Immigrants et homosexualité - L'acceptation croît avec les générations

Les nouveaux immigrants au Québec acceptent difficilement l'homosexualité, révèle un sondage Léger marketing commandé par la fondation Émergence sur les perceptions et opinions des Québécois issus des communautés culturelles à l'égard de l'homosexualité et dont le Devoir a obtenu copie. Consolation, les immigrants de deuxième génération se montrent plus ouverts quant à l'homosexualité que les immigrants de première génération, en grande partie originaires d'Afrique et d'Asie.

«Ce qui est rassurant, c'est que les nouvelles générations épousent les valeurs de notre société», affirme le président de la fondation Émergence, vouée entre autres à la lutte contre les préjugés sur les homosexuels, Laurent McCutcheon.

Plus de 85 % des personnes nées au Québec, mais dont au moins un des parents a vu le jour à l'extérieur du Canada, pensent que l'homosexualité est une «orientation sexuelle comme une autre». Par contre, à peine 62 % des individus qui se sont installés au Canada au cours des 20 dernières années partagent le même avis. Un immigrant de première génération sur trois définit l'homosexualité comme une «maladie» ou une «déviation», comparativement à un immigrant de deuxième génération sur dix.

La grande majorité (81 %) des immigrants de deuxième génération «n'auraient pas honte de faire savoir à leur famille que leur enfant est homosexuel». Environ 55 % des immigrants de première génération pensent la même chose, alors que 13 % «seraient incapables d'accepter cette situation» et que près de 10 % sont persuadés qu'il s'agirait «d'un déshonneur pour leur famille». Enfin, «cela ne peut pas arriver dans leur famille», selon 13 % des immigrants qui se sont récemment établis au Québec.

Les immigrants de deuxième génération ont, la plupart du temps, fait leurs études au pays. Ils ont été imprégnés de la culture québécoise dès leur jeune âge, fait remarquer Laurent McCutcheon.

«Le portrait est plus positif que ce à quoi je m'attendais, dit-il. On ne peut pas penser que les gens qui viennent d'un pays où l'homosexualité est interdite, dans certains cas où les homosexuels sont condamnés à mort, peuvent changer leurs mentalités en l'espace de 24 heures.»

Les immigrants sont davantage informés des valeurs partagées par les Québécois, indique au Devoir la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James. Ces derniers doivent d'ailleurs désormais signer une déclaration d'acceptation des valeurs communes de la société québécoise, notamment celles défendues par la Charte des droits et libertés de la personne, rappelle-t-elle. «On doit être capable de porter le bon diagnostic, c'est-à-dire de reconnaître qu'il y a des gens qui arrivent de pays où les homosexuels n'ont pas les mêmes droits. On continue d'assumer nos responsabilités quant à la sensibilisation qu'on doit faire auprès des différentes communautés culturelles et des immigrants», affirme Yolande James.

Le sondage a été réalisé auprès de 500 personnes du 26 mars au 11 avril 2009. La marge d'erreur est de 2,6 %, 19 fois sur 20.
1 commentaire
  • Pascal Barrette - Abonné 15 mai 2009 15 h 23

    L'homosexualité et le voile, un virage

    Voilà une bonne nouvelle. Comme quoi, lorsqu'on laisse le cheminement générationnel suivre son cours, une plus grande ouverture des esprits et des coeurs peut y faire son petit bonhomme de chemin.

    Si les nouveaux arrivants peuvent changer leurs vues sur un sujet aussi controversé que l'homosexualité, profondément ancré dans les traditions religieuses comme étant peccamineux, imaginez l'ouverture que pourront pratiquer ces mêmes nouveaux arrivants sur la question plus anodine du port du voile. Laissons aux femmes musulmanes tout simplement le temps d'effectuer elles-même leur propre virage, à leur rythme. La ministre Christine St-Pierre a raison, point n'est besoin d'ériger des barricades et des interdits collectifs, soient-ils dans la fonction publique.

    Pascal Barrette
    Ottawa