Immigrants qualifiés cherchent emploi

Le Québec est champion pour attirer une main-d'oeuvre immigrante qualifiée, mais devient grand perdant lorsqu'il s'agit de les intégrer au marché du travail. C'est ce que permet de conclure une étude publiée par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), qui a compilé des données statistiques notamment sur le taux d'emploi, la langue parlée des immigrants, leur âge et leur pays d'origine pour les comparer avec celles des Canadiens nés au Canada dans trois provinces à haut taux d'immigration comme le Québec, la Colombie-Britannique et l'Ontario.

En 2006, le taux d'emploi des immigrants au Québec était inférieur par 11,4 points à celui des Québécois natifs, soit un écart deux fois plus grand que celui observé dans les deux autres provinces, soit l'Ontario (5 points) et la Colombie-Britannique (5,1). Et ce, même si la part d'immigration totale est beaucoup plus grande dans ces deux provinces qu'au Québec.

Les auteurs de l'étude Immigration au Québec: politiques et intégration au marché du travail, s'attendaient à ce que le Québec présente effectivement un plus grand écart du taux d'emploi entre les immigrants et les Québécois nés dans la province que ses deux rivales. Ils ont aussi observé que les Québécois natifs de la province ont un taux d'emploi élevé (82,6 %) qui est très semblable à celui des Ontariens et des Britannico-Colombiens. «Alors, on pourrait d'abord penser que cette grande différence du taux d'emploi [entre les immigrants et les non-immigrants] au Québec est attribuable à une moins bonne performance d'intégration des immigrants sur le marché du travail», a analysé Maude Boulet, doctorante en relations industrielles à l'Université de Montréal et coauteure de l'étude avec son directeur, Brahim Boudarbat.

Pourtant, les immigrants du Québec sont parmi les plus qualifiés et leur niveau de scolarisation a même crû de façon phénoménale en 25 ans, constatent les chercheurs dans leur étude. La proportion des immigrants récents du Québec (âgés de 25 ans et plus) qui détiennent au moins un baccalauréat est passée de 15,4 % en 1981 à 51 % en 2006.

Et non seulement les nouveaux arrivants du Québec sont-ils les moins nombreux à ne pas connaître les deux langues officielles du pays, mais ils sont également très nombreux à maîtriser le français, soit 60,4 % des immigrants admis au Québec en 2008. Enfin, les immigrants du Québec font aussi de plus en plus partie de la tranche la plus active sur le marché du travail.

Tetchena Bellange a constaté ce paradoxe en réalisant son court-métrage documentaire Médecins sans résidence, sur les difficultés qu'éprouvent les médecins diplômés à l'étranger à se trouver un emploi au Québec. «J'ai rencontré beaucoup de gens déçus. Ils parlent parfaitement français et viennent en attendant un an, deux ans, trois ans et n'arrivent pas à travailler», a dit la jeune femme, dont le film est disponible depuis hier sur le site de l'ONF. «J'avais en tête le cliché du médecin devenu chauffeur de taxi, mais j'ai vu qu'il y avait des médecins dont on reconnaissait les équivalences, mais pour qui ça bloquait encore.»

L'intégration... pire au Québec

Selon l'étude, une bonne intégration des immigrants sur le marché du travail dépend beaucoup de leur région d'origine, du lieu d'obtention de leur diplôme et de leur âge à l'arrivée au Canada. Ainsi, les chercheurs ont remarqué que ce sont les immigrants originaires de l'Afrique du Nord (Maghreb) et du Moyen-Orient qui ont le plus de mal à intégrer le marché du travail au Québec. Dans les deux autres provinces de l'étude, qui s'en tirent mieux sur le plan de l'intégration, les immigrants viennent majoritairement d'Asie. «Effectivement, au Québec [...] on remarque que ce sont les immigrants venant de l'Afrique du Nord qui s'intègrent le moins bien au marché du travail, avec un taux de chômage de 19 %», a dit Mme Boulet en marchant sur des oeufs. «Mais cela ne veut pas du tout dire qu'il ne faut pas accepter d'immigrants d'Afrique du Nord ou dire que c'est leur faute. Mais on peut avancer le fait que ces immigrants subissent plus de discrimination à l'emploi», a-t-elle précisé.

