Revue de presse: L'affaire Hérouxville a fait le tour du pays

Le débat québécois sur les accommodements raisonnables n'est pas passé inaperçu au Canada anglais. La nouvelle du dépôt éventuel d'une plainte contre le code de vie d'Hérouxville par deux organisations musulmanes a fait le tour du pays. Les journaux qui ont traité de toute la question, le Globe and Mail et le Toronto Star en particulier, l'ont fait avec des pincettes, évitant de tirer des conclusions hâtives.

Hérouxville a trouvé des supporteurs. Margaret Wente, du Globe, a écouté avec curiosité le conseiller André Drouin s'expliquer à l'émission As It Happens, de la radio de la CBC. À sa propre surprise, avoue-t-elle, les auditeurs se sont en général dit d'accord avec M. Drouin. Wente rappelle que le code d'Hérouxville a touché une corde sensible que les élites auraient intérêt à ne pas ignorer. «La grande majorité des Canadiens, écrit-elle, croient, malgré notre politique officielle du multiculturalisme, qu'il revient aux immigrants de s'intégrer.» Selon elle, les gens ont le sentiment que ce n'est pas toujours le cas, surtout à Toronto où, affirme-t-elle, des enclaves ethniques ont fait leur apparition, un sujet que le Globe a aussi abordé dans un long dossier. Wente demande quelle est la culture à laquelle on veut voir les immigrants s'intégrer, quand certaines écoles comptent une majorité d'enfants nés à l'extérieur du pays. «Aucun politicien n'ose demander si nous n'accueillons pas trop de gens par rapport aux capacités du système. Les gens ordinaires, eux, se posent la question et avec raison.» Citant un sondage de 2005, elle rappelle que la majorité des gens trouvent aussi qu'on accommode trop les minorités religieuses. «Comment transformer les nouveaux arrivants en Canadiens? Et qu'arrivera-t-il si on échoue? Ce sont les vrais défis que les péquenauds d'Hérouxville tentent gauchement de résoudre. Ces enjeux sont sérieux et prétendre le contraire serait une très grosse erreur», conclut-elle.

L'équipe éditoriale du Post trouve qu'on a fait peu de cas du préambule du code d'Hérouxville et de son invitation adressée à quiconque voudrait s'y établir, sans égard à sa race, à sa langue, à sa religion et ainsi de suite. Le quotidien déplore cependant plusieurs éléments du code, en particulier ses édits alimentaires ou son ton paternaliste qui laisse entendre que les immigrants ont besoin de se faire faire la leçon en ce qui concerne les normes canadiennes. Citant les affrontements à caractère ethnique qui ont eu lieu en Europe, le Post rappelle que les relations interculturelles suscitent toujours des heurts, mais que l'enjeu est trop sérieux pour être traité de façon théâtrale. «Nous ne devons pas laisser ces questions nous obnubiler au point d'en arriver, de façon très peu canadienne, à vouloir atteindre une pureté et une conformité culturelles», conclut le Post.

L'immigration sous la loupe

L'immigration suscite des débats au Canada anglais, mais les préoccupations ne sont pas nécessairement les mêmes qu'au Québec. En Saskatchewan ou au Nouveau-Brunswick, on se demande comment attirer ces nouveaux venus pour ainsi contrer le vieillissement accéléré de leur population. En Alberta, c'est pour faire face à une grave pénurie de main-d'oeuvre.

En général, cependant, on s'inquiète de voir que, malgré leur éducation de plus en plus poussée, les immigrants arrivent plus difficilement qu'avant à se trouver un emploi dans leur domaine. L'ex-diplomate Martin Collacott se demande, dans le National Post, si finalement on n'accepte pas trop d'immigrants. Collacott a pris note de l'enquête de Statistique Canada qui décrivait récemment les difficultés économiques des nouveaux arrivants malgré le fait qu'ils sont bardés de diplômes. L'ancien ambassadeur soutient que l'immigration est rarement la solution à des pénuries de main-d'oeuvre autres que ponctuelles. «La croissance économique dépend avant tout de politiques réfléchies qui favorisent l'investissement et la concurrence et qui fait le meilleur usage possible de la main-d'oeuvre.» À son avis, un examen approfondi des politiques d'immigration s'impose.

Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, va dans le même sens. Il estime que le système, qui a commencé en 1993 à donner priorité aux immigrants bien formés, est un échec. À son avis, il faut examiner de plus près ce qui explique que des gens éduqués arrivent moins bien que les immigrants d'il y a 30 ans à se sortir de la pauvreté. Est-ce vraiment seulement une affaire de diplômes ou d'expérience de travail non reconnus? «Le Canada a favorisé certains types d'immigrants en assumant qu'il n'en découlerait que de bonnes choses sur le plan économique. Cette prémisse s'avère aujourd'hui douteuse.» Et il faut chercher pourquoi.

Minorités... linguistiques

On ne parle plus souvent des droits des minorités linguistiques ces temps-ci, mais elles savent que rien n'est jamais acquis. Au Nouveau-Brunswick, un débat fait rage sur le bilinguisme au sein de la GRC, qui sert de police provinciale. Le gouvernement provincial exige des services bilingues à la grandeur de la province; la police fédérale répond qu'elle ne peut respecter cette norme avec seulement 68 % d'agents bilingues. Le ministre fédéral Stockwell Day propose de corriger la situation au moment de la signature d'un nouveau contrat de travail en... 2012. Le New-Brunswick Telegraph-Journal trouve cette réponse inadéquate, tout comme l'idée de munir les agents unilingues de petits cartons avertissant les francophones qu'ils seront servis dans leur langue quand un agent bilingue sera disponible. Les policiers répondent à des situations d'urgence qui ne peuvent attendre; le Nouveau-Brunswick est officiellement bilingue et le contrat avec la GRC doit le refléter, insiste le journal. «Et si la GRC ne peut respecter cette obligation, elle ne devrait pas se voir confier le travail.»

mcornellier@ledevoir.com
6 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 10 février 2007 09 h 08

    De 88,000 à 260,000 en 20 ans

    "Aucun politicien n'ose demander si nous n'accueillons pas trop de gens par rapport aux capacités du système. Les gens ordinaires, eux, se posent la question et avec raison.»

    Aucun politicien libéral... puisque 4 immigrants sur 5 votent libéral au Canada, 9 sur 10 au Québec.

    A l'époque des Conservateurs, on accueillait moins de 90,000 immigrants par année. Les Libéraux sont arrivés au pouvoir en 93 et ont ouvert les vannes. En 20 ans, les Libéraux ont triplé l'immigration. Résultat, les grandes villes sont devenues des forteresses rouges.

    Lors de la dernière élection, les Conservateurs n'ont pas obtenu un seul comté à Montréal,Toronto et Vancouver! Du jamais!! En dépit de tous les scandales des commandites, alors que le Québec français n'élisait pas un seul rouge (ils ont eu 9% dans le Québec français), le Montréal anglo-ethnique ré-élisait 12 rouges dont les sympatiques Coderre, Dion et Lapierre. Inoui non!

    Dans les années 60 le Canada était le 2e pays le plus riche du monde. Aujourd'hui son pib n'est plus dans les 20 premiers. On a été doublé par des pays de misère à l'époque comme l'Irlande. Entre temps le Canada est le pays qui a accueilli le plus d'immigrants per capita. Si l'immigration enrichissait un pays ça se saurait.

    Selon une étude de Stat Can, les immigrants mettent maintenant 20 ans à gagner autant que les Canadiens. Entre temps, ils ont droit à tous les programmes sociaux. Une étude du Frasier évalue le cout annuel pour les contribuables à 18 milliards$. Plus que le budget de la Défense pour payer aux immigrants nos programmes sociaux que leurs faibles taxes et impots n'arrivent pas à payer

    http://www.fraserinstitute.ca/shared/readmore.asp?

    NOTE: je suis prêt à faire un débat public avec la ministre de l'Immigration n'importe quand. En 5 minutes, je peux la démolir.

    jacquesnoel16@yahoo.ca

  • Georgette Grondin - Abonnée 10 février 2007 09 h 39

    Hérouville fut le point de départ.

    Peu importe ce que l'on en pense, les démarches misent de l'avant par la muinicipalité d'hérouxville, quelles soient éthiquement valables ou pas, sont la raison pour laquelle le gouvernement de Jean Charest à mis sur pied une commission sur les accomodements raisonnables et l'immigration. Je crois que pour cette simple raison le Québece en sortira gagnant, puisqu'il est toujours mieux de prévenir que guérir. Il semble que le modèle du multiculturaliste qui s'applique à l'échelle mondiale soit un échec pour l'intégrité des pays récepteurs. Ainsi, le Québec qui est une terre d'accueil formidable et jeune, se doit d'être un pionnier en terme d'émigration et d'éviter que la société disparate et se scinde en plusieurs communautés. Lorsque l'on dit "le peuple québécois", ce n'est pas "les peuples québécois". Comment faire pour que la société soit unie. Je crois sincèrement que la réussite d'une société passe par l'application de valeurs communes. Pour les restes, libre à vous d'être ce que vous voulez. Pourquoi, le Québec ne devrais pas protéger ce qui attire les immigrants? Nous avons des valeurs parmi les plus belles au monde, il faut les protéger. Mais comment? Le multiculturalisme est indéniablement un atout pour toute civilisation. Ainsi, un débat s'impose. Le Québec est à un carrefour important de son développement et des décisions importantes devront être prises. Le seul élément qui m'inquiète dans cette histoire, c'est le manque de volonté politique. Ceci me laisse penser que les autorités aux pouvoirs n'ont peut-être pas les compétences requises afin de gérer cette situation avec rigueur et vision à long terme. Il faut absolument que le Québec protège ces valeurs d'égalité, de liberté, de respect et de pacificité, tout en permettant à tout immigrant d'être fier d'apporter un petit quelque chose davangardisse à cette société.

  • Jean Marc Nadeau - Inscrit 10 février 2007 11 h 19

    bravo Hérouxville

    On dira ce qu'on voudra mais Hérouxville a permis qu'un grand problème soit mis à jour d'une manière formidable. Nos grands penseurs ont toujours cacher ce problème. Il a fallut qu'une petite municipalité prenne le taureau par les cornes pour réveiller a population avec des termes excessifs mais vraies

  • Jean-Charles Blais - Abonné 10 février 2007 15 h 30

    immgration nous appauvrit

    Souvenez vous la défaite des plaines d'Abraham n'a pas appauvrit les canadiens du temps <canadiens français etles gens des premières nations > mais mais l'immigration parce que le colonisateur anglais donnait aux immigrants des terres des avantages déloyoles par rapport aux résidents établis ce que le roi de France avait fait aussi L'immigration peut appauvrir monétairement la population enrichire un ou des individus qui obtiennent plus rapidement la main d'oeuvre voulue mais par compte est apport humain important à la culture la divrsité ect c'est un devoir de solidarité internationale de recevoir des gens de pays en difficultés mais il incombe de bien les accueillir d'être claires transparents avant pendant et apres leur immigration celui qui a été le plus c'est Charest avec sa subvention aux écoles juives puis son laisser dans les écoles religieuses illégales

  • Marie-Christine Lamoureux - Inscrite 11 février 2007 11 h 58

    Désenchantement

    Je croyais moi-même que les élus d'Hérouxville avaient eu le mérite de soulever des questions pertinentes et trop souvent mises sous le boisseau, mais j'ai déchanté depuis que j'ai vu la prestation du conseiller André Drouin à "Tout le monde en parle". Décréter l'état d'urgence au Québec à cause de quelques accommodements raisonnables douteux? Lorsqu'il lisait son programme, j'ai cru entendre Jean-Marie LePen...