Voile: le ROC appuie Charest

Les Québécois, mais aussi les Canadiens du Rest of Canada (ROC), appuient massivement le choix du gouvernement de Jean Charest d'obliger toute personne qui reçoit ou dispense des services de l'État de le faire à visage découvert.

Presque tous les Québécois (95 %) et huit Canadiens sur dix accueillent favorablement le projet de loi 94 établissant les balises encadrant les demandes d'accommodements, selon un sondage Angus Reid commandé par le quotidien The Gazette.

«Très rare»

«C'est très rare que 80 % des Canadiens soient d'accord sur quelque chose», a fait remarquer le vice-président des affaires publiques de la firme de sondages Angus Reid, Mario Conseco, à The Gazette.

Le projet de loi ne suscite pour ainsi dire pas la controverse, constate-t-il.

Quelque 83 % des hommes sondés au pays approuvent le projet de loi, soit 5 % de plus que la proportion de femmes qui le cautionnent.

Le gouvernement du Québec a déposé mercredi dernier un projet de loi qui prévoit que, dorénavant, les services gouvernementaux se donneront et se recevront à visage découvert. Ainsi, les femmes portant le niqab ou la burqa devront se dévoiler devant un fonctionnaire, et ce, peu importe son sexe.

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, reçoit donc l'appui quasi unanime des Québécois. À peine 2 % des personnes sondées désapprouvent fortement le choix de la laïcité ouverte fait par son gouvernement.

Le ROC, sur la même longueur d'onde que le Québec

À l'extérieur du Québec, la décision de refuser d'offrir des services gouvernementaux à des personnes qui ont le visage couvert profite de l'appui de 82 % des Albertains et de 77 % des Ontariens. Elle s'est aussi attiré la faveur de 73 % des résidants des provinces maritimes et celle de 70 % des Britanno-Colombiens. Le projet de loi présenté par la ministre de la Justice, Kathleen Weil, a toutefois reçu un accueil mitigé de la part des Manitobains et des Saskatchewanais (65 %).

Dans la foulée du dévoilement des nouvelles balises encadrant les demandes d'accommodements, l'éditorialiste émérite du Toronto Star, Haroon Siddiqui, a comparé — comme quelques-uns de ses homologues avant lui — le Québec à des États totalitaires. «En Arabie Saoudite, en Iran et dans des parties de l'Afghanistan sous le contrôle des talibans, la police ou des milices organisées répriment sévèrement [crack down] les femmes qui ne portent pas le niqab ou la burqa. Au Québec, les autorités veulent réprimer sévèrement les femmes qui [les portent]», a écrit M. Siddiqui dans l'édition d'hier du quotidien torontois. «Plus triste encore, Québec n'est pas seulement en marge du Canada, mais a pris un pas intolérant devant de l'Europe, la maison historique de l'islamophobie», a-t-il ajouté.

Les libéraux fédéraux d'accord

Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, affirmait vendredi trouver «tout à fait ridicule [...] de dire que les Québécois sont plus intolérants que les autres», estimant que le Québec avait trouvé un juste équilibre. Plus de 81 % des libéraux fédéraux partagent son point de vue, selon le coup de sonde d'Angus Reid.

Les conservateurs et les néodémocrates appuient quant à eux la réplique du gouvernement du Québec aux critiques formulées en raison de l'absence de directives claires concernant les accommodements religieux respectivement à hauteur de 86 % et 75 %.

Pour sa part, le président du Conseil musulman montréalais, Salam Elmenyawi, estime que le projet de loi 94 représente une «époque sombre pour à la fois le Québec et le Canada, une période où les gouvernements légifèrent à l'encontre des minorités religieuses et où la xénophobie triomphe au profit de la tolérance».

«Il serait intéressant de voir quelle proportion des personnes qui se sont prononcées en faveur de l'interdiction [du voile] ont déjà interagi avec une femme portant le niqab, et qui ont pu se forger une opinion basée sur une expérience concrète plutôt que sur les stéréotypes qui sont véhiculés autour d'elles», a ajouté M. Elmenyawi.

Ce sondage a été réalisé en ligne auprès de 1004 répondants jeudi et vendredi. Un échantillon probabiliste de la même taille présente une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.

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