L'étude révèle également que c'est au Québec que le lieu d'obtention du diplôme pénalise le plus les immigrants. Ceux qui avaient acquis un diplôme à l'étranger accusaient un recul de 18,9 points de pourcentage de leur taux d'emploi par rapport aux natifs, comparativement à 8,6 points en Ontario et 10,2 points en Colombie-Britannique. Et même s'ils obtiennent un diplôme canadien, les immigrants du Québec sont encore les plus désavantagés sur le marché de l'emploi par rapport aux Québécois natifs.

Mme Boulet fait remarquer que l'étude a des limites économétriques, car elle n'a pas tenu compte du taux de scolarisation des immigrants dans chaque province, par exemple. Elle doute toutefois que cette variable ait une influence sur le faible taux d'emploi des immigrants au Québec puisque leur taux de scolarité est plutôt élevé.

Par ailleurs, la doctorante souligne la pertinence d'avoir comparé les trois provinces. «Le Québec est la seule province qui ait une grille de sélection d'immigrants, avec ses propres critères, différents de ceux du fédéral que suivent les autres provinces canadiennes», a fait remarquer Mme Boulet. C'est signe que la grille fonctionne et que le gouvernement a un réel pouvoir puisqu'il réussit à attirer des immigrants selon ses critères. À lui de voir comment il peut mener à bien leur intégration, suggère-t-elle.
19 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 8 avril 2010 07 h 18

    L'explication de Marie McAndrew

    «La semaine passée, mercredi, j'ai passé un coup de fil à Marie McAndrew, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l'éducation et les rapports ethniques de l'Université de Montréal.
    D'abord, note-t-elle, il y a la difficulté de l'équivalence des diplômes. Le Québec privilégie des immigrants issus de la francophonie. «L'ingénieur qui débarque de Chine ou d'Inde possède un diplôme, par exemple, plus reconnu que celui d'un ingénieur d'Afrique noire. C'est un facteur.»

    Second facteur: la langue. «Nous avons 20% d'immigrants non sélectionnés, des réfugiés ou des gens de la famille d'immigrants choisis. S'ils parlent anglais, c'est très dur de fonctionner à Montréal.»

    L'immigrant maghrébin ou congolais qui, lui, parle français, se cogne le nez sur l'autre côté de la porte linguistique. «Dans l'immigration sélectionnée francophone, dont 70% est francophone, la connaissance de l'anglais est souvent rudimentaire, constate Mme McAndrew. C'est un obstacle. Surtout s'ils cherchent un emploi dans le privé.»

    Troisième facteur: ce que la prof McAndrew appelle la masse critique en entreprise. «C'est un principe de management: on embauche ceux qui nous ressemblent. Dans le cas des femmes, c'est quand les organisations ont atteint 30 à 40% de femmes, une masse critique, que ces organisations ont commencé à changer leur attitude d'embauche face aux femmes.»

    Patrick Lagacé

    Note: en fait, ce n'estpas 20% mais 40% des immigrants qui débarquent au Québec qui ne sont pas sélectionnés, mais nous sont imposés via les programmes de réfugiés et de réunifications familiales. Or, ce groupe reste plus que les sélectionnés, fait qu'en bout de ligne la majorité des immigrants qui restent au Québec ne sont pas sélectionnés mais nous sont imposés. Évidemment on ne parle jamais de cela. On continue à nous leurrer avec l'entente Collen-Couture, avec "le Québec est maitre de son immigration".

