Val-David - Desjardins épouse la cause des expropriés de Guindonville

On connaissait les préoccupations environnementales de Richard Desjardins. Aujourd’hui, il fait la démonstration de son engagement social.
Photo: Jacques Nadeau On connaissait les préoccupations environnementales de Richard Desjardins. Aujourd’hui, il fait la démonstration de son engagement social.

Le dossier n'est pas clos pour les délogés de Val-David — une dizaine de locataires dont les maisonnettes seront démolies pour faire place dès l'automne à un stationnement. De nouveaux recours s'offrent à eux et ils peuvent dorénavant compter sur l'appui de Richard Desjardins.

Pour Richard Desjardins, l'affaire est entendue. Le démantèlement de Guindonville — le quartier de Val-David qui tire son nom de son propriétaire Yvon Guindon, qui y a construit de modestes logis il y a 50 ans —, «c'est clairement une attaque contre les pauvres», disait-il cette semaine au Devoir.

Dimanche, au lendemain de son spectacle au Patriote de Sainte-Agathe, le poète-chansonnier s'est rendu à Guindonville, a rencontré des locataires qui seront évincés et certains de leurs supporters. De là, il a décidé d'écrire une lettre ouverte, publiée aujourd'hui dans les pages du Devoir, pour faire part de son indignation face à la décision municipale.

Les arguments invoqués par la Ville — la nécessité d'avoir un stationnement à cet emplacement précis pour desservir le parc régional, la vétusté des maisons qu'on y trouve, les coûts plus élevés d'installer le stationnement ailleurs — lui apparaissent de purs prétextes pour faire place nette.

«Se faire jeter à la rue de même, franchement, c'est de l'abus de pouvoir direct! [...] Des conseils municipaux schizophrènes par rapport à leur population, proches des entrepreneurs, c'est assez répandu au Québec. J'appelle ça des politiciens-promoteurs. Ils mettent sur le même pied le coût d'un humain et le coût du ciment.»

Pourtant, il n'y a pas si longtemps, Val-David était un lieu d'accueil pour des artistes en tout genre, sans trop de moyens, rappelle-t-il. Lui-même, à ses débuts, venait chanter chez Coco, une salle qui était aussi propriété d'Yvon Guindon. «Une fois, on a même fait un show-bénéfice parce que Coco s'était fait voler sa bière!», raconte-t-il en riant.

«Les premiers qui te donnent un coup de main, t'oublies jamais ça», poursuit-il. D'où son intérêt pour l'histoire de Guindonville, témoignage de l'échelle humaine de Val-David. Il ne faut pas que la démolition planifiée par la Ville ait lieu, affirme-t-il.

Son appui vient à point nommé. Forte d'un avis d'expropriation, la Ville deviendra propriétaire des lieux le 1er mai et les locataires doivent quitter pour le 1er juillet. On leur a offert un dédommagement, qu'ils n'ont pas encore accepté. Leur méfiance a grandi quand ils ont reçu la visite, inattendue, d'un huissier la semaine dernière. Après des mois de bataille pour sauver Guindonville, c'était trop. «J'avais baissé les bras», racontait hier le porte-parole des locataires, Jean-Pierre Charce.

Mais depuis, toute une série de petits événements a relancé le dossier. Le passage de Richard Desjardins dans les Laurentides a incité les locataires à le contacter, d'autant plus qu'il avait déjà signé, au début de février, une pétition de plus de 1200 noms s'opposant à l'éviction — tout comme Gilles Vigneault, Richard Séguin et Michel Rivard.

De plus, leur avocat va déposer une requête en Cour supérieure pour que l'expropriation, qui ne présente pas de caractère d'urgence, soit reportée à l'automne. Cela mènerait à la tenue des élections municipales, début novembre.

D'ici là, d'autres avenues pourraient être explorées pour la construction du stationnement, dont la nécessité ne fait pas de doute mais dont l'emplacement pose problème. Trois sites avaient d'ailleurs été étudiés par la Ville l'an dernier: deux avaient été rejetés pour des questions de coûts, de localisation et de faisabilité. Guindonville avait été retenu pour ces raisons mais aussi parce qu'on pouvait ainsi se débarrasser d'un bidonville, comme on peut le lire dans un document de la Ville.

Or des gens regroupés autour de Pierre Gougoux — spécialiste des sports de plein air bien connu dans la région — veulent relancer l'idée d'envoyer le stationnement au mont Plante voisin, quitte à tenir un référendum sur le sujet.

«Il y a encore quelque chose à faire parce que la décision est inhumaine, qu'elle n'est pas juste pour la réputation de Val-David et qu'elle ne représente pas la volonté de la population, dit M. Gougoux. Je suis pour la protection de l'environnement. Mais l'être humain fait partie de l'environnement. Des parcs Forillon, il ne faut plus que ça existe.»

Enfin, comme la Ville n'entend pas profiter des programmes gouvernementaux de construction de logements sociaux, qui auraient pu servir à reloger les gens évincés, un petit groupe a décidé de dresser une liste de gens qui cherchent des logements à Val-David. Histoire de démontrer que les logements qu'on y trouve sont de plus en plus réservés aux touristes et loués à la semaine ou au mois. Et de faire voir que les locataires de Guindonville ne sont pas de mauvaise foi quand ils disent avoir de la difficulté à se reloger.