Le triste sort de l'orphelinat Notre-Dame-de-Liesse

L’orphelinat Notre-Dame-de-Liesse en 1979, vacant après la fermeture de l’oeuvre quelques années plus tôt.
Photo: L’orphelinat Notre-Dame-de-Liesse en 1979, vacant après la fermeture de l’oeuvre quelques années plus tôt.

Érigé à une époque où le chemin de la Côte-de-Liesse n'était qu'un chemin de campagne et non l'autoroute que nous connaissons désormais, l'immeuble situé au 5935 de cette voie rapide n'est reconnu aujourd'hui que par une infime partie des Montréalais, qui n'y voient qu'un édifice en stucco se dressant au fond d'un vaste terrain de stationnement inutilisé. Il reste toutefois des gens pour qui cette adresse évoque encore de bien mauvais souvenirs.

À la suite de la découverte du corps d'un nourrisson mort gelé au bord de la rivière Saint-Pierre (aujourd'hui canalisée sous le Vieux-Montréal), Marguerite d'Youville, fondatrice de la Congrégation des soeurs grises, décida d'ouvrir, en 1754, une crèche destinée à recueillir les enfants abandonnés dans la maison-mère de la communauté, alors située dans le Vieux-Montréal. En 1871, la maison-mère déménage dans un nouvel édifice de la rue Guy, mais au bout de quelques décennies les locaux que la crèche y occupe se révéleront trop exigus. La crèche fut donc envoyée à Ville Saint-Laurent en 1925, dans un édifice qu'a conçu l'architecte Alphonse Piché et dont les travaux de construction, entrepris en 1913, seront interrompus de 1915 à 1923.

Voisin immédiat de la crèche et oeuvre du même architecte, l'édifice de l'orphelinat Notre-Dame-de-Liesse, que l'on aperçoit sur la photo ci-haut, avait quant à lui été érigé un peu auparavant, entre 1912 et 1914. Coiffé d'une toiture de tuile espagnole, l'édifice, également sous la direction des soeurs grises, accueillera entre ses murs les orphelins de six ans ou plus, la crèche étant réservée aux plus jeunes.

Alors que les nouveau-nés laissés à l'établissement étaient si nombreux, à la création de l'oeuvre, qu'on devait parfois les faire dormir dans des baignoires par manque de place, leur nombre diminuera considérablement lors de la seconde moitié du XXe siècle. Ainsi, 712 enfants furent accueillis à la crèche en 1949 et il n'y en aura plus que 450 deux décennies plus tard.

En mai 1970, lors de la grève des hôpitaux privés, 380 enfants de la crèche furent alors envoyés dans des familles d'accueil. Ne devant d'abord être qu'un lieu de passage, ces foyers deviendront par la suite un lieu de résidence permanente pour ces enfants. En fait, seulement un bambin retournera à la crèche, avant d'être récupéré par sa mère biologique peu de temps après.

N'hébergeant plus qu'une centaine d'enfants en 1972, la communauté des soeurs grises ainsi que le ministère des Affaires sociales en vinrent à la conclusion que l'oeuvre de plus de 200 ans d'histoire devait fermer.

Vendu par les religieuses en 1974, l'ensemble de deux immeubles, que l'on avait d'abord songé à transformer en immeuble à logements et en hôtel, restera toutefois vacant jusqu'à la fin des années 1980.

Exposé aux vandales et aux intempéries pendant de nombreuses années, l'orphelinat, dont on ne garda que la structure extérieure, fut transformé en édifice à bureaux en 1989, tandis que la crèche, endommagée lors d'un incendie en 1982, fut démolie entre 1992 et 1994.

Désormais encerclé d'édifices industriels, l'ancien orphelinat devenu édifice à bureaux de prestige est encore une fois inoccupé, et ce, depuis 1996. Pour quelles raisons? Nul ne le sait. Étant le sujet de diverses histoires farfelues depuis de nombreuses années, cet édifice, dont les fenêtres à effet miroir empêchent les curieux d'en voir l'intérieur, connaîtrait-il enfin le sort que tant d'orphelins lui auraient souhaité?