L'anglais langue première

Christine St-Pierre, ministre responsable de la Charte de la langue française
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Christine St-Pierre, ministre responsable de la Charte de la langue française

Québec — L'appareil gouvernemental fait fi de la volonté de la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, et continue de communiquer en anglais avec les nouveaux arrivants leur vie durant, même si la francisation des immigrants demeure un objectif du gouvernement du Québec.

Qui plus est, même si la ministre s'est engagée à rendre «exemplaire» l'administration publique québécoise quant à son usage du français, Revenu Québec, Investissement Québec et l'Autorité des marchés financiers bafouent toujours la Charte de la langue française en communiquant et en transigeant en anglais avec des entreprises établies au Québec.

Porte d'entrée pour les nouveaux arrivants, la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) persiste à accorder un «code de langue» anglais à un grand nombre d'immigrants allophones, un code qui exige que l'organisme s'adresse à eux en anglais. La même politique est suivie par d'autres organismes, comme la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) ou Emploi-Québec. Francisation ou pas, les nouveaux arrivants et leur famille pourront transiger en anglais avec l'administration publique, qui devra offrir ses services dans la langue de Shakespeare.


«Ça n'a pas de bon sens»

Quand Le Devoir avait révélé ces façons de faire en 2008, Christine St-Pierre avait remis en question cette pratique et avait demandé au sous-ministre associé au Secrétariat de la politique linguistique du gouvernement, Guy Dumas, de remédier à la situation. Dix-huit mois plus tard, la ministre s'oppose toujours à ce que l'État québécois communique en anglais avec les immigrants leur vie durant, alors qu'ils sont censés se franciser. «C'est comme si c'était automatique pour le restant de leurs jours. Ça, ça n'a pas de bon sens», a affirmé Christine St-Pierre la semaine dernière au Devoir.

Il faut trouver «un mécanisme» pour que l'administration publique puisse changer ce code de langue une fois que l'immigrant a acquis une connaissance suffisante du français, a-t-elle soutenu.

Or après 18 mois, rien n'a été fait. Le Secrétariat de la politique linguistique n'a pas communiqué avec la RAMQ, qui n'a eu à se plier à aucune directive particulière, a indiqué le porte-parole de la RAMQ, Marc Lortie. «La pratique n'a pas changé. On continue à fonctionner conformément à la politique linguistique, c'est à la demande de la personne qu'on inscrit le code de langue», a-t-il signalé.

Selon les dernières données de la RAMQ, du 1er janvier au 20 novembre 2009, l'organisme a qualifié comme anglophones 27 % des 48 134 nouveaux arrivants qui se sont présentés à ses bureaux. Or selon les statistiques du ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, on note que seulement 3,5 % des nouveaux arrivants ont l'anglais comme langue maternelle, alors que pour 81,5 % d'entre eux, leur langue maternelle n'est ni l'anglais, ni le français. Près de 21 % des immigrants disent ne parler ni l'une ni l'autre de ces langues à leur arrivée.

Si on croise ces données, c'est donc dire que 30 % des immigrants à qui la RAMQ accorde un code de langue «anglais» à vie ne parlent pas cette langue. De plus, pour les allophones qui connaissent l'anglais mais pas le français à leur arrivée, soit 15 % du total, l'objectif du gouvernement demeure toujours de les franciser, mais ils ont accès à une administration publique qui, dans les faits, est bilingue et qui leur fournit des services en anglais.

Christine St-Pierre reconnaît que le «mécanisme» pour remédier à la situation est difficile à trouver dans l'état actuel des choses. La ministre a cité en exemple le permis de conduire ou la carte de crédit qui sont renouvelés périodiquement. «Il faudrait que la personne le redemande [ce code de langue]» , a-t-elle fait valoir. Mais toute personne peut exiger d'être servi en anglais par l'administration publique québécoise. «Moi, je pourrais demander des services en anglais. On a le droit de le demander», a souligné Mme St-Pierre.

Chose certaine, le Secrétariat de la politique linguistique (SPL) n'a pas trouvé la formule magique et ses interventions à ce jour se résument à peu de choses. Le nouveau sous-ministre du SPL, Jacques Gosselin, a refusé de parler au Devoir.

