueilli MM. Dupuis et Grondin. La facture s'est élevée à 948,85 $.

Joint vendredi après-midi, M. Grondin a raccroché le téléphone dès que la journaliste du Devoir s'est présentée.

Avances de dépenses

Le dossier des dépenses de Jocelyn Dupuis ne s'arrête pas là. L'homme qui a pris sa retraite en novembre 2008 avec une indemnité de départ de 140 000 $ aurait également bénéficié d'avances de dépenses de 69 000 $ sur une période de cinq mois en 2008, a révélé RueFrontenac.com.

Selon le journal électronique des lock-outés du Journal de Montréal, Jocelyn Dupuis a reçu huit avances de fonds entre le 28 janvier 2008 et le 20 juin 2008. Ces sommes auraient été empochées par M. Dupuis en plus des dépenses de quelque 125 000 $ en repas, hôtels et transport qui lui ont été remboursées.

Le dossier controversé de ses dépenses effectuées entre décembre 2007 et décembre 2008 a été étalé au grand jour il y a un peu plus d'un an sur les ondes de Radio-Canada par le directeur du syndicat des mécaniciens industriels, Ken Pereira. Ce dernier avait reçu de façon anonyme les factures concernant Jocelyn Dupuis. Il a alors alerté ses collègues des 17 syndicats qui forment la FTQ-Construction, les dirigeants de la FTQ-Construction et même le président de la FTQ, Michel Arsenault.

M. Pereira affirme avoir remis les factures originales à la FTQ-Construction en septembre 2008. Devant le discours public du syndicat qui affirme ne pas avoir en main les factures, M. Pereira est revenu à la charge avec une copie des factures en octobre 2009. À la FTQ-Construction, on continue de soutenir que l'on n'a pas les documents.

Un mandat d'arrestation a été délivré contre Jocelyn Dupuis le 10 mars dernier et il a comparu le 31 mars. Il fait face à trois chefs d'accusation: fraude à l'encontre de la FTQ-Construction, fabrication de fausses factures et incitation à commettre une infraction. Sa cause a été reportée au 10 juin prochain.
4 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 4 mai 2010 09 h 15

    La classe ouvrière

    Il n'y a rien de trop beau pour la classe ouvrière! Quand on de grosses responsabilités, à défaut de bonis, on se bourre la panse.
    Tous les membres de la FTQ Construction doivent être d'accord avec leurs «boss».

  • Hermil LeBel - Inscrit 4 mai 2010 11 h 07

    On croirait rêver

    Non mais où en sommes-nous rendus ?

    Cet avocat Robert Laurin n'a certainement pas l'indépendance ni la probité pour ester en justice au nom de son client complice, si la notion de justice a encore un sens ici bas. Ces gens de la FTQ ne seront déboulonnés de leur socle ancré dans l'arrogance des malfrats qu'au terme d'une véritable enquête publique indépendante menée devant un jury de citoyens souverains. Dalleurs, ils sont les seuls avec les profiteurs politiques du crime d'influence a résister encore à une demande légitime et unanime du reste de la population. Pour combien de temps ?

  • Claude Archambault - Inscrit 4 mai 2010 14 h 16

    C'est pour cela

    C'est pour cela qu'il faut abolir la formule Rand, il faut exigé des vote secret et surveillé par les 2 partis lors de votes d'adhésion ou tout autre vote, établir de quorum pour les votes de grèves.

    Aussi avoir de prévu un terme limite à un syndicat et à tous les termes il devra se faire accréditer par les membres, en vote secret.

    de cette façon, les syndicat auront toujours à se justifier et aussi les employés auront le choix d'adhérer ou non au syndicat.

  • jacknath - Inscrit 4 mai 2010 23 h 01

    excessives?

    Ces dépenses, sont-elles somptueuses ou somptuaires?