« Les organismes culturels prennent des risques épouvantables »

Vasco Ceccon, président, et Francine Léger, vice-présidente de Vasco Design International, en compagnie de Nathaly Pasieczny, du Groupe de La Veillée, et de Pascale Correïa, directrice générale des Ballets Jazz de Montréal (bjm_danse)
Photo: Jacques Grenier Vasco Ceccon, président, et Francine Léger, vice-présidente de Vasco Design International, en compagnie de Nathaly Pasieczny, du Groupe de La Veillée, et de Pascale Correïa, directrice générale des Ballets Jazz de Montréal (bjm_danse)

Vasco Design International a eu l'honneur de recevoir cette semaine le prix Arts-Affaires dans la catégorie PME, décerné par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et le Conseil des arts de Montréal.

Vasco Ceccon, président fondateur de l'entreprise Vasco Design International, n'est pas un nouveau venu dans le milieu des arts montréalais. Si tout le «Montréal culturel» le connaît, c'est parce qu'il s'engage, avec son épouse, Francine Léger, vice-présidente création chez Vasco Design International, dans différents organismes depuis environ 30 ans.

L'un des organismes qui ont soutenu la candidature de la firme de design pour le prix Arts-Affaires est le Groupe de La Veillée, propriétaire du Théâtre Prospero.

«Je participe à la campagne de financement du Groupe de La Veillée depuis quelques années déjà. Au début, je vendais des billets pour la soirée-bénéfice, qui rapportait chaque année autour de 30 000 ou 35 000 $. Je n'ai pas pu m'empêcher de dire que je trouvais que c'était peu d'argent amassé si on considérait tous les efforts investis», indique Vasco Ceccon.

C'est ainsi qu'il est rapidement devenu responsable du comité de financement. Pour récolter plus de fonds, il est allé chercher des gens d'affaires influents pour bénéficier de leurs contacts. Chaque année, il fixait des objectifs plus élevés, même si chaque fois bien des gens croyaient qu'il rêvait en couleurs. Pourtant, il réussissait toujours. Maintenant, le Groupe de La Veillée fait des campagnes de financement étalées sur trois ans, avec un objectif total de 450 000 $.

«Nous avons terminé un premier cycle de trois ans et nous avons atteint l'objectif en multipliant les sources de financement. Nous organisons encore la soirée-bénéfice, mais nous sollicitons aussi beaucoup de dons à travers les gens influents que nous avons dans le comité. Nous mettons aussi sur pied différentes initiatives originales», explique M. Ceccon.

Cette année, une nouvelle campagne de financement sur trois ans a été lancée. L'objectif est toujours d'amasser 450 000 $. Pour une petite entreprise comme le Groupe de La Veillée, mettre la main sur autant d'argent provenant du milieu privé est pratiquement trop beau pour être vrai. «C'est tellement important pour nous que, sans ce montant, nous ne pourrions pas accomplir notre mission au complet. Nous serions peut-être contraints de faire deux créations par année au lieu de trois, alors que c'est très important de pouvoir maintenir un bon rythme de création pour faire travailler nos gens, mais aussi pour assurer notre présence auprès du public montréalais», affirme Carmen Jolin, adjointe à la direction artistique et responsable des communications au Groupe de La Veillée.

Pour la petite entreprise, la riche expérience de Vasco Ceccon en matière de financement d'organismes artistiques est d'une grande valeur.

«Il nous a beaucoup aidés à monter notre campagne de financement en allant chercher des gens d'affaires importants qui nous permettent d'aller chercher de bons montants sur trois ans. C'est intéressant, parce qu'on ne repart pas à zéro chaque année. Et Vasco a beaucoup d'expérience dans le domaine, alors il sait comment s'y prendre pour approcher les gens», ajoute-t-elle.

Les Ballets jazz de Montréal

Bien que Vasco Ceccon travaille à temps plein pour son entreprise, il ne se limite pas à aider un seul organisme culturel à la fois. Et son engagement en est un de long terme. Ainsi, depuis 18 ans, il donne beaucoup de temps aux Ballets jazz de Montréal (BJM_DANSE).

«Ils ont beaucoup de succès à travers le monde et ils ont des obligations toujours plus grandes. Ils doivent toujours aller chercher des chorégraphes de réputation internationale pour maintenir leur niveau, et tout cela coûte cher», explique Vasco Ceccon.

Pour permettre à BJM_DANSE de recevoir des fonds intéressants du privé, M. Ceccon a pris différentes initiatives au fil des ans. «Je me suis occupé de leur grande soirée-bénéfice, qui chaque fois amasse entre 150 000 et 200 000 $. J'ai aussi été le président de leur conseil d'administration pendant quelques années, mais je suis maintenant vice-président, parce que je veux me consacrer à la mise sur pied d'une fondation pour stabiliser leur apport financier provenant du privé», explique-t-il.

La fondation s'occuperait du volet des dons et commandites, avec un objectif de 300 000 $ par année, en plus de ce que continuerait d'amasser la soirée-bénéfice. Vasco Ceccon devrait présenter le projet au conseil d'administration au début de 2009.

«Il faut combler le manque de fonds créé par les coupes du gouvernement fédéral. Les organismes culturels vivent dans une grande vulnérabilité. On leur promet des subventions et, finalement, ils ne les reçoivent pas ou les reçoivent en retard, donc ils doivent emprunter pour honorer leurs contrats. Ils prennent des risques épouvantables», affirme M. Ceccon.

L'équipe de BJM_DANSE est bien consciente qu'elle doit beaucoup à Vasco Ceccon. «Il travaille d'arrache-pied pour nous permettre d'atteindre nos objectifs de financement privé. Son leadership nous permet de créer des ponts avec la communauté d'affaires, de mobiliser des gens influents autour de nos projets et de les fidéliser. Nous avons réalisé bien des projets au fil des ans qui auraient été impensables sans l'apport du privé», affirme Pascale Correïa, directrice générale de BJM_ DANSE.

Une expérience enrichissante

Un grand dévouement, donc, pour un homme d'affaires à l'emploi du temps déjà bien chargé. Mais pourquoi se donner autant?

«C'est certain que ça m'apporte une satisfaction. C'est enrichissant de donner. Et aussi, je dois dire que je ne suis pas capable de dire non!»

De plus, Vasco Ceccon se réjouit d'être en contact continuel avec tous ces artistes, de pouvoir les écouter et échanger des idées avec eux.

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Pierre-Yves Pau - Inscrit 7 décembre 2008 14 h 59

    C'est normal de prendre des risques

    Quand vous traversez la rue, vous prenez un risque. Vous investissez? Impossible sans risque. Vous montez une pièce de théâtre? Là encore, la seule façon de ne pas prendre de risque, c'est de ne rien faire. La seule chose qui ne soit pas normale, c'est que ce soit les organismes culturels qui prennent les risques... mais les contribuables qui payent en bout de ligne.