Centrale des syndicats démocratiques - François Vaudreuil se dit satisfait des interventions du gouvernement Charest

François Vaudreuil, président de la Centrale des syndicats démocratiques
Photo: François Vaudreuil, président de la Centrale des syndicats démocratiques

À l'heure de la financiarisation tous azimuts et de la réouverture de plusieurs conventions collectives par les employeurs, François Vaudreuil, président de la CSD, appelle les syndicats à être proactifs et à s'engager dans le modèle organisationnel de l'entreprise. À son avis, c'est le travail décent qui est en jeu.

François Vaudreuil, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), se souvient de la récession du début des années 80. Jeune permanent à l'époque, il a été témoin, dans les assemblées générales, des tragiques fermetures d'usine et des drames humains qui en ont découlé. Avec la crise économique qui sévit actuellement, M. Vaudreuil certifie que la situation et les enjeux sont très différents. «Des fermetures d'établissement, il y en a très peu. Cependant, on a beaucoup de mises à pied», constate-t-il. Au-delà de la simple perte d'emplois, c'est la disparition de la qualité des emplois qui inquiète M. Vaudreuil. Une question le taraude: «Les nouveaux emplois qui seront créés seront-ils d'une qualité aussi grande que ceux qui sont disparus?»

C'est autour de considérations semblables que s'animera, du 10 au 13 juin prochain, le congrès de la CSD qui se tiendra au Centre des congrès de Québec. Organisé tous les deux ans, le congrès réunit les syndicats affiliés qui y décident des politiques et des orientations de la centrale. Les réflexions sur le travail décent se sont par contre amorcées il y a un an lors d'une assemblée plénière.

Selon M. Vaudreuil, «en raison de l'intensification de la concurrence, de la demande des entreprises de rouvrir les conventions collectives, d'annuler ou de retarder une augmentation de salaires qui était prévue [ou] de demander une baisse des conditions de travail [...], on était préoccupé par les stratégies syndicales qu'on devait développer pour s'assurer d'avoir des emplois de qualité.»

M. Vaudreuil se dit satisfait des interventions du gouvernement Charest, notamment des accomplissements de la Commission des partenaires du marché du travail et du Pacte pour l'emploi Plus. Il dénonce, par contre, l'inertie du gouvernement fédéral dans son manque de soutien envers les travailleurs. «Au congrès de cette année, compte tenu de la conjoncture économique [...], on va travailler à approfondir [...] les stratégies en entreprise, car on ne peut pas uniquement s'appuyer sur les politiques publiques.»

Modèle organisationnel

La CSD incite ses syndicats affiliés à être proactif et à s'engager dans le modèle organisationnel de leur entreprise. Malgré la tendance des entreprises à centraliser les pouvoirs dans une logique de financiarisation, M. Vaudreuil persiste à promouvoir un partenariat entre les employeurs et les syndicats qui associerait davantage les salariés. «On ne négocie plus uniquement des conventions collectives. On négocie le modèle organisationnel. On négocie l'emploi.»

«Malheureusement, en 2009, il y a trop de gestionnaires qui en font un truc de pouvoir, qui s'imaginent qu'on veut faire de la cogestion et qu'on veut diriger à leur place. Ils se sentent menacés [et] veulent malheureusement confiner le syndicat à un rôle de chien de garde au niveau des conditions de travail», ajoute-t-il.

Dès sa fondation en 1973, la CSD s'était donné pour mandat idéologique de démocratiser le milieu de travail et d'élargir les responsabilités des travailleurs dans l'entreprise. En 2009, M. Vaudreuil dit s'appuyer sur des expériences pratiques et une littérature scientifique pour démontrer qu'il s'agit du «modèle gagnant». «Les modèles organisationnels qui ont à la fois les meilleures performances économiques et les meilleures performances sociales sont les organisations qui reposent sur un partenariat patronal-syndical et sur la participation des salariés à la gestion de l'organisation.»

Il évoque l'exemple de la coopérative FilSpec, de Sherbrooke, qu'il qualifie de success story. Alors que l'usine Cavaliers Textiles semblait vouée à la fermeture, les 150 employés se sont réunis pour investir dans l'usine. Depuis cinq ans, le consortium de travailleurs a réussi à faire de FilSpec un chef de file dans l'industrie du filage. «Les travailleurs sont heureux et se promènent le sourire aux lèvres parce qu'il y a une partie d'eux dans l'entreprise.»

«Quand on parle d'innovation, quand on parle d'expérimentation, ça se fait sur le modèle d'essais et d'erreurs et ça prend du capital patient», considère M. Vaudreuil, qui déclare que l'usine Filspec «tire son épingle du jeu». Il s'indigne à la pensée que «des stratégies à moyen et à long terme, ce sont des choses qui sont impensables dans l'esprit de plusieurs dirigeants de grandes entreprises».

Il reconnaît que, dans certains cas, une baisse des conditions de travail peut être tolérable s'il y a eu une concertation en bonne et due forme. «Il y a des endroits où ça va être accepté à 85 % ou 90 % par des syndicats militants. Si le dossier est bien analysé, s'il y a un projet pour l'emploi, que c'est fait avec le syndicat, que c'est fait avec les travailleurs et qu'il y a une perspective, les gens vont l'accepter.»

Des solutions selon les secteurs

Le congrès de juin prochain devra aborder plusieurs types de stratégies, car les besoins se distinguent énormément d'un secteur à l'autre. «C'est une autre caractéristique de cette crise: elle est très variable», constate François Vaudreuil.

La CSD continue son combat pour l'obtention d'un programme de soutien au revenu pour les travailleurs âgés qui sont victimes d'un licenciement collectif ou d'une fermeture d'usine. Limités par leurs compétences, ils ne peuvent généralement pas répondre aux exigences du marché du travail pour le réintégrer. Dans le secteur de la construction, la centrale investit beaucoup dans la formation professionnelle qui vise à rendre les salariés davantage autonomes.

Durant la prochaine année, la CSD prévoit aussi mobiliser beaucoup d'énergie pour la refonte du régime forestier, «avec la préoccupation, évidemment, de maintenir des emplois, mais aussi pour que les collectivités ne se retrouvent pas dans des projections bêtes et méchantes où on aurait deux mégascieries qui couvriraient tout le Québec».

Du côté de la syndicalisation, la CSD veillera attentivement à l'application du jugement Grenier qui a invalidé les projets de loi 7 et 8 du gouvernement Charest. Ces lois, adoptées en 2003, considéraient comme des travailleurs autonomes les responsables de services de garde et ceux qui hébergent moins de neuf personnes handicapées. Le juge Grenier a écrit que ces lois brimaient la liberté d'association et encourageaient la discrimination contre les femmes. Près de 4500 membres de la CSD sont concernés par cette décision de la Cour supérieure et pourront dorénavant s'associer et négocier collectivement leurs conditions de travail.
1 commentaire
  • Serge Manzhos - Inscrit 27 avril 2009 05 h 24

    reinventer la roue

    cet "s'engager dans le modèle organisationnel de l'entreprise" s'appelle l'actionnariat, qui fait aussi partie de cette "financiarisation" haie