Université du Québec à Montréal - Roch Denis démissionne

Roch Denis
Photo: Jacques Nadeau Roch Denis

La crise politique et financière qui ébranle l'Université du Québec à Montréal (UQAM) a eu raison du recteur Roch Denis, qui a remis hier sa démission en pointant la «confiance ébranlée» de la communauté.

Dans la foulée des révélations entourant l'apparition d'une quarantaine de millions imprévus à la facture du Complexe des sciencers, doyens, vice-recteurs et conseils facultaires s'étaient relayés auprès du conseil d'administration ces derniers jours, demandant le départ du recteur. «Pour diriger une grande institution, il faut la confiance de la communauté», écrit Roch Denis dans sa lettre de démission, présentée hier au président de son conseil d'administration, Alain Lallier. «Or, dans la situation actuelle, celle-ci est projetée contre elle-même, menacée de nouvelles et de profondes divisions. Sa confiance est ébranlée.»

Le recteur, qui reste en poste jusqu'au 8 décembre prochain, a refusé de commenter la crise financière qui l'a, semble-t-il, mené jusqu'à une démission, de même que l'imputabilité et la responsabilité d'autres acteurs universitaires. «Vous poserez ces questions au président du conseil d'administration», a-t-il répété hier à quelques reprises aux médias venus le rencontrer dans ses bureaux.

L'UQAM a toutefois choisi hier de ne pas commenter la nouvelle, le conseil d'administration reportant à lundi prochain — séance où il devait discuter du mandat du recteur après avoir consulté certains groupes non entendus — le moment de réagir à ce départ. La consultation des groupes s'est arrêtée hier après-midi, au moment de l'annonce de cette démission.

«Aussi résolue soit-elle, mon action n'a pu échapper aux contraintes d'une situation financière marquée par le sous-financement et l'absence de réinvestissement», écrit le recteur dans sa lettre, notant le climat «propice aux mécontentements légitimes et aux divisions.»

L'étincelle

C'est «au cours des dernières semaines» que le recteur a noté le bris de confiance, et depuis la rentrée que certaines divisions ont semblé faire leur apparition. «J'ai vu se manifester des conditions de plus en plus vives de doute, d'inquiétude, un mélange d'insatisfaction, de préoccupations, a-t-il ajouté en entretien. Dans ce contexte-là, il faut trouver la responsabilité et l'engagement suffisants pour faire en sorte que les conditions se reprennent.»

L'apparition soudaine de 40 millions de dollars à la facture totale d'érection du Complexe des sciences, et son dévoilement la semaine dernière au conseil d'administration, demeure l'étincelle qui a provoqué cette crise. «J'ai assumé pleinement ma responsabilité comme chef d'établissement et je l'assume aussi aujourd'hui en faisant le geste que je pose, essentiellement motivé par l'intérêt supérieur de l'UQAM», a indiqué le recteur, refusant de juger de la responsabilité d'autres membres de son équipe ou de son conseil sur la gestion financière de l'établissement.

Et sa propre responsabilité? «Celle qui normalement est attribuée à tout chef d'établissement ou tout chef de compagnie. Je ne veux pas de faire de conjectures pour évaluer les parts, les morceaux de parts, etc., mais on ne parle déjà plus de dépassements [de coûts de construction]. Ce fut le premier diagnostic posé, et les analyses qui sont en cours semblent parler plutôt de dépenses additionnelles. Je laisse à votre appréciation l'exégèse de ces diagnostics. Je suis rendu à une autre étape.»

Roch Denis, qui a démarré à l'UQAM en 1971 comme professeur de sciences politiques, n'envisage pas un retour à l'enseignement rapide, mais souhaite rester au sein de «son» université. «Je suis un professeur de carrière, mon statut est celui de professeur, ma fonction récente était celle de recteur», a-t-il ajouté. Roch Denis, qui est aussi président de la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec, devra aussi quitter cet organisme au début de décembre.

Le recteur démissionnaire insiste dans sa lettre sur les «torts irréparables» qui pourraient être causés à l'UQAM sans «une équipe de direction forte et unie», ce qui ne semblait plus correspondre au contexte actuel. «Jamais mon équipe et moi n'avons eu la moindre préoccupation, le moindre doute à l'égard de la qualité et de la gestion des affaires administratives, jamais», a affirmé le recteur.

Coup de théâtre

Le départ de Roch Denis s'est effectué sous forme de coup de théâtre, même si les derniers jours annonçaient qu'il allait devoir tirer sa révérence, après 35 ans de service à l'UQAM. C'est en effet lors de l'assemblée spéciale du Syndicat des professeurs de l'Université du Québec à Montréal, devant un parterre d'au moins 150 professeurs venus entendre le recteur, que le président du SPUQ a fait «une annonce particulière».

«Le recteur, qui est en train de signer sa lettre de démission, a annoncé qu'il ne se présenterait pas ici», a déclaré Gaétan Breton, président du SPUQ, à un auditoire pantois. Un bref communiqué émis par l'UQAM précise que c'est à la demande du conseil d'administration, et «compte tenu des discussions en cours», que M. Denis a choisi de ne pas affronter le corps professoral.

Interrogé peu après le début du conseil syndical, le président du SPUQ en a appelé à un examen indépendant fait par le Vérificateur général du Québec. «Et qu'on ne vienne pas nous parler de grands trucs de gouvernance, on veut une enquête sur les chiffres», a indiqué M. Breton, avant que son conseil syndical ne prenne position sur la situation politique.

Contrairement à d'autres groupes de l'UQAM, le SPUQ n'avait pas demandé la tête du recteur, souhaitant l'entendre avant toutes choses. «Ce n'était pas notre but de pointer Roch Denis, nous ne l'avons pas demandé, nous pensons qu'il y a bien d'autre chose à faire et à dire encore avant que la question soit résolue», a affirmé M. Breton, qui a réitéré le fait que ce qui avait été révélé ne constituait peut-être encore «qu'un petit morceau» des dommages financiers causés à l'UQAM.

En mars dernier, au terme d'un premier mandat comme recteur de l'UQAM, Roch Denis avait reçu la confiance de son conseil d'administration, qui a demandé unanimement au gouvernement du Québec de renouveler son mandat.

Comme le veulent les règlements de l'établissement, une consultation des membres de la communauté uqamienne avait permis de récolter 64,62 % d'appuis en faveur du recteur. À l'époque, le taux de participation avait été établi à 41,34 %.

Techniquement, il appartient désormais à l'un des vice-recteurs membres de l'équipe du rectorat d'assurer l'intérim, comme le veulent les règles édictées par la Loi sur les universités, dont relève l'UQAM. Le processus de désignation officielle d'un nouveau chef d'établissement pourrait quant à lui prendre plusieurs mois.