L’érable ne meurt pas de pluies acides mais de l’effet de serre

Version abrégée d'un texte publié le 5 juin 1990.

Le dépérissement des érables du Québec et de l’Est de l’Amérique s’explique davantage par l’effet de serre que par les pluies acides, affirme Allan Auclair, un chercheur du Centre fédéral de foresterie des Laurentides.

M. Auclair doit présenter le résultat de ses recherches sur cette question au 19e congrès mondial de foresterie qui réunira à Montréal, entre le 5 et le 11 août, plus de 2000 scientifiques provenant de 102 pays. Plusieurs sujets «chauds» seront à l’ordre du jour, en particulier le débat sur les conséquences de cet «effet de serre» sur les forêts du globe, un phénomène lui-même causé en partie par la déforestation galopante d’à peu près tous les pays du globe.

M. Auclair ne nie pas que les pluies acides puissent jouer un rôle dans le dépérissement des érablières, tout comme son collègue Clarence Coons, du ministère ontarien de l’Agriculture, qui identifie 14 problèmes susceptibles d’affecter simultanément ou séparément la santé des érables.

Mais, estime M. Auclair, le dérèglement des saisons causé par l’effet de serre pourrait bien être à l’origine des dommages qui ont commencé à se manifester dans les érablières partout dans la province à compter de 1981. C’est cet hiver-là, note-t-il, que le Québec et une partie de l’Est américain ont connu en février un dégel important comme on en connaît normalement en avril ou en mai. Le froid intense qui a suivi a gelé les troncs qui commençaient à se gorger de sève, ce qui les a fait éclater par l’intérieur, provoquant des lésions dont les effets se sont fait sentir pendant plusieurs années par la suite.

L’effet de serre, on s’en souviendra, est le résultat de l’accumulation dans la haute atmosphère de gaze de différentes natures, principalement du gaz carbonique engendré par la combustion massive d’Hydro-carbures depuis un siècle. Ces gaz dits «de serre» laissent les rayons du soleil atteindre le sol, mais ils ne peuvent évacuer vers l’espace le rayonnement calorifique provoqué par cette accumulation de chaleur. Comme le fait une vitre dans une serre.

Les médias ont surtout retenu du phénomène qu’il a provoqué depuis 100 ans un réchauffement de la planète d’environ 1 degré Celsius et qu’il pourrait, d’ici 50 ans, hausser le climat de la planète de 2,5 à 4,5 degrés Celsius. La communauté scientifique ne fait toutefois pas consensus sur la sévérité éventuelle du phénomène.

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Selon M. Auclair, le redoux de l’hiver 80-81 a d’autant plus de chances d’expliquer le mal qui a frappé les érables du Québec que des phénomènes similaires ont touché d’autres espèce à d’autres époques dans des conditions semblables.

 Le XXe siècle, précise le chercheur, a connu trois épisodes «graves» de dépérissement d’espèces feuillues. Les frênes noirs en 1927 et les merisiers en 1937 ont, en effet, subi des dommages similaires à ceux des érables à sucre en 1981.

 Depuis la moitié des érables du Québec affiche des dommages certains et pas moins de 15 % de tous les érables en sont morts avec des variances selon les régions. Depuis un an ou deux, les chercheurs notent une faible amélioration comme si la nature reprenait ses droits. D’autres espèces, comme le frêne blanc, le hêtre, le tilleul, le merisier et l’érable rouge, ont aussi subi des dommages jugés sérieux globalement, qu’on pourrait probablement expliquer de la même façon.

Selon M. Auclair, les blessures subies par les arbres en 1981 ont ‘autant plus de chances de s’expliquer par le dérèglement du climat que par les pluies acides qu’on observe le même phénomène dans d’autres régions du globe… qui ne sont pas affectées par les pluies acides. C’est notamment le cas de la côte sud-ouest de l’Alaska.

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Version abrégée d'un texte publié le 5 juin 1990