  • Bernard Terreault - Abonné 8 avril 2010 11 h 35

    Contradictions

    Nos "élites" économiques et politiques nous répètent que le manque de main-d'oeuvre présent et à venir est si énorme que seule l'immigration peut combler le vide et nous éviter le désastre économico-démographique qui nous guette. Comment se fait-il alors qu'il y ait encore 8% de chômage au Québec ? Oh, répond-t-on, c'est que ces chômeurs sont inemployables, sans instruction ou paresseux. Mais alors, pourquoi tous ces immigrants-chômeurs diplômés ? La réalité est que les employeurs pensent qu'ils ont intérêt à ce qu'il y ait un fort taux de chômage, cela fait baisser les salaires et autres conditions de travail. Mais ce comportement apparemment rationnel coûte cher à tous, y compris à ces employeurs, en aide sociale, en assurance-chômage, et même en criminalité et autres problèmes sociaux. Les "élites" se tirent dans le pied. Pourtant, l'exemple de ces pays qui combinent à la fois de hauts salaires moyens, un niveau de vie élevé basé sur la produstion de produits de haute technologie, un faible taux de criminalité, une population en santé et une grande stabilié politique montre que l'élément-clé du succès est le niveau d'instruction de sa population -- et pour cela il faut investir dans l'école avant toute chose, avant même les fameuses "infrastuctures" et les subventions aux entreprises.

  • jacques noel - Inscrit 8 avril 2010 12 h 20

    @M. terreau

    Vous touchez à une partie du problème. Comment expliquer qu'avec 370,000 chomeurs (dont 70,000 immigrants) et 266,000 assistés sociaux aptes au travail (dont 66,000 immigrants) bref, avec 636,000 personnes sur le carreau, dont 136,000 immigrants, le Québec ait besoin de 50,000 nouveax immigrants par année "pour combler ses problèmes de main-d'oeuvre"?????

    On est face à un immense mensonge, une gigantesque fraude intellectuelle, que je me tue à dénoncer depuis des années!

  • T. Julien - Inscrit 8 avril 2010 12 h 33

    P.V.I.

    Immigration: Accord Canada-Québec du 5 février 1991

    Paragr. 'D' Réfugiés (Articles 17 à 20)

    Comme par le passé, le Canada est seul responsable du taitement des revendications du statut de réfugié.

    Le Qc choisit ceux qui, à son avis, sont les plus à même de s'établir au Qc. L'Accord ajoute un "droit de veto explicite" à propos de l'admission des réfugiés, que ne renfermerait pas l'Entente Couture-Cullen.

    Le Canada n'admet pas un réfugié à destination du Qc "qui ne répond pas aux critères de sélection du Québec.

  • Sebastian Sajaroff - Inscrit 8 avril 2010 12 h 39

    Commentaires...

    Bonjour,

    Juste quelques commentaires à propos des immigrants «imposés»

    1. Réfugiés :

    Un bon pourcentage d'entre eux restent ici quelques mois ou
    quelques années, et ensuite, vont changer de pays, ou bien, ils
    vont rentrer chez eux.

    En plus, la plupart des réfugiés ne peuvent pas travailler, leur visa
    est assez restrictif à ce sujet; donc, ils n'ont pas d'effet sur le
    marché du travail.

    2. Parrainés

    Vous ne pouvez parrainer que votre conjoint, vos enfants à charge,
    vos parents et vos grands-parents. C'est tout.

    Vous ne pouvez pas parrainer vos frères et soeurs, vos cousins, etc.

    http://www.cic.gc.ca/francais/immigrer/parrainer/i

    Les parents d'un immigrant de 35 ans ont typiquement de 60 à 70
    ans, donc ils n'auront aucun impact sur le marché du travail, ils
    deviennent plutôt une charge financière pour leur famille d'accueil.

    En plus, les parrainés n'ont pas le droit de demander de l'aide
    financière au gouvernement.

    3. Et les immigrants qui quittent le pays?

    Finalement, on parle tout le temps des immigrants qui arrivent au
    pays, mais jamais de ceux qui le quittent.

    Faut pas croire que tous les immigrants (soit permanents, réfugiés
    ou parrainés) vont rester ici «ad vitae aeternam»; j'ignore les chiffres
    officiels, mais il y a un bon pourcentage qui quitte le pays quelques
    années plus tard.

    Sebastian Sajaroff