62 % des Canadiens diraient oui à la peine de mort

Ottawa — Les Canadiens se sont-ils laissés convaincre par Stephen Harper qu'il fallait être intraitable envers les criminels ou est-ce les conservateurs qui se font l'écho de la population? Une chose est certaine: les citoyens canadiens sont maintenant de plus en plus nombreux à croire qu'il faut imposer des peines minimales aux délinquants et privilégier la prison plutôt que la réhabilitation. De plus, 62 % des gens — et 69 % des Québécois — voudraient rétablir la peine de mort pour punir les meurtriers.

Un nouveau sondage effectué par la maison Angus Reid vient brosser un portrait un peu surprenant de la société canadienne. Le mythe voulant que les Canadiens soient moins enclins au sentiment de vengeance et plus ouverts à des méthodes alternatives pour endiguer le crime que d'autres populations n'est peut-être que cela: un mythe.

Selon le sondage mené en août 2009 auprès de 1000 répondants au Canada, autant aux États-Unis et 3054 en Grande-Bretagne, on découvre que 65 % des Canadiens croient que les peines minimales envoient un signal dissuasif aux criminels potentiels. Le pourcentage s'élève à 67 % aux États-Unis, et à 63 % en Grande-Bretagne. Quant à savoir si les longues peines de prison permettaient de dissuader les criminels, 62 % des Canadiens ont dit oui, contre 57 % des Américains et 74 % des Britanniques. Si 79 % des Canadiens croient que la réhabilitation des criminels est importante, ils ne sont pas moins de 70 % à penser que des peines sévères contribuent à prévenir le crime.

Le chiffre qui retiendra toutefois l'attention concerne la peine de mort. Au Canada, 62 % des répondants ont dit qu'ils la trouveraient moralement acceptable dans le cas de meurtre, et 31 % dans le cas de viol. Aux États-Unis, les plus fervents défenseurs de la peine capitale, les taux sont respectivement de 84 % et de 62 %. Le taux d'appui à la peine de mort diminue pour les cas de kidnapping (17 %) et de vol à main armée (6 %, contre 40 % aux États-Unis). La marge d'erreur du sondage est de 3,1 %, 19 fois sur 20.

Le coup de sonde démontre par ailleurs une statistique intéressante: au Québec, l'appui à la peine de mort est plus élevé que dans le reste du pays, à 69 % pour les cas de meurtre. Historiquement, l'appui québécois était de 10 points de pourcentage sous la moyenne nationale. Comme l'échantillon québécois est plus restreint, la marge d'erreur dans ce cas-ci est de 6,1 %, 19 fois sur 20.


Appui cyclique

La faveur populaire envers la peine de mort, abolie en 1976 au Canada, varie beaucoup d'une année à l'autre. Le sommet a été atteint en 1984, avec 71 %. En 1987, en plein débat à la Chambre des communes sur le rétablissement de ce châtiment suprême, l'appui s'élevait à 61 %. Il a diminué progressivement, puis a rebondi en 1995, à 69 %. Il était redescendu depuis, pour atteindre un creux en 2004 à 48 %.

«Il existe un cycle de la peur, indique le sondeur Andrew Grenville, responsable du sondage chez Angus Reid. Lorsqu'un gouvernement dit qu'il sera sévère envers le crime, qu'il imposera des sentences minimales pour certains crimes et qu'il poursuit en général un ordre du jour touffu en matière de justice criminelle, cela alimente la peur.»

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a piloté des dizaines de projets de loi instaurant des peines de prison minimales pour certaines catégories de crimes, resserrant l'accès aux peines avec sursis (purgées dans la communauté) ou encore rendant plus difficiles à obtenir les libérations conditionnelles. Le ministre de la Sécurité publique avait reconnu que cette panoplie de lois forcerait Ottawa à construire de nouvelles prisons.

L'opinion publique concernant ces peines minimales est particulièrement révélatrice, indique par ailleurs le sondage Angus Reid. Aux États-Unis, où ce régime existe depuis longtemps, 72 % des gens croient que les personnes commettant des crimes mineurs risquent d'être punies trop sévèrement à cause des peines minimales. En comparaison, ce taux n'est que de 55 % au Canada, le plus bas des trois pays.

«Même aux États-Unis, les juristes républicains commencent à dire que ça suffit, les peines minimales, explique Errol Mendes, professeur de droit constitutionnel et international qui s'intéresse à l'éthique du gouvernement en matière de justice. Certains juristes croient même que ces peines contribuent à la récidive en punissant trop sévèrement les petits criminels, qui s'endurcissent ensuite.»

Les peines minimales sont en général critiquées par le milieu légal parce qu'elles ont tendance à multiplier le «plea bargaining», ces tractations de coulisse engagées pour retirer les accusations débouchant sur ces peines en échange d'une reconnaissance de la culpabilité à des accusations moins sévères.

Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, n'a pas voulu commenter le sondage hier. Le gouvernement conservateur a souvent répété qu'il n'avait pas l'intention de rouvrir le débat sur la peine de mort au Canada.

Selon son critique libéral, Dominic Leblanc, ce sondage démontre que «le gouvernement a réussi à faire peur aux Canadiens en exagérant les problèmes de sécurité dans les communautés».
76 commentaires
  • Dominique Châteauvert - Inscrite 23 janvier 2010 00 h 32

    Ce n'est pas de la vengeance

    Je suis soulagée d'apprendre que je fais partie des 69% de Québécois en faveur de la peine de mort pour les meurtriers.
    Le sujet étant tabou je me croyais la seule.
    Ce n'est pas pour moi une question de vengeance ou de dissuasion,
    J'y perçois une plus grande justice et une gestion plus efficace des ressources financières et humaines de notre société.

    Pour chaque condamnation, une somme équivalente à une peine d'emprisonnement à vie pourrait être remise à une fondation dédiée à l'éducation des enfants et des adolescents, et ce au nom de la personne condamnée.

    En ce qui concerne la cruauté de la mise à mort, je n'ai jamais compris pourquoi l'anesthésie générale, identique à celle que l'on reçoit pour une opération chirurgicale, ne pouvait pas être administrée pour prévenir la douleur.

    Il y a des enfants qui manquent de tout pendant que des meurtriers et des violeurs, dont les crimes ont été dûment confirmés par des tests d'ADN, font des poids et haltères. Les pénitenciers sont si surchargées qu'on les met rapidement à la porte, sans aucune garanti de non récidive,
    Je défie quiconque de m'expliquer la logique du système actuel sans me parler des enfants pauvres, des adolescents laissés pour compte et des victimes abandonnées aux mains des récidivistes.

  • Normand Carrier - Inscrit 23 janvier 2010 07 h 13

    Attendons d'autres sondages .....

    Cela semble un revirement spectaculaire sur tous les sondages parus depuis vingt ans ! Au premier coup d'oeil , on serait porter a conclure que ce sondage s'est limité a la région de Québec , Bas Saint Laurent et Beauce !

  • Olivier Rene - Inscrit 23 janvier 2010 08 h 52

    Non à la peine de mort

    Il faut davantage qu'un sondage populaire pour déterminer tout le poids moral et éthique d'une telle orientation pour une société.

    Personnellement, je m'oppose à toute forme de violence gratuite. Je m'oppose également à des idées qui confondent justice et gestion efficace des finances de l'État.

    Permettre la peine de mort, c'est également faire naître une culture de la punition qui, par ricochet, fait bien plus que générer de la peur de la conséquence des actes criminels. Elle porte le risque de développer une intolérance sociale envers tout ce qui est marginaux et qui ne réponds de la droiture et de renforcer une peur de l'autre.

    Nous avons le luxe au Canada, au Québec, de ne pas répondre de cette américanisation de la pensée et de la criminalité. Je ne peux expliquer la logique de notre système actuel cependant, je ne crois pas qu'un système pénale qui permettrait la peine de mort réduirait la criminalité.

  • Pierre Rousseau - Abonné 23 janvier 2010 08 h 56

    Vengeance primaire.

    La peine de mort c'est le retour au bon vieux oeil pour oeil, dent pour dent. Je croyais qu'en tant que société nous avions passé ce stage mais il semble que non. Je ne souhaite à personne de ces 62% de gens favorables à la peine de mort d'être eux-mêmes victimes d'une erreur judiciaire mais c'est une éventualité très possible dans un système judiciaire quand même assez faillible. Nous avons connu plusieurs cas de condamnations erronées ces dernières années qui auraient entraîné la peine de mort si elle avait été appliquée et des innocents auraient péri par erreur.

    N'oubliez surtout pas que le système judiciaire pénal est géré par des hommes et des femmes qui font tout leur possible mais qui demeurent faillibles. Souvent, la preuve de la poursuite repose sur les épaules de témoins fragilisés par un événement traumatisant. C'est très rare qu'il y a une vidéo du crime... Alors les risques d'erreur demeurent.

  • Yves Petit - Inscrit 23 janvier 2010 09 h 09

    La peine de mort existe déjà

    Toutes nos sociétés occidentales, pas seulements les États-Unis, appliquent actuellement la peine de mort. Sauf que c'est une peine de mort pour innocents. En effet, au nom de la liberté, nous mettons à mort nos enfants non désirés.

    En bons hypocrites que nous sommes devenus, nous épargnons les pires criminels, vendeurs de drogues, violeurs, pornographes et autres vermines que nos sociétés matérialistes ont multipliés.

    Oui à la peine de mort pour la vemine. Faisons tout ce qui est possible pour maintenir la vie et trouver des parents aux foetus non-désirés.