Barrick Gold empêche la publication d'un livre

Le geste est pour le moins inusité. La société aurifère Barrick a fait parvenir en février une mise en demeure aux auteurs, à l'éditeur et aux traducteurs d'un livre à paraître plus tard cette année et qui devait mettre en lumière les pratiques douteuses dont se rendraient coupables des entreprises minières canadiennes. Le projet, qui n'en était pourtant qu'à l'étape de manuscrit à retravailler, ne verra finalement jamais le jour, l'éditeur ayant tout annulé.

Ce livre, qui devait être publié en anglais sous le titre Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World's Mining Industries, était un ouvrage collectif. Il devait s'attarder, selon le résumé mis en ligne sur le site de l'éditeur Talon Books, à démontrer que le Canada est un véritable «paradis judiciaire» pour l'industrie extractive puisqu'il n'oblige pas ses sociétés à rendre des comptes. Celles-ci bénéficieraient notamment de largesses pour utiliser les paradis fiscaux, en plus de recevoir de généreuses subventions fédérales. Craignant les conséquences juridiques liées à la publication d'un tel ouvrage, l'éditeur en a annulé la publication.

Noir Canada

Cette histoire — dénoncée dans un texte publié aujourd'hui en page A 9 du Devoir — n'est pas sans rappeler la poursuite de six millions de dollars que Barrick a intentée contre la maison d'édition Écosociété et les auteurs du livre Noir Canada, qui fait état de nombreux abus qu'auraient commis des sociétés minières canadiennes en Afrique. La multinationale fait d'ailleurs largement référence à cette affaire actuellement devant les tribunaux dans sa mise en demeure, dont Le Devoir a obtenu copie. Fait à noter, ledit document a été expédié à Écosociété, qui ne collaborait pourtant pas au projet de livre.

«Republier, de quelque façon que ce soit, les affirmations fausses ou diffamatoires qui ont été publiées à l'origine dans Noir Canada sans faire le moindre effort pour contacter Barrick ou pour vérifier l'exactitude de ces accusations serait manifestement inéquitable et inapproprié, particulièrement dans les présentes circonstances, alors qu'il n'y a aucun besoin pour vous de répéter ces accusations fausses au sujet de Barrick et que vous avez déjà publiées dans un autre ouvrage», fait-on valoir dans le document envoyé à trois des auteurs, qui sont en outre les coauteurs de Noir Canada.

Demandes

Barrick y demande par ailleurs aux auteurs de «fournir une copie de toute portion du manuscrit ou du texte d'Imperial Canada Inc. qui ferait référence, directement ou indirectement, à Barrick, à Sutton Ressources Ltd., à l'une de leurs filiales ou sociétés affiliées, ou à l'un de leurs administrateurs ou dirigeants, qu'ils soient anciens ou actuels [...]». On invite aussi les auteurs à s'assurer que le contenu est «rigoureusement exact avant que le livre ne soit lancé» et à ne pas reprendre «le contenu diffamatoire» publié dans Noir Canada.

En cas de refus de se conformer à cette demande, Barrick se réservait le droit d'intenter des «procédures judiciaires (incluant des procédures en injonction)» qui auraient pu viser les auteurs ou «toute autre personne qui aura joué un rôle dans la rédaction, la traduction, la publication, la diffusion ou la promotion» du livre.

«On en est à s'en prendre à des traducteurs qui travaillent à un manuscrit, qui lui-même est en cours de réalisation, pour un projet qui n'est pas complètement défini. Faut le faire», a commenté une des personnes visées par la mise en demeure.
7 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 25 mars 2010 08 h 11

    Un jour ou l'autre...

    Éventuellement, le vent va tourner et va vérité finira par éclater.

  • Hermil LeBel - Inscrit 25 mars 2010 09 h 47

    Paradis judicaire pour les escrocs corporatifs

    Le corporatisme malsain contient le germe du fascisme. La corruption judiciaire au Canada est un sujet qui fait la manchette depuis plusieurs années. Du haut du pont Jacques-Cartier, les militants de Fathers-4-Justice réclamaient la tenue d'une commission royale d'enquête sur l'administration de la justice au Québec, déjà en 2005. Cette demande toujours d'actualité a cependant été tournée en dérision par les médias de masse à la solde de puissants intérêts corporatifs.

    Et si des sociétés délinquantes du type Barrick Gold peuvent ainsi piller les ressources de la planète en achetant des concessions riches en minéraux à des dictateurs corrompus, c'est précisément parce que ces sociétés savent ne rien avoir à craindre du système de justice local. Plusieurs anciens premiers ministres Canadien et Georges Bush Sr siègent sur le CA de Barrick Gold. Ce sont ces mêmes politiciens qui ont nommés leurs amis et associés au rang de juge pour faire le sale travail de justice au mépris des règles de droit et de leur serment d'office. Le ménage pour être efficace doit s'attaquer à la racine du mal et nécessairement englober le système de justice complaisant envers les délinquants corporatifs ayant leur base au Canada.

  • Andre Gignac - Inscrit 25 mars 2010 10 h 59

    André Gignac (Inscrit) REDEVANCES MINIÈRES

    Saviez-vous que les compagnies minières au Québec n'avaient payé que seulement 27,4 millions$ de redevances au Trésor québécois pour la dernière année? Autre preuve que les riches ne paient pas assez d'impôt au Québec. Avis au ministre Bachand.

    André Gignac le 25 mars 2010

  • Renaud Blais - Inscrit 25 mars 2010 11 h 29

    Soyons modérés

    Mon idée n'est pas claire sur la question. Sauf que un très grand nombre de mes amiEs, croient qu'étant donné les comportements complètement inacceptables, anti écologiques et anti humains des minières CANADIAN, au pays et à l'étranger, nous devrions, nationaliser les ressources naturelles.
    Sans aucune compensation étant donné que les actionnaires de celles-ci doivent déjà avoir un excédant dans leur tour de taille...
    Renaud Blais
    Québec

  • Stéphane Martineau - Abonné 25 mars 2010 12 h 20

    Devant la loi...

    Nous ne sommes pas tous égaux...certains (toujours les mêmes) ont le pouvoir d'infléchir les lois - ou les procédures - à leur avantage...les grandes entreprises sont trop souvent des voleurs dont le vol est rendu légal par la complicité des États...et leur puissance leur permet de faire taire quiconque veut s'opposer à elles....Nous assistons depuis plus de 20 ans à une déconstruction des sociétés démocratiques au profit du seul marché (dominé par quelques grands), le fascisme néo-libéral ou religieux (les 2 pouvant s'accommoder l'un de l'autre) nous fait courir de grands risques. La folie anti-démocratique, anti droits de la personne, totalitaire, qu'a connue l'Europe des années 30-40 peut revenir partout sur le globe et sous de multiples visages.