Au début d'octobre, le SPL et l'Office québécois de la langue française ont rencontré les dirigeants d'organismes publics comme la RAMQ, la SAAQ et la Régie des rentes du Québec (RRQ) dans le but de revoir la Politique gouvernementale relative à l'emploi et à la qualité de la langue française dans l'administration, adoptée en 1996. Un rapport à ce sujet doit être remis à la ministre au début de 2010, a-t-on précisé à son cabinet.

Depuis 18 mois, aucun changement notable n'est survenu à Revenu Québec. La plupart de ses formulaires sont disponibles en anglais, y compris ceux qui sont réservés aux entreprises. Le site Internet du ministère est tout aussi bilingue qu'avant. Les personnes morales peuvent faire affaire électroniquement avec Revenu Québec en anglais grâce à certains logiciels. Or en vertu de la Charte de la langue française, seules les personnes physiques peuvent traiter en anglais avec l'administration publique.

C'est la même chose chez Investissement Québec. L'ensemble de son site Internet, à quelques détails près, est accessible en anglais. Mais dans ce cas, il s'agit d'un organisme qui communique en anglais avec des entreprises établies à l'extérieur du Québec, ce qui est permis par la Charte, a rappelé sa porte-parole, Josée Béland. Évidemment, cette distinction peut être bien mince dans le cas de filiales québécoises de sociétés étrangères qui, elles, sont visées par la Charte. En dehors du site Internet, les communications avec ces filiales se font en français, a assuré la porte-parole.
54 commentaires
  • LiseTr - Abonnée 11 décembre 2009 01 h 20

    Idem à la CSST..

    Idem à la CSST du côté des entreprises et ce, depuis assez longtemps pour qu'on constate que bien des gens à l'intérieur de ce genre d'organisation se prennent pour des législateurs et se plaisent à échafauder leur propre règle de fonctionnement qui ne tient pas compte des politiques gouvernementales en vigueur.

  • jean-jacques thibault - Inscrit 11 décembre 2009 01 h 51

    Une campagne de sensibilitation

    Je vous fais parvenir un commentaire que j'ai envoyé il y a plus d'un an et rien ne semble bouger, comme on peut constater.

    UNE CAMPAGNE DE SENSIBILISATION, S-V-P.

    En tant que résidant de Montréal depuis près de 30 ans, je peux vous affirmer que le problème de la sauvegarde de la langue ne peut être attribué qu'à nous, francophone.

    Contrairement à ce que monsieur Parizeau a affirmé lors du référendum, ou que monsieur Dumont semble vouloir reprendre aujourd'hui , ce n'est pas aux 'autres' qu'on doit lancer le blâme.

    En effet, nous devrions tous nous dire: "Par ma faute, par ma très grande faute", puisqu'à chaque fois qu'on nous adresse la parole en anglais, nous avons tous tendance à répondre dans la langue de Shakespeare.

    Encore aujourd'hui, dans une épicerie de Montréal, mon voisin s'est adressé à moi en anglais. Puisque je lui ai répondu en français, la conversation s'est tout de suite faite dans la langue de Molière.

    Lorsque je lui ai demandé pourquoi il s'adressait en anglais, il m'a vite répondu qu'il était parfaitement bilingue et que même les Chinois parlent anglais.

    Malheureusement pour lui, j'arrive justement de la Chine, et laissez-moi vous dire, que peu parlent l'anglais. Voilà un peuple qui se tient debout.

    "Peuple à genoux, levez-vous!"

    Soyez fier de votre langue et s'il-vous-plaît que nos élus lancent une campagne de sensibilisation chez les francophones afin que notre langue soit présente même parmi les 'autres'.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 11 décembre 2009 04 h 06

    Est-ce que nous suivons l'exemple de la France ?

    Il serait intéressant de savoir si notre mère-patrie, la France française, pas mal anglophile, fait la même chose avec ses immigrants. Si l'état français s'adresse à ses immigrants en français, pourquoi est-ce que le Québec ne fait pas de même avec les siens ?

