Bouchard veut relancer le débat sur l'intégration

Gérard Bouchard
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gérard Bouchard

Le débat sur l'intégration des immigrants et sur le modèle que le Québec devrait mettre en place pour assurer le respect entre les différentes communautés va prendre de l'ampleur dans les prochains mois. L'historien et sociologue Gérard Bouchard organise un grand symposium international autour du concept d'interculturalisme. Le gouvernement du Québec et le Conseil de l'Europe vont parrainer l'événement, ce qui lui donne un caractère plus officiel, a appris Le Devoir.

Gérard Bouchard, sociologue et coauteur du rapport Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, annoncera les détails de ce rendez-vous international en mai prochain. Depuis des mois, une équipe de 12 personnes travaille à organiser le symposium, auquel vont participer des chercheurs, politiciens, philosophes et professeurs du monde entier.

La conférence de presse prévue en mai sera le coup de départ d'une année de débats et de réflexions autour de l'intégration des immigrants et de l'interaction entre la société d'accueil et les communautés ethniques. Selon nos informations, le symposium aura lieu en mai 2011, soit à la fin d'un programme d'activités qui s'échelonnera sur 12 mois.

Le thème central de ce rendez-vous international sera l'interculturalisme, un concept mis en avant par Gérard Bouchard et Charles Taylor dans leur rapport sur les accommodements raisonnables, paru en mai 2008. Il s'agit d'une approche qui se situe entre le multiculturalisme canadien et les régimes républicains. Dans le rapport Bouchard-Taylor, on peut lire: «Le multiculturalisme accorde la priorité à la diversité, tandis que les régimes républicains, en refoulant les différences ethnoculturelles et en les laissant en marge, donnent préséance à ce qu'on pourrait appeler la culture fondatrice (en gros, celle de la société d'accueil ou du groupe ethnoculturel majoritaire).»

Le rapport Bouchard-Taylor décrit l'interculturalisme comme «une façon de promouvoir les rapports ethnoculturels caractérisée par les interactions dans le respect des différences». Une façon, disent les auteurs, de préserver le «noyau francophone» tout en évitant la ghettoïsation des immigrants.

Une position qui a été rejetée par certains sociologues — notamment Jacques Beauchemin — qui estiment ce concept très semblable à celui du multiculturalisme canadien dont le Québec a souvent pris ses distances.

Il a été impossible hier d'obtenir les commentaires de Gérard Bouchard, qui enseigne à l'Université du Québec à Chicoutimi. Une source bien au fait de la préparation du symposium a toutefois expliqué au Devoir que l'interculturalisme doit être «mieux expliqué», «mieux développé» et que le symposium permettra non seulement une sensibilisation du public à ce concept, mais également une meilleure compréhension de l'application de l'interculturalisme dans la vie de tous les jours.

Le Conseil de l'Europe et le gouvernement du Québec sont partenaires de cet événement, ce qui lui donnera de l'ampleur. «L'interculturalisme est une idée québécoise qui n'existe pas ailleurs. En Europe, il y a une grande curiosité. Tout le monde réfléchit sur la meilleure façon d'intégrer les immigrants», explique cette source.

La première salve

D'ailleurs, dans une lettre qu'il publie aujourd'hui dans notre page Idées (A7), Gérard Bouchard affirme que le Québec doit aller plus loin dans sa réflexion sur l'intégration des immigrants. «Pour fonder une identité québécoise, une langue commune et des règles universelles abstraites ne suffisent pas», écrit-il.

Il faut, affirme Gérard Bouchard, une «discussion utile». «Comme partout ailleurs, nous avons une difficile conciliation à faire entre l'identitaire et le droit. À cet égard, toute proposition claire et raisonnable est évidemment la bienvenue», peut-on lire dans sa lettre.

Le professeur et sociologue lance ainsi la première salve du débat sur l'interculturalisme. Il invite les critiques de ce modèle à s'exprimer et à proposer d'autres options s'ils estiment en avoir des meilleures.

Il juge que l'interculturalisme devrait être le fondement de l'action québécoise. L'interculturalisme «propose une voie mitoyenne entre la fragmentation et l'assimilation pure et simple», écrit-il. Une action basée sur l'ouverture aux autres, sans toutefois nier l'importance de l'héritage du Québec. «Face à la diversité, qui donc voudrait plaider pour le repli et l'exclusion? Ou s'opposer aux interactions, à la solidarité, aux rapprochements? Ou recommander la méfiance et la crainte de l'autre comme recettes en matière de relations interculturelles?», écrit-il.

Gérard Bouchard affirme que certains citoyens et chercheurs lui ont fait un «procès d'intention» très «douteux» lorsqu'ils ont soutenu que M. Bouchard favorisait «l'abolition de la mémoire nationale». «C'est aux antipodes de ce que j'ai toujours défendu», réplique-t-il aujourd'hui.

Il écrit: «S'il faut rejeter l'interculturalisme, comme ces intervenants le pensent, par quoi le remplacer? Voilà ce qu'ils ne nous disent pas. À travers leurs attaques virulentes, on croit deviner des sympathies pour un modèle d'assimilation/exclusion, mais sans affirmation explicite ni définition élaborée. Ce que l'on souhaiterait de la part de ces objecteurs, c'est qu'ils présentent au grand jour une véritable proposition qui montrerait clairement une autre façon d'aborder la diversité ethnoculturelle québécoise.»
122 commentaires
  • areligieux - Inscrit 12 janvier 2010 02 h 10

    No way

    On n'en veut pas de débat sur l'intégration. Ça va faire comme votre Commission bidon qui vous a rapporté beaucoup de sous et rien pour la population. Le gouvernement n'a même pas écouté vos revendications. À croire que les dés étaient pipés d'avance et que vous avez fait un beau show qui vous a rapporté gros. On vous a fait passer pour des sages pour cette fumeuse démonstration de jars en recherche d'une vitrine pour s'y mirer. Ce sera la même chose avec cette parade de symposium. On n'en veut pas de débat sur l'intégration. La seule chose qui pourrait régler les problèmes c'est une Charte de la laïcité, mais on voit bien que vous n'en voulez pas ou plutôt que le gouvernement n'en veut pas. Ce symposium est un moyen pour mettre une possible Charte de la laïcité de côté. En s'y opposant il affiche un air autoritaire et conserve la pensée nationaliste bien vivante, la même pensée que vous monsieur Bouchard. Et la population croit bêtement que vous êtes intéressés à régler le problème des accommodements religieux. La laïcité ne vous intéresse pas, seule vous intéresse la laïcité ouverte qui réinsère la religion (il y a beaucoup de votes à aller chercher du côté religieux n'est-ce pas?) surtout la religion catholique qui bénéficie toujours des largesses du gouvernement et de l'appui du journal Le Devoir. L'héritage de la religion catholique et de la langue française c'est une coquille vide pour nous bercer d'illusions. La langue française ne sert plus la culture elle ne sert que vos intérêts. "Le nationalisme n'a qu'un seul but, perdurer. Et les problèmes et les menaces dont il entretient lui-même l'existence constituent la justification de son règne. Ça s'appelle une boucle de rétroaction" René-Daniel Dubois in Post-Scriptum. Les libres-penseurs qui s'insurgent contre la pensée unique nationaliste sont vite ostracisés. Impossible de critiquer le nationalisme sans passer pour un traître. Non merci monsieur Bouchard. Votre interculturalisme ressemble étrangement au nationalisme de Groulx qui entendait protéger les valeurs chrétiennes et la langue française (entendue comme source de division).

  • nonauracisme - Inscrit 12 janvier 2010 02 h 24

    Bravo Monsieur Bouchard: a voice of reason

    Finalement on arrive a des proposition concretes, bien pensees et reflechies. Voici un homme qui parle la verite. L integration doit satisfaire le deux partis; l immigrant et la societe d acceuil. Le quebec ne se developpera pas de maniere optimale tant que les immigrants qui arrivent et possedent des connaissances et competences avancees dans certaine domaine cles ne contribuent pas au marche de travail. Un rapport de la banque du canada publie en decembre est arrive au meme conclusion. Evidemment, l immigrant doit aussi respecter sa societe d accueil. Mais tant que la societe d acceuil ne le reconnait pas comme un vrai quebecois, on aura le divorce. Les temes tels que "quebecois de souche, Francais canadiens, nous, vous" n aident pas a l unite et la cohesion sociale. Pour ceux qui doutent mes paroles; regarder le nombre infime de noir et immigrants qui celebrent la saint Jean , juxtapose ca a Canada Day. Pourtant, beaucoup de ces immigrants sont la grace aux quebec qui choisit ces immigrants, mais ces derniers garde nt leur distance de la majorite parce qu ils se sentent pas accepter. Il ya qu a visiter les universites : Concordia, Mcgill, UQAM. a Concordia, on trouve tout les etudiants de toute nationalite incluant des quebecois se mixer, s amuser, etudier ensemble sans aucun probleme. Venez un jour a L UQAM, on penserait qu on se trouve a l ere de l apartheid. En tant immigrant, je respecte les valeurs quebecoises, egalite homme femmes, laissant tomber la laicite car elle ne marche pas meme en France. Si le quebec veut rivaliser les autres provinces; c est par l union que cela se fait, pas par une societe a classe separee.

  • areligieux - Inscrit 12 janvier 2010 03 h 29

    Tout ça pour quoi?

    Tout ce que ça va donner : permettre de faire durer la chicane entre multiculturalisme et nationalisme. Oui à la diversité tout en mettant à l'avant-plan l'héritage de l'ethnie majoritaire. C'est la culture du nihilisme.

    "Pour légitimer et maintenir autant que possible inchangée la répartition existante des statuts sociaux, les classes dominantes tendent à exploiter de façon optimale toutes les ressources requises et disponibles, que ce soit en termes d'idéologie (justifications théoriques de l'ordre régnant, mainmise sur l'information, la religion, l'éducation, etc.) ou de recours à la force (police, armée, etc.)" Laurent-Michel Vacher in La passion du réel.

  • Léonce Naud - Inscrit 12 janvier 2010 04 h 47

    Gérard Bouchard, ou l'étincelle dans la Sainte-Barbe

    « Il n'y a qu'un seul Québec, il n'y a qu'une seule nation. » Jean Charest, Premier ministre du Québec. Discours inaugural de la Session à l’Assemblée nationale, 9 mai 2007.

    « Nos garçons se marieront à vos filles, et nous ne serons plus qu’un seul peuple. » Samuel de Champlain, géographe français, fondateur de Québec (1608), aux Amérindiens.

  • Claude Jodoin - Inscrit 12 janvier 2010 05 h 14

    Encore ??

    Tiens !! Et voilà qu'il en remet. Ce que ce vocable (interculturisme) recouvre, c'est
    une approche déguisée en vue de la "fragmentation et l'assimilation pure et simple"
    des Québécois de souche dans le grand tout "canadian". Et ce grand déploiement
    de stérilité intellectuelle se fait sur le dos, fiscal entre autre, de ceux et celles qui
    sont ainsi appelés à disparaître de la face du continent. Je parle des Québécois de
    souche, soit dit en passant.

    Ensuite, la conférence finie, y aura-t-il un rapport appelé à s'enpoussièrer sur une
    tablette de ministère, ou nous servia-t-on la mise sur pied d'une bureaucratie contraignante, histoire de forcer le bon peuple à bien penser, et à bien se comporter.Beau coup de parasitisme, Gérard.

    Claude Jodoin Ing.,
    Boca Raton FL