Conservation - Le carex ne disparaîtra pas

Une herbe très rare: le carex faux-lupulina
Photo: Une herbe très rare: le carex faux-lupulina

Il s'agit parfois de peu de choses pour que soit perdu ou préservé un petit maillon de notre biodiversité. C'est ainsi que, dans nos régions, on ne compte que 350 plants d'une herbe très rare: le carex faux-lupulina. Cette herbacée, qui ne compte que cinq populations dans le sud de l'Ontario et trois au Québec, est considérée comme une plante en voie de disparition au Canada.

Un rien — un hiver rigoureux ou quelques interventions humaines inopinées — pourrait faire disparaître le carex de la carte biologique. Toutefois, l'Institut de recherche en biologie végétale du Jardin botanique de Montréal et les Laboratoires Klorane de la filiale canadienne du groupe pharmaceutique français Pierre Fabre unissent leurs efforts, dans le cadre du Jour de la Terre, pour sauver cette espèce rare.

«Les Laboratoires Klorane, ici au Canada, ont décidé de participer à la réintroduction du carex, puisque cela correspond parfaitement aux valeurs de l'entreprise, explique Julie Lafontaine, chef de produits chez Pierre Fabre Pharma Canada. Nous nous sommes ainsi associés au Jour de la Terre Québec et à l'Institut de recherche en biologie végétale pour la réintroduire dans divers milieux.»

«Il s'agit d'une espèce dont on ne connaissait auparavant que deux populations naturelles au Québec, rassemblant moins de vingt individus, ajoute Stéphanie Pellerin, chargée de projet à l'Institut de recherche en biologie végétale. En raison de son extrême rareté, le ministère de l'Environnement l'a classée au premier rang des plantes qu'on se doit de préserver. Et parce que le Jardin botanique a acquis une expertise sur les espèces rares du Québec, on nous a invités à mener à bien ce projet de réintroduction.»

Sauver une plante, préserver notre environnement

C'est ainsi que le rétablissement du carex s'est amorcé en 2006. À ce jour, trois populations ont été recréées à Sainte-Anne-de-Sabrevois, à Saint-Blaise-sur-le-Richelieu et au Parc national d'Oka. De plus, les effectifs des deux populations existantes — dans la Réserve écologique Marcel-Raymond et dans la baie McGillivray — ont été augmentés.

Les laboratoires de Pierre Fabre, qui fabriquent quantité de produits pour les soins d'hygiène et de la peau ainsi que des shampooings qu'on retrouve en pharmacie et dans les salons de coiffure, se font un devoir de fabriquer tous leurs produits en respectant l'environnement. «Nos produits sont faits à base d'extraits de plantes, indique Julie Lafontaine. Notre groupe cultive ses propres plantes et nous n'utilisons que des plantes non menacées. Nous sommes à la fois agriculteurs, botanistes, chercheurs et pharmaciens et, en cultivant nos plantes, nous prenons soin de toujours préserver l'équilibre des écosystèmes.»

La préservation du carex n'a toutefois aucune visée commerciale, souligne-t-elle. «Nous pensons qu'il est important de préserver toute espèce végétale, qu'elle soit reconnue ou non, précise la chef de produits. On connaît en fait peu les propriétés du carex, étant donné que cette plante a été peu étudiée, mais il nous apparaît important de la maintenir en vie.»

Il ne s'agit pas d'une plante spectaculaire, enchaîne Stéphanie Pellerin. Elle n'a pas de fleur colorée (mais une fleur verte) et ressemble tout simplement à de l'herbe. Elle n'a pas non plus de vertu autre que celle de faire partie de la biodiversité. «Elle n'a rien de particulier, dit-elle, ce n'est pas une plante qui a été utilisée à des fins médicinales, par exemple. C'est par contre une espèce qui est caractéristique de milieux humides et riverains qui, eux, sont en décroissance. C'est donc une espèce représentative d'un milieu d'intérêt pour la conservation.»

Un beau prétexte à la sensibilisation

Le projet de sauvegarder le carex a débuté en 2006 et comporte deux volets: l'introduction de la plante dans des milieux propices et l'augmentation du nombre de plants là où il s'en trouve déjà. «Ici, à l'Institut, nous avons donc produit des plants pour les replanter dans quelques sites, explique Mme Pellerin. Depuis 2006, on fait le suivi de chaque plante étiquetée: survit-elle ou pas? Produit-elle des fruits et, si oui, combien? Dans les sites où l'espèce est naturellement présente, on cherche à augmenter ses effectifs; là où il n'y avait qu'une vingtaine d'individus, on a introduit à proximité de nouveaux plants.»

Le projet se poursuivra cet été avec, notamment, l'ajout de soixante plants dans le secteur de Saint-Blaise de même qu'au Parc d'Oka. On prévoit également planter une vingtaine de carex dans un site en Ontario, tout en continuant à observer la vigueur et la survie des transplants déjà en place.

«Notre projet doit s'étendre sur dix ans, précise Stéphanie Pellerin, et il s'agit donc de faire des suivis sur au moins une décennie. Pour cet été, le Parc d'Oka nous a demandé d'implanter plus d'individus, notamment dans un nouveau site, plus isolé et à l'abri des visiteurs. Nous allons aussi réintroduire l'espèce et l'augmenter dans la région de la rivière Richelieu. C'est ainsi que nous ferons passer la population de carex d'une trentaine d'individus au Québec a plus de 260! L'un de nos buts est d'éviter qu'un événement catastrophique — une tempête, par exemple — ne vienne décimer une population.»

De son côté, Julie Lafontaine ajoute que Klorane soutient concrètement (donc financièrement) le projet et favorise la sensibilisation du grand public à l'importance de la préservation des espèces rares. «Entre autres, en pharmacie, nous informons notre clientèle que, pour un achat de shampooing Klorane et de démaquillant au bleuet fait entre le 1er et le 30 avril,, nous remettons 50 cents au Jour de la Terre. Et, évidemment, nous maintenons un partenariat toute l'année avec le Jour de la Terre Québec et l'Institut, c'est-à-dire que nous nous sommes engagés à réintroduire cette plante tout en tentant de mobiliser les gens à contribuer à ce projet emballant!»

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Collaborateur du Devoir