  • Normand Carrier - Inscrit 11 décembre 2009 06 h 04

    Le peu de poids de la ministre Saint-Pierre.....

    Qui mène dans son ministère ? Il se peut que la ministre Saint Pierre découvre la main de Dieu qui dirige en sous main les destinées du ministère .... Il sera temps que les bottines suivent les babines dans ce gouvernement qui promet et dit une chose et fait le contraire ! L'exemple vient de haut suite a la découverte que les ministres libéraux ont un quota de recueilir $100,000. chacun pour la caisse électorale et que Jean Charest dit candidement que oui cela se fait de même en toute transparance depuis toujours ...Allo transparance et cela illustre que Jean Charest peut mentir comme il respire ......

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 11 décembre 2009 06 h 19

    Lafrançisation?

    Il serait intéressant que le gouvernement fasse savoir par quels moyens il entend privilégier, voire atteindre "la francisation des immigrants, qui demeure un objectif du gouvernement du Québec".

    Depuis la disparition des COFI, il y a des lunes, rien n'a été fait en ce sens. On se fie sur la loi 101, qui tombe en ruine, misant sur cette aberration que... sans doute les enfants vont françiser leurs parents! Dans un milieu scolaire où souvent les enfants allophones sont en majorité, alors qu'à la maison les parents ont accès à des médias dans leur langue d'origine et que le milieu du travail s'anglicise... rien de positif n'est fait, et Louise Beaudoin nous parle de forcer les immigrants à apprendre le français. Forcer les immigrants, donc, concept creux et méprisant que le NPD, toujours absent du tableau au Québec, s'est empressé de récupérer. Comme je l'ai déjà écrit sur un autre site de Devoir, ce n'est pas en les lapidants qu'on intègrera les immigrants.

    Et qu'en est-il de l'anglicisation des Québécois de souche? Par un beau dimanche, alors que j'étais à la recherche d'une entreprise pour régler un problème d'ordre informatique, j'ai décidé de me servir de ce nouveau bottin, bilingue, Canpages. Je croyais tomber sur des messages qui me donneraient plus de détails sur les services offerts, et l'adresse, souvent absente dans ce nouvel instrument. Or ce que j'ai plutôt appris c'est que des entreprises dont le nom est francophone n'offre qu'un message en anglais ou lui donnant la priorité. Et que d'autres, dont la rason sociale sonne anglophone, sont pourtant la propriété de francophone. Et ce n'est que la pointe de l'iceberg, et pas seulement dans le monde du travail. Et on souhaite que les immigrants soient françisés, et à leur frais. Et qu'ils nous respectent aussi?

    De plus en plus de Québécois francophones sont rivés aux médias anglophones et c'est un phénomène sur lequel on se garde bien de s'informer et de nous informer. Il en va bien évidemment de même des immigrants, peu importe de quelle génération et peut-être même là aussi chez les francophones, particulièrement en ce qui a trait aux bulletins de nouvelles. Mais dans ce cas, il y a une raison entre autres: les immigrants ou québécois noirs ou d'origine asiatique, en sont totalement absents, de même que des émissions d'affaires publiques. Il y a eu une exeption, mais bon... Il en va bien autrement du côté des télés anglophones, qui ont bien sûr intérêt à présenter des reporters, lecteurs de nouvelles, de ces communautés, car leur cote d'écoute, malgré tout sont très basses, à cause peut-être de l'information en direct et des canaux d'information américains. Mais il y a plus, ces bulletins de nouvelles font un bonne place aux activités de ces communautés, alors que nous on en parle seulement pour cause d'accomodements déraisonnables, ou pour leur demander leur opinion quand il y a une catastropne, ou un événement sportif dans leur pays d'origine. Et jusqu'à il y a un mois et demi, on les ignoraient totalement dans les pubs télévisées...

    Alors, oui, il faudrait que le gouvernement Celui-ci j'en doute, et l'autre possible n'offre pas un meilleur buletin) fasse preuve d'honnêteté, en harmonisant les gestes à la parole, et que les Québécois de souche de toutes origines se ressaisissent. Arrêtons de creuser notre propre